‹ B. Sarrette et les origines du Conservatoire national de musique et de déclamationChapitre 45 sur 149 · Procès-verbaux de la Convention..., t. XXX, p · texte numérisé non relu

Procès-verbaux de la Convention..., t. XXX, p

2. Procès-verbaux dît Comité d’Instruction publique. (Arch. nnt., AF*, I, 17.)

3. Du 7 ventôse an II (25 février 1794). Procès-verbal... (Arch. nat., AF*, I, 17,

Salut public, qui chargea, le 7 floréal an II (26 avril 1794), « l'agent national du département de Paris, de se concerter sans délai avec trois commissaires de 1 Institut national de musique, pour examiner les divers instruments de musique qui se trouvent dans les maisons nationales et parmi les meubles d’émigrés... ». Un choix devait être fait « des meilleurs instruments des maîtres les plus célèbres » que l’on devait distraire « de la vente du mobilier appartenant à la nation 1 ... », et, le 10 floréal, le Comité était informé que des instruments avaient été transportés au dépôt, et que les professeurs y trouveraient les instruments dont ils auraient besoin.

Ainsi fut constitué le dépôt de la rue Bergère, que l’on a quelquefois confondu avec l’hôtel des Menus-Plaisirs 2 ; c’est là et dans divers autres dépôts que le Conservatoire fut autorisé à puiser pour la formation de la bibliothèque et du musée (v. p. 144).

L’Institut se trouvait alors dans une situation ambiguë, placé entre la Ville de Paris et l’État, recevant d’un côté partie de ses subsides, et n’obtenant pas de l’autre les fonds nécessaires à son fonctionnement. Cet état de choses ne pouvait se prolonger sans inconvénient, et Sarrette entreprit de le faire cesser. L’arrêté rendu par le Comité d’instruction publique, le 29 ventôse an II (19 mars 1794), sur ses observations, établit un moclus vivendi provisoire, remédiant partiellement aux difficultés signalées :

Mathieu fait un rapport sur les réclamations du citoyen Sarrette, commandant la musique de la garde nationale parisienne; il expose que cet Institut, dont l’utilité est généralement reconnue, dont la Convention a déjà

1. Cet arrêté fut pris en séance par Barère, Carnot, Couthon, Collotd’Herbois, C.-A. Prieur, Billaud-Varennes, Robespierre, Saint-Just, Robert Lindet. (Arch. nat., AF*, II, 48. — Ibid., AF, II, G7, 23G, p. 34-3G.)

2. La maison de Douet, doyen des fermiers généraux, arrêté le 24 brumaire an II (14 novembre 1793), pour avoir enfoui de l’or dans une double cave (Arch. nat., AF*, II, 290, p. 23 et 24), fut affectée par arrêté du Comité, en date du 7 prairial an II (20 mai 1794), a 1 établissement d’un « dépôt, d’instrumens de musique et ouvrages imprimés et manuscrits » ; elle était sise « rue Bergère, n° 1018 » {Ibid., AF *, II, 30). C est le n° 19 actuel, ancien 11 ; les héritiers rachetèrent au Domaine le quart indivis confisqué sur Anne-Catherine Douet (Procès-verbal du 18 messidor an ^ ). Bruni fut nommé conservateur du dépôt, par arrêté du Comité d Instruction publique du 24 fructidor an III (10 septembre 1795), emploi (pii fut supprimé par décision ministérielle du 21 fructidor an IV (7 septembre 1796), sur la démission de Bruni, motivée par le défaut d’instruments alors presque tous rendus aux héritiers des émigrés. Les employés reçurent deux mois de traitement, à titre d’indemnité, et les instruments restants furent transférés au Conservatoire. (Arch. nat., F*, 112.) Pour la liste des instruments saisis et l’état de ceux qui furent transportés, v. Les Facteurs d'instruments de musique , p. 64, note 2,

sanctionné l’établissement sans avoir régie encore le mode de son organisation, a reçu une extension dont les frais surpassent ceux que la Commune de Paris peut y employer, que les services que rend et que peut rendre cet Institut aux armées de la République, en leur fournissant des musiciens, motivent et justifient cette extension, et qu’en attendant que le Comité ait pu adopter un projet sur l’organisation de cet Institut, il est utile que le Gouvernement, par une mesure propre à développer l’esprit, public, vienne au secours de l’Institut par une somme en supplément à ce que lui paye la Commune de Paris, et de plus, en remboursant au citoyen Sarrette les avances faites depuis le mois de brumaire jusqu’au premier ventôse 1 .

