RÉFUTATION DES LÉGENDES
soire, le 24 avril, pour s'occuper de la formation cle la musique destinée à l'armée du Nord, et qu’à cette date il n’était pas encore question de la fête de l'Être suprême, décrétée seulement le 7 mai. Ajoutons que, lorsque Sarrette fut rendu complètement libre, le 10 mai, le Comité de Salut public n’avait pas encore chargé le Comité d’instruction publique de « prendre toutes les mesures pour l’exécution du décret sur la fête nationale du 20 prairial » ; il ne le fit qu’à la date du 15 mai.
L’allégation d’Ad. Adam, à propos des préparatifs de la susdite fête : « Sarrette sans qui rien ne pouvait se faire, Sarrette était depuis trois mois en prison », n’est pas plus exacte que sa version sur le motif de l’arrestation : «... Il se vit tout à coup arrêté sur la « simple dénonciation d’un habitant du quartier Montmartre. Pour « se débarrasser du voisinage incommode d’une école d’instruments « à vent, cet honnête citoyen avait été déclarer avoir entendu une « clarinette jouer l’air séditieux de Vive Henri IV!... » Le cor de Zimmermann se change en clarinette sous la plume d’Adam ! Son récit des incidents de la relaxation n’est pas moins fantaisiste : « Tout à coup, le directeur (de Sainte-Pélagie) le fait demander : « Citoyen Sarrette, lui dit-il, la République a besoin de toi. Tu vas « sortir d’ici, mais un garde ne te quittera pas que tu n’aies accompli « la mission dont tu vas être chargé; je ne te dis donc pas adieu, « mais à revoir... » Arrivé chez lui, Sarrette trouva Chénier et Gossec qui lui apprirent « qu’on l’avait fait sortir de prison pour « procéder à l’exécution de l’hymne qu’ils avaient composé; que, « par conséquent, devant de nouveau se trouver en contact avec les « autorités, il lui serait facile de se justifier et d’obtenir sa grâce ». Enfin l’auteur de Giralda n’a pas été mieux renseigné par celui qui lui a fait dire qu’après la fête (8 juin), Robespierre fut enchanté, et que « Sarrette obtint sa grâce entière et fut délivré de son éternel « gardien qui ne l’avait pas quitté jusque-là ».
N’insistons pas davantage; les pièces de la controverse sont connues maintenant : la question peut être définitivement jugée.
Sarrette n’en avait pas fini de ses démêlés avec le Comité de Sûreté générale; nous le retrouvons aux prises avec lui en d’autres circonstances dont nul n’a parlé jusqu’ici.
Ce fut pendant la réaction qui suivit le 9 thermidor. Compris, nous ne savons comment, dans la liste des terroristes , ses armes lui
avaient été retirées 1 2 . Cette fois encore, il réussit à se tirer d’affaire; M.-J. Chénier, qui faisait partie du Comité depuis le 15 germinal (4 avril), Py aida-t-il? Cela n’aurait rien pour étonner, ce dernier n’ayant certainement pas oublié que Sarrette lui avait donné asile, lorsqu'au plus fort de la Terreur il avait cru prudent de se faire oublier par Robespierre. Quoi qu’il en soit, voici Vexent que reçut Sarrette le 9 floréal an III (28 avril 1795), et dont il dut donner décharge :
D’après la lecture des pièces concernant le désarmement du citoyen Sarrete et les réclamations par lui faites, le Comité de Sûreté générale arrête que ses armes lui seront rendues, et qu’il sera rayé de la liste des terroristes de la section de Brutus.
M.-J. Chénier, Mathieu, Courtois-, etc.
A peu d’intervalle, Sarrette fut arrêté de nouveau. Pourquoi? L'unique pièce que nous ayons trouvée ne le dit pas. C’est aussi un ordre d’élargissement; il porte la date du 12 prairial an III (31 mai 1795); en voici la teneur :
D’après la réclamation de plusieurs représentans du peuple, des membres de l’Institut national de musique et de plusieurs citoyens, le Comité de Sûreté générale arrête que le citoyen Sarrete de la section de Guillaume-Tell sera mis en liberté.
Les représentants du peuple composant le Comité de Sûreté générale,
M.-J. Chénier, Mathieu, Montmayou, Pierret, P. Guyomar, Gauthier, Isabeaü, etc.
En marge de cet arrêté, on lit : « Remis à Chénier », ce qui indique clairement l'intérêt qu’il prenait au sort de son ami.
A partir de ce moment, Sarrette ne fut plus inquiété sur le terrain politique; mais les actes de son administration suscitèrent des critiques et réclamations, souvent aussi malencontreuses qu’injustifiées, et de nature à alarmer un autre que lui.
1. La section de Brutus s’était présentée à la Convention le 12 pluviôse an III (31 janvier 1795), pour dénoncer un parti de la Terreur au sein de la Convention; le 12 ventôse (2 mars) elle vint renouveler sa demande de désarmement des terroristes [Procès-verbaux, t. XXIII, p. 595). Ceci prouve que le Comité n’était réellement pas ultra-révolutionnaire.