REQUÊTE DE SARRETTE
situation; trois jours plus tard (21 floréal-10 mai), il adressait directement au Comité de Sûreté générale la requête qui suit :
Sarrette, commandant la musique de la garde nationale, arreté par ordre du Comité de Sûreté générale, le 5 germinal, a été mis en liberté provisoire avec un garde, pour exécuter les ordres du Comité de Salut public relativement à la formation des corps de musique destinés pour le service de l’armée du Nord ; il réclame du Comité de Sûreté générale sa liberté définitive et la levée des scellés apposés sur une partie de son logement, lequel renferme des partitions de musique absolument nécessaires à l’organisation des fêtes nationales et des concerts pour le peuple ordonnés par le Comité de Salut public; il observe au Comité que ses moyens ne lui permettent pas de subvenir à la dépense d’un garde; il demande en conséquence que justice lui soit rendue.
Ce ai floréal an 3 e de la République une et indivisible,
Sarrette.
Cette supplique était suivie d’une déclaration du personnel, témoignant de rinnocence de Sarrette et des besoins de l’Institut, signée de Gossec, Méhul et Lesueur, dont voici les termes :
Les membres de l'Institut national de musique au Comité de Sûreté générale.
Nous, membres de l'Institut national de musique, réclamons de la justice du Comité de Sûreté générale la liberté définitive du citoyen Sarrette.
Ce fonctionnaire public est de la plus grande utilité à l’établissement que par son zèle il a formé; il est également nécessaire aux travaux que nous avons entrepris sous les auspices du Comité de Salut public et qui ont pour but la propagation de l’esprit et des principes républicains*.
Dans l’Institut national de musique, notre zèle et nos moyens ne peuvent que seconder Sarrette; l’enseignement est notre partage, l'ensemble de l’administration est le sien, et noire capacité entièrement consacrée à l’étude ne peut en embrasser les détails.
Comme lui, nous réclamons la levée des scellés apposés sur ses effets, afin de nous rendre la jouissance des partitions de musique à l’usage des fêtes nationales et des concerts ordonnés par le Comité de Salut public, observant au Comité de Sûreté générale que Sarrette sous la surveillance d’un garde (que nous considérons inutile parce que nous présumons son innocence) ne peut se livrer à l’activité nécessaire à l’administration de l'Institut ainsi qu’à toutes les démarches utiles pour le service des fêtes nationales, lui seul étant, par l’ordre établi dans l’Institut, chargé de la correspondance avec ceux que la Convention nationale commet à l’ordonnance générale de ces fêtes.
Au nom de l’Institut national de musique, Gossec, Méiiul, Le Sueur.
1. Il s’agit des livraisons de musique que publiait le Magasin récemment formé par les artistes. (Cf. Le Magasin , etc., loc. cit.)
Le même jour, le Comité de Sûreté générale mit un terme aux vicissitudes de Sarrette en prononçant sa libération définitive :
^ u la pétition présentée par Sarrete, chef de la musique de la garde nationale, et les motifs exposés au bas par les citoyens Gossec, Méhul et Le Sueur au nom de 1 Institut national de musique, le Comité arrête que Sarrete sera mis en liberté déünitivement, que le gendarme commis à sa garde se retirera, et que les scellés apposés dans son domicile seront levés.
Amar, Eue La Coste, Louis (du Bas-Rhin), Vadier, Lavicomterie, Dubarrau.
Ainsi le non-lieu, comme on dirait aujourd’hui, était rendu sur la . demande du prévenu, simplement appuyée de ses subordonnés! Il faut croire que l’inculpation n’était pas très sérieuse, car il n’est pas probable que la démarche des compositeurs précités ait seule réussi à fléchir la rigueur du Comité, les motifs invoqués par eux n’étant pas d ordre suffisant pour soustraire Sarrette aux conséquences d une accusation solidement établie. Faut-il supposer que quelque membre du Comité de Salut public a été son Deus ex machina?
Qu’importe après tout? justice ou faveur, nous n’avons à considérer que le résultat.
Quant à la contestation, faite en notre préambule, de la légende propagée par Zimmermann relativement à l’air O Richard , d mon roi! elle est maintenant suffisamment documentée. Dans aucune des pièces que nous avons reproduites, il n’est question de ce chant; s il avait réellement motivé l’arrestation, Veny, et après lui Gossec, Méhul, Lesueur, n auraient pas manqué de discuter ce point. Au contraire, les pièces en question disent formellement qu’il y eut une intrigue divulguée au sein de la section de Brutus, et Veny produit un document relatif à certaines menées de Roland.
Rien 11 e confirme non plus la raison donnée par Zimmermann pour expliquer l’élargissement : « Cependant le jour de la fête à « 1 Être suprême approchait, M. Sarrette devenait indispensable.
« Le programme du dictateur exigeait la présence du directeur de « l’Institut de musique. M. Sarrette obtint de sortir de Sainte- « Pélagie; mais pendant quinze jours il fut escorté d’un gendarme,
« qui, après 1 avoir suivi pendant tout le jour, se couchait encore,
« lui troisième, dans la chambre conjugale. »
Pour démontrer 1 inexactitude de la première partie de cette assertion, il suffit de rappeler que Sarrette fut mis en liberté provi-