Sur la proposition du rapporteur, le Comité arrête, vu l’utilité de l’Institut pour les armées et les fêtes nationales :

i° Le remboursement de la somme de 4 570 1. 11 d. au citoyen Sarrette pour avances par lui faites jusqu’au i er ventôse;

a > Le payement supplémentaire d'une somme de 1 200 1. par mois à partir du mois de ventôse;

30 Que le Comité de Salut public sera invité à se faire rendre compte de l’emploi de la somme de 1 200 1 . ;

4° Que le citoyen Sarrette, indépendamment des supplémentaires portés au nombre de 1 3, justifiera du complet de la musique de la garde nationale parisienne au Comité de Salut public 2 .

Il résulte de ce document, qui confirme ce que nous avons dit quant au payement des appointements par la Municipalité (p. 52), que les musiciens de la garde nationale formant YInstitut national de musique se trouvaient dans une période de transition. Ils n'avaient pas cessé de dépendre de la Ville de Paris, qui ne pouvait raisonnablement continuer de subvenir à leur entretien, et ils 11 e recevaient encore aucun subside de l’Etat, auquel les subordonnait le décret de fondation de cet Institut. Le Comité de Salut public sanctionna bien, un mois après (4 floréal-23 avril), les mesures provisoires et partielles arrêtées par le Comité d’instruction (v. p. 75), mais elles ne reçurent leur complète exécution qu’au mois de septembre suivant, et l’Institut national ne fut encore que la musique, de la garde nationale, comme il le constatait au mois de novembre de la même année (v. p. 108, § 4).

En résumé, Sarrette avait encore à poursuivre la réalisation du décret de brumaire, à faire rassembler la musique et les instruments

1. C’est-à-dire depuis le décret dn 18 brumaire an II, jour de la création de l’Institut par la Convention, jusqu’au 19 février 1794. Il était naturel que la dépense incombât à l’Etat.

2. Arch. nat., AF*, I, 17, p. 311. — Une copie conforme de cet arrêté, délivrée le 5 germinal an II (25 mars 1794) par Villars, président, se trouve dans AF, II, 67, 236, p. 31.

provenant des biens des émigrés et des condamnés, et à s’occuper de l’organisation du magasin de musique nouvellement créé, quand soudain il fut appréhendé et incarcéré le 25 mars, à la prison de Sainte-Pélagie.

§ II. L’Arrestation de Sarrette.

(25 mars-10 mai 1794.)

La situation politique en mars-avril 1794. Sarrette membre du Comité révolutionnaire et de surveillance de la section de Brut us; il assiste aux séances de la Commune , des Comités de Salut public , de Sûreté générale et d*Instruction publique. Il est dénoncé comme ennemi des nobles et des prêtres; on Vaccuse , d*autre part , d'être brissotin et de favoriser les intrigues des aristocrates : notes sur divers membres du Comité de la section. Le mandat d arrestation (25 mars). Vény offre au président du Comité de confondre les calomniateurs , et démasque leur complot (27 mars). Les membres de la section interviennent pour obtenir la relaxation de Sarrette ; décision de l'assemblée générale , extrait du procès-verbal (19 avril). Insuccès de ces démarches ; Vény change ses dispositions et invoque les besoins du service de iInstitut et l'obligation d'exécuter les ordres du Comité de Salut public relatifs à la formation d'un corps de musique pour l’armée de l'Ouest ; apostille de Gossec ; Sarrette est mis en liberté provisoire , sous la surveillance d'un gendarme (2 r t avril). Instruction de l'affaire , demande de renseignements au Comité de la section , notes favorables (7 mai.) Requête de Sarrette au Comité de Sûreté générale pour la levée des scellés et la suppression de son gardien; intervention de Gossec, Mêhul et Lesueur au nom de l'Institut; mise en liberté définitive (10 mai). Examen des faits et réfutation des légendes propagées par Zimmermann et Ad. Adam.

