Arch. nat., AF*, II
3. La France musicale, 1841, p. 405 et suiv. Sans nier l'exactitude de ce détail. constatons que, dans les papiers ou arrêtés du Comité de Salut publie, nous n’avons rien trouvé qui le confirme.
4. Nous ne saisissons pas pourquoi Robespierre, par animadversion pour i’au-
FÊTE DE L’ÊTRE SUPRÊME
rions le dire; mais il est indubitable que les vers de Chénier furent remplacés par d'autres de Th. Desorgues; la partition autographe de Gossec qui se trouve à la bibliothèque du Conservatoire en fait
foi : les paroles du premier : « Source de vérité. », sont écrites
sous la musique, et celles du second : « Père de Puni vers..... », sont ajoutées au-dessus de la portée; en quelques endroits les vers de Chénier sont effacés par un trait de plume 1 . Trois versions existent sur la façon dont s’opéra la substitution ; celle de Zimmermann, qui dit simplement que Sarrette fit « parodier l’hymne de Chénier par un petit homme contrefait, nommé Désorgues... »; celle d’Adam, de laquelle il résulterait que, par lettre, le chevalier Désorgues, pour se donner « un vernis de parfait républicain » et masquer son « émigration de la rue Saint-Florentin », aurait proposé à Sarrette les strophes composées spontanément, qu’il serait venu lui réclamer le lendemain, en prétextant que le bruit fait autour de son nom produirait un résultat contraire à ses prévisions premières; et enfin la version donnée par P. Hédouin, d’après le récit de Panseron, que nous avons déjà rapportée dans la Musique des familles (du 24 septembre 1885), qui se rapproche de celle d’Adam, à la différence, que Désorgues se serait présenté à six heures du matin chez Gossec pour lui proposer de mettre en musique l’hymne qu’il avait fait « sur le sujet à l’ordre du jour », et dont les paroles (coïncidence étonnante!) s’adaptaient parfaitement « sur l’air déjà composé ». Bornons-nous à cette constatation, sans chercher à prendre parti dans cette question difficile à résoudre et d’importance relative.
Si le fait de la participation du peuple à l’exécution des chants est véridique au fond, les récits qu’en ont fait certains écrivains paraissent dus en grande partie à leur imagination. A les en croire, les membres de l’Institut de musique se transportèrent dans les rues de la capitale pour apprendre au peuple l’hymne qu’il devait chanter : Gossec a les Halles en partage, dit Zimmermann, Lesueur exploite les boulevards, Méhul se tient à la porte de l’Institut, et « tous, « huchés, perchés sur une chaise ou sur une borne, chantent avec « civisme et comme ils peuvent, en s’accompagnant d’un violon faux
teur, aurait repoussé l’hymne de Chénier, alors qu’il ne fit nulle objection à propos des strophes composées par le même sur l’air des Marseillais , qui furent chantées par le peuple au Champ de Mars (v. p. 81, note 1). Les narrateurs de l’incident ont-ils songé à cette contradiction?
1. Des parties séparées de chant et d’orchestre existent également au Conservatoire, dont quelques-unes avec les vers de Chénier : « Source de vérité... »
so
« comme la voix de leurs innombrables élèves ». A ces compositeurs Adam ajoute Cherubini, qu’il place au carrefour Gaillon, et nous dépeint ses fureurs et son désespoir de ne pouvoir « faire saisir les intonations à la foule », bien qu’en réalité ce compositeur n’appartînt pas encore à l’Institut, non plus que Plantade, Richer, de Martini, Grétry, auxquels il attribue les mêmes fonctions.
Loin de nous pourtant la pensée de contester le fait que les membres de l’Institut aient dû enseigner au peuple quelque hymne ou refrain; mais la fantaisie qui règne dans les récits faits à distance, d’après les souvenirs plus ou moins troublés d’acteurs ou de spectateurs, ne permet pas de les accepter sans de grandes réserves et nous fait regretter l’absence de tout renseignement ou document contemporain, comme celui qui établit péremptoirement l’appel adressé aux élèves des écoles, convoqués très certainement pour apprendre, tout au moins, les strophes de Chénier, qu’ils devaient chanter avec les vieillards et les mères, sur l’air des Marseillais :
Le 18 prairial 1794 Tan second de la République française,
L'Institut national de musique Au Comité civil de la section le Pelletier.
Citoyens, nous vous invitons à envoyer les écoles primaires de votre section à celle de l’Institut, rue Joseph, section de Brutus, cet après-midi à trois heures, pour y répéter l’hymne consacré par le Comité de Salut public, pour être chanté à la fête de l’Être suprême.
Salut et fraternité, SarretteL
Que le peuple ait été ainsi assemblé, comme les enfants, par sections, au siège de celle de l’Institut, qui était l’ancienne église Saint-Joseph, ou que des délégués de l’Institut se soient rendus au lieu de réunion des sections, comme ils l’ont proposé dans l’adresse que l’on verra plus loin (p. 84), cela n’a rien que de très admissible ; mais, pour croire que ceux-ci se soient installés, ainsi qu’on l’a dit, au milieu de la voie publique, on nous permettra d’exiger des témoignages plus directs et plus authentiques.
Par une véritable fatalité, tout est obscurité en cette circonstance : l’ignorance et l’incertitude régnent également, et d’une façon tout aussi fâcheuse, sur le programme musical. Passe encore pour les œuvres instrumentales; mais ce que l’on ne conçoit pas, c'est que