FÊTE DE LA RAISON
rappelle au Conseil le civisme soutenu des citoyens artistes, et particulièrement à la fête de Châteauvieux, où ils ont manqué de perdre la vie; il appuie leur demande et le Conseil, désirant rendre la justice au patriotisme de ces artistes,arrête qu’un bonnet rouge leur sera donné par la Ville de Paris.
Ainsi s’expriment les Nouvelles politiques (p. 1255).
Depuis le jour où les Suisses du régiment de Châteauvieux amnistiés avaient défilé devant la Convention, portant sur leur tête le bonnet rouge du bagne (avril 1792), cette coiffure avait été adoptée par les Jacobins; qui, se rappelant qu'à Rome et en Grèce elle était l’emblème de l’affranchissement de toutes les servitudes et le signe de ralliement des ennemis du despotisme, renoncèrent à la considérer comme un objet d’ignominie. Ils furent rapidement imités par une grande partie de la population et de ses administrateurs ou représentants. La cocarde tricolore était le symbole national, le bonnet rouge devint l’insigne d’un parti, et, à un certain moment, ce fut presque un talisman. Nous venons de voir que les musiciens de Sarrette le recherchaient comme un témoignage officiel de leur patriotisme.
Toujours soumis à la Municipalité, les musiciens de la garde nationale se rendirent à la cérémonie du 20 brumaire (10 novembre 1793), suivant les ordres qu’ils avaient reçus la veille de leur démarche auprès delà Convention. Une fête civique en l’honneur de la liberté avait été primitivement décidée par le Conseil général du département, et devait avoir lieu au Palais-Royal 1 2 . A la suite de l’abjuration de la religion catholique par l’évêque de Paris et la majorité de ses vicaires (17 brumaire), le Conseil arrêta, le même jour, que « pour célébrer le triomphe que la Raison » venait de remporter, les musiciens de l’Opéra seraient invités à venir exécuter VOffrande à la Liberté (de Chénier et Gossec) « devant l’image de cette divinité des Français, dans l'édifice ci-devant dit église métropolitaine », le 20 brumaire à 10 heures du matin; en outre, sur l’observation faite que les musiciens de la garde nationale devaient se rendre ledit jour au Lycée des Arts « pour y exécuter les plus rares morceaux de musique », le Conseil décida « que ces citoyens » seraient « invités à changer leur destination et à se réunir dans le lieu désigné pour la fête patriotique* ». Ils n’y manquèrent pas, et, des nombreux mor-
1. Feuille de Salut public du 19 brumaire an II. — Journal de la Montagne.
2. Département de Paris. Procès-verbal de la séance du Conseil,. .. du
17 brum.. impr. Ballard. (Arch. nat., AD, VIII, 16.)
ceaux exécutés, les journaux et procès-verbaux ne désignent que Y Hymne à la Liberté de Chénier et Gossec, précédemment chanté à la Convention (18 brumaire), dont la musique est inconnue. La cérémonie du matin terminée à Notre-Dame, les autorités municipales s’en furent à la Convention, qui ne s’était pas fait représenter; les musiciens y firent entendre plusieurs morceaux, et, sur la proposition de quelques membres, tout le monde repartit à la cathédrale, où Ton recommença la fête du matin, moins les discours.
Ces services extérieurs n’empêchaient pas Sarrette de songer aux intérêts de l’Institut; le lendemain, 21 brumaire (11 novembre), les musiciens de la garde nationale demandèrent un rendez-vous au Comité d’instruction publique, qui désigna Basire et Mathieu pour conférer avec eux 1 . Le 29, Gossec et Sarrette se présentaient au nom des musiciens pour offrir des billets d’invitation à l’exercice concertant qui devait avoir lieu le lendemain au théâtre Feydeau et demandaient que le Comité voulût bien y assister en entier, ce qui fut convenu 2 . Le même jour, la Convention chargeait une députation de douze membres de s’y rendre 3 .
Pour la première fois, laissant la politique de côté, ces artistes allaient pouvoir faire une manifestation exclusivement musicale.
On se rappelle que le règlement organique de l’École de musique de la garde nationale (juin 1792) avait prescrit un exercice public annuel en présence du Corps municipal. En l’organisant, Sarrette avait autant pour but de se conformer à cette obligation que de créer, par une démonstration éclatante, un courant favorable à l’œuvre entreprise et de faire valoir le talent des musiciens de la garde nationale, qu’il comptait faire admettre dans l’organisation définitive de l’Institut : cela ressort de l’invitation écrite remise au Comité :
Le nonodi (sic) 2 9 brumaire Tan second, etc.
Les musiciens de la garde nationale parisienne Au Comité d'instruction publique de la Convention nationale.
Citoyens, la Convention nationale a décrété le 18 brumaire l'établissement d’un Institut national de musique. Aujourd’hui, sur l’invitation que les