‹ B. Sarrette et les origines du Conservatoire national de musique et de déclamationChapitre 48 sur 149 · ACCUSATIONS · texte numérisé non relu

ACCUSATIONS

Nous ne comptons pas trouver plus d’impartialité dans un autre écrit portant la date du 5 germinal an II (25 mars 1794), —jour de l’arrestation de Sarrette, — signé par J. Leymerie, celui qui, au dire de Chevalier, dénonça le complot Chabot, et intitulé : Notes sur les principaux membres du Comité révolutionnaire de la section de Brutus *. Nous en détachons le passage relatif à Sarrette, qui a les honneurs de la première page et aussi la plus large part :

C’est un intrigant qui joue tous les rôles. Il étoit brissotin exaspéré, mais très adroit. C’est lui qui a soutenu l'opinion de Brissot 1 2 qui demandait la disparition et l'anéantissement des listes des clubisles, des feuillants et des pétitionnaires pour le tyran. Lorsque cette opinion eut prévalu, il fui le premier à déchirer et à arracher l'affiche des jurés du tribunal révolutionnaire du 17 aoust qui portoit un arrêté qui exclut des fonctions déjugés et de jurés tous les signataires de pétitions anti-civiques et tous les agens du tyran. Il déchira cette affiche avec un empressement véritablement criminel. On peut consulter Darricux, patriote très vigoureux, qui connaît ses intrigues. Ce Sarrete l’a voit fait mettre en élat d’arrestation, mais le Comité de Sûreté générale, indigné des motifs, cassa sur-le-champ le mandat d’arrêt.

Il étoit, ainsi que Bunel 3 4 , membre du Comité révolutionnaire de la section avant le 3 i mai 5 , il a vu et connu l’intrigue de la grande majorité pour le parti brissotin sans le dénoncer, ni rien faire pour le déjouer, quoiqu’il en eût le pouvoir; il 11’a pas signé la protestation contre la Commission contrerévolutionnaire que la section envoya au Calvados, ainsi que l’adhésion el les applaudisscmens scandaleux qui furent prodigués à l’occasion de la proclamation Wimphen 5 et des opérations de Burol.

1. Arch. nat., loc. cit . Voici comment l’auteur de ces Notes jugeait le Comité dans son ensemble : « Je le répète, le Comité révolutionnaire de Brutus est mau- « vais; il est dominé par Chardin, agent anglais, et par Jiinius Dupérou, teintu- « rier et proxénète de Chardin, qui est dans la section depuis le 31 mai. Il y a « beaucoup d’aristocrates connus et épargnés par le Comité... Il est d’ailleurs de « notoriété que toujours cette section seconda les complots liberticides ; on pose « en fait qu’il n’en est pas un seul qu’il n’ait aidé. »

D’autre part, les membres de la section n’estimaient guère Leymerie, auquel ils reprochaient, entre autres griefs énoncés dans un Mémoires t un Rapport sur sa conduite, d’avoir été constamment l’ennemi de la Révolution, de s’ètre flatté d’envoyer ses dénonciateurs à l’échafaud, d’avoir calomnié ses collègues et de les avoir fait passer pour partager la conspiration d’Hébert, tandis que, les premiers, ils avaient présenté à l’assemblée une pétition contre celte faction (30 mars-29 avril, Bibl. nat., Lb™, 417 et 418).

2. Brissot combattit les excès des Montagnards, fut accusé de fédéralisme par Robespierre; proscrit au 31 mai 1793, il fut décapité le 31 octobre suivant.

3. Suivant les Notes précitées, de Leymerie : « limonadier, aristocrate puant..., « Lafayettiste, royaliste... toutes les fois que Marat a été persécuté, étoit le premier « à prendre les armes pour l’arrêter ».

4. En cette journée eut lieu l’envahissement de la Convention par le peuple, sous la conduite d’Henriot, qui réclama la mise en liberté d’Hébert et l’arrestation des Girondins.

5. Wimpfen, partisan des Girondins, organisa sans succès le mouvement fédéraliste de la Normandie et se cacha pendant la Terreur.

Au 3i mai, nommé commissaire à rassemblée des autorités constituées aux Jacobins, il dénonça celui de ses collègues qui avoit eu le courage de dénoncer et de déjouer l’intrigue de la section, qui étoit très prononcée et coalisée contre la journée du 3i mai. Lorsqu il fut, a 1 assemblée generale, sommé de répéter sa dénonciation brissotine et démenti par un témoin sur plusieurs faits, il atTecta un silence hypocrite, à la faveur duquel il concilioit les deux partis.

Au convoi de Marat, conduisant la musique, il la lit évader par une des rues qui donnent dans celle Saint-André-des-Arcs, tandis que son devoir lui imposoit l’obligation d’accompagner le convoi jusqu'au lieu de la sépulture. Et, lorsque plusieurs citoyens coururent après lui pour lui demander les motifs de son évasion si subite, il dit que les musiciens étoicnl fatigués, et quatre pas plus loin, lorsqu’il crut que personne n’étoit derrière lui pour l’entendre, je l’entendis proférer ces paroles d’un ton très ironique : « C’est ma foi donner bien des preuves de patriotisme que d’avoir été jusque-là pour Marat. »

Enfin il a favorisé l'intrigue de Chardin, qu’il n’ignoroit pas être l’agent de milord Betford, en faisant mettre conjointement avec scs collègues qui ne Tignoroient pas davantage, plusieurs patriotes en état d’arrestation pour avoir eu le courage de dénoncer l’intrigue de Chardin. Il est le principal meneur.

Qui n'entencl qu'une cloche n’entend qu’un son , dit un vieux proverbe; on vient d’en ouïr plusieurs, mois elles résonnent confusément : la dissonance ne peut être plus complète; en d’autres termes, nous ne sommes pas mieux fixés; au contraire. Ainsi, d’une part, Sarrette est accusé de poursuivre les nobles et les prêtres, ce qui le rangerait parmi les révolutionnaires; d’autre part, on lui reproche ses ménagements pour les conspirateurs et les aristocrates, et il se voit taxé de modérantisme! Deux opinions également exagérées, comparées aux déclarations rapportées au chapitre précédent. Il semble cependant que la dernière prévalut aux yeux du Comité de Sûreté générale, puisqu’il lança un mandat d’arrestation. En revanche, l’année suivante — après le 9 thermidor — Sarrette fut arrêté comme terroriste. Il subit donc les représailles des deux partis; mais l’abandon de la prévention, dans les deux cas, implique ou l’exagération ou l’inexactitude des accusations.

Il est un point sur lequel les deux mécontents sont d’accord : l’habileté de Sarrette. C’est un intrigant, qui joue tous les rôles, dit l’un; pour l’autre, c’est un homme très adroit. Nous les croyons sans peine, car il lui fallut de réelles qualités pour triompher des difficultés que les événements faisaient naître à chaque instant.

En somme, il n’apparaît pas, dans tout cela, que l’exécution de l’air

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