Autres démêlés de Sarrette avec le Comité de Sûreté; il est inscrit sur la liste des terroristes et désarmé; non-lieu (28 avril 1795). Nouvelle arrestation et élargissement (31 mai 1795).

Quoique l’on sache avec quelle facilité s'élevaient les suspicions et comment se produisaient les dénonciations, — par passion, par peur ou par vengeance, — à mesure qu’un parti prenait l'empire sur ses rivaux, il semble que Sarrette, dans sa situation et après les services rendus, eût dû se trouver à l'abri de tout soupçon de la part des autorités. Néanmoins on ne s’étonnera pas de son arrestation, si . Von considère qu’elle se produisit alors que la lutte entre les partis était des plus vives.

A ce moment, les hébertistes, qui avaient médité le renversement du Comité de Salut public et de la Convention, dénonçaient Camille Desmoulins, Chabot, etc., sans ménager Robespierre, accusé de soutenir les modérés (4 mars). Sur le rapport de Saint-Just,

tendant à établir que les factions étant entretenues par les gouvernements étrangers, dans le but d’amener la guerre civile et de laisser la Révolution isolée, toute faction devait être déclarée criminelle (12 mars), Hébert et ses partisans étaient arrêtés le 14 mars, augmentant le nombre de ceux que Ton représentait déjà comme des agents de l’étranger, et exécutés le 24, à la grande joie des modérés ou indulgents et des aristocrates, dont le tour ne devait pas tarder à venir.

L’emprisonnement de Sarrette eut lieu le lendemain.

Pendant sa détention, continuèrent les intrigues concertées pour la défense du Comité de Salut public et pour servir les projets de dictature de Robespierre : l’arrestation de Danton, C. Desmoulins, etc. (31 mars), leur exécution (5 avril), celle de Chaumette, Gobel, etc. (13 avril), puis de nombreux membres des anciens Parlements, chefs de la force armée, fermiers généraux, etc., parmi lesquels Lavoisier (8 mai).

Après ce rapide aperçu de la situation générale — emprunté aux historiens et commentateurs de la Révolution — arrivons aux faits relatifs à Sarrette, et essayons de nous reconnaître au milieu d’imputations contradictoires, ou du moins, ce qui sera plus aisé, analysons les pièces qu’il nous a été possible de rassembler.

Sarrette, que nous avons vu dès les premiers jours de la Révolution se mêler aux affaires publiques, ne cessa pas de s’en occuper, tant pour les besoins de son œuvre que pour remplir les obligations inséparables de sa situation, laquelle lui valut d’être choisi par ses concitoyens pour faire partie des autorités civiles de son district.

C’était s’exposer à la censure et aux critiques, aux haines même, qui sont le partage habituel de tous ceux qui exercent des fonctions publiques, en raison de l’inévitable diversité d’opinions ou de vues. Sarrette en fit l’expérience, car c’est surtout à ces causes que se rattache son arrestation.

Quelques-unes des pièces de son dossier donnent à ce sujet des renseignements que nous rapporterons, en faisant au préalable toutes les réserves qu’il convient à l’égard de propos d’adversaires ou de rivaux.

L'une d’elles, postérieure au 18 pluviôse an II (6 février 1704), et émanant d’un nommé F. Chevalier 1 , nous apprend que Sarrette fai-

1. D’après les Notes sur les membres du Comité, dont il sera question tout à l’heure, Chevalier Saint-Dizier était un homme douteux, connaissant beaucoup

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