COMMUNE DE PARIS
Le 5 floréal (a 4 avril) l'an second de la République, Musique pour le service de l'armée du Nord.
Vcny au citoyen Prieur, membre du Comité de Salut public de la Convention nationale.
Citoyen, en l’absence de Sarrette, je me chargerai, et c’est mon devoir, de toutes les démarches utiles et nécessaires pour accélérer l’exécution des ordres du Comité de Salut public, je ferai en sorte de justifier par mon zèle la confiance accordée à mon malheureux ami. Mais je vous observe que la formation du nouveau corps de musique et la réorganisation de l'ancien, vont pour dix ou quinze jours absorber tous les moments qu'en l'absence de Sarrette je suis obligé de donner à l’Institut ; je vous le répette, Sarrette seul avoit l’administration de cet utile établissement, le citoyen Gossec et les autres artistes ses coopérateurs consacrant entièrement leurs facultés à renseignement se reposoient sur Sarrette du soin d'administrer et faire mouvoir la chose que par son zèle il étoit parvenu à établir; si depuis un mois j’ai pu supléer à Sarrette ce n’est que parce que j’avois une entierre connoissance de toutes ses opérations.
Si pour le service de la République je suis détourné des fonctions de mon ami, nécessairement leur exercice en devra souffrir. Je vous soumetrai mes motifs, mais je prévois la nécessité de rassembler la musique de l'année de l’Ouest à quinze ou vingt lieues de Paris sur la route de l’armée du Nord, pour prendre connoissance de tout ce qui lui manque, il faudra faire des voyages à cet effet; je les ferai si vous m’en chargez, mais, pour que l’Institut soit maintenu dans l’activité qui lui est si nécessaire, je demande que Sarrette obtienne sa liberté provisoire avec un garde pendant tout le temps de l’organisation des corps de musique.
Pour le service de la République, on peut ce me semble accorder cela à un homme détenu par suitte d’une intrigue et accusé d’être le complice d'un prétendu conspirateur dont le tribunal révolutionnaire a prononcé l'innocence.
Sarrette réclamé par sa section entierre, Sarrette accusé par un intriguant que le Comité de Sûreté générale a déjà fait métré en état d’arrestation, seroit utile à la chose publique si la mesure que je propose étoit adoptée.
La surveillance utile du Comité de Sûreté générale ne sera pas entravée par cette mesure, et si Sarrette est coupable, il sera toujours sous le glaive de la loi.
Citoyen, pesez les motifs de ma demande, elle est dictée par le zèle et le dévouement le plus pur à tout ce qui peut contribuer à la force et à l’activité du mouvement du Gouvernement. Salut.
Veny, sergent-major de la musique de la garde nationale.
Gossec se joignit à l’auteur île cette lettre, en ajoutant au-dessous :