Chronique de Paris du 14 octobre 1791, n° 287, p
au corps municipal un mémoire dans lequel les musiciens, « en sollicitant leur conservation », soumettaient un projet d'établissement « d'une Ecole de musique militaire qui fourniroit des sujets à toute l’armée de ligne ». Le Maire répondit que cette demande avait été « entendue avec intérêt et qu’elle serait prise en considération »; elle fut transmise aussitôt aux commissaires de la garde nationale chargés d’en faire le rapport 1 .
Les musiciens de la garde nationale trouvèrent un appui dans la Chronique de Paris, qui s’efforça de créer un mouvement d'opinion favorable, en appréciant fort justement les services rendus :
La musique de la garde nationale mérite d’être distinguée par l*influence qu’elle a eue dans la Révolution. Ce seroit vouloir se refuser à l’évidence que de contester cette influence; et ce seroit connoitre bien peu les effets de cet art tout-puissant que de croire mal employé l’argent destiné à en favoriser les progrès. Si l’on en doutoit, nous citerions le témoignage imposant de M. de La Fayette qui a souvent répété qu‘il devoit plus encore à la musique de la garde nationale qu’aux bayonnettes. Cette musique, en effet, a eu part à toutes les cérémonies publiques, et, pour ainsi dire, à tous les actes de la Révolution. M. Gosscc peut en être appellé le musicien, et M. Sarrette l’a secondé avec un zèle au-dessus de tous les éloges. Il y a, d’ailleurs, maintenant, parmi les instrumens à vent de cette musique des artistes d’un talent supérieur, et il seroit peu digne d’une grande nation, ingénieuse et sensible, de laisser porter chez l’étranger des jouissances dont la liberté ne doit pas l’empêcher de sentir le prix et ne lui ôteroit pas le regret 2 .
De son côté, Charles Villette, se souvenant que ces musiciens avaient fortement concouru à l’éclat de la cérémonie du 11 juillet en l’honneur de Voltaire, son oncle, crut devoir intéresser le public à leur cause dans un article du même journal, intitulé Influence de la musique , dont voici extrait :
Il falloit le zèle de ce bon citoyen (Sarrette) qui recueillit toute l’école du dépôt, lorsque ses virtuoses errans s’écrièrent, comme les Israélites : Siispendimus organa noslra , jusqu’à ce qu’ils eussent enfin trouvé un azyle dans le sein de l’amitié.
Je laisse aux bons esprits, aux âmes sensibles à finir ce commentaire. C’est à eux qu’il appartient de faire la motion patriotique et politique, par laquelle il soit établi un Conservatoire militaire qui remplaceroit à Paris les écoles supprimées dans les ci-devant métropoles. Les enfans de la garde nationale iroient gratuitement prendre des leçons de musique. Dans trois
1. Ribl. liât., mss.fr. 11703. — Ce document est signalé ici pour la première fois.
*2. Chronique de Paris du 3 novembre 1791, n° 307, p. 1236.