C. P. te Conservât , de musique
L'architecte chargé de l'ordonnance de la fête n’ayant pas cru devoir accepter les mémoires relatifs à l’hymne de Chénier sans l’avis du Comité d’instruction publique, il lui écrivit, et le passage de sa lettre indiquant que « cet hymne n’a pas été chanté 1 » a fait supposer qu’il y a eu suppression de l’œuvre spécialement composée pour la circonstance. Le mémoire ci-dessus démontre qu’un hymne à l'Etre suprême a bien été chanté, et qu’il y a simplement distinction pour le texte poétique.
Par une méprise inexplicable, une question a été également soulevée sur l’œuvre du musicien. Gossec écrivit deux versions musicales : l’une à 6/8, d’allure simple, mélodique, pour une voix avec chœur alternatif et facultatif; l’autre, à quatre temps, superbe et large composition pour chœur d’hommes et femmes 2 . La première était faite, en vue du peuple, pour les fêtes décadaires et les départements privés de ressources musicales; la seconde avait été écrite pour la célébration à Paris, par l’Institut national et les chanteurs qu’il s’adjoignait habituellement. Pourtant un doute a été élevé sur l’exécution de cette dernière dans la journée du 20 prairial! 11 se peut que la première version ait été enseignée au peuple et aux enfants des écoles, par les membres de l’Institut, pour être chantée au Champ de Mars, avec les strophes sur l’air de la Marseillaise; mais s’ensuit-il que la seconde soit restée inexécutée? Nous ne pouvons nous résigner à admettre qu’une œuvre d’une si haute inspiration, et qui causa tant de soucis et de préoccupations, n’ait pas été entendue. A quoi auraient servi les nombreux artistes et choristes réunis à grands frais? A défaut de pièces comptables (nombreuses pour d’autres fêtes et introuvables pour celle de l’Être suprême), leur présence est prouvée par ces lignes d'une Instruction , auxquelles personne ne s’est encore référé : « Les citoyens Chenard et Mengozzi « surveillent l’ordre et la marche de l’Institut national, des artistes « et des choristes 3 ». De plus, bien que le témoignage soit de ceux auxquels nous ne recourons qu’exceptionnellement, à cause de leur postériorité, citons celui-ci de l’abbé Grégoire : «.mais pour la
1. Lettre du 2G juin. (Cf. Le Magasin de musique , etc., p. 44, note 1.)
2. Cf. Le Magasin , loc. cit., p. 125. — C’est par erreur que le Dictionnaire de Larousse attribue la composition de la musique de cet hymne à Méhul (article École de Mars.)
3. Convention nationale. Instruction 'particulière pour les commissaires chargés des détails de la fête à l'Être suprême... (Arch. nat., AD, VIIJ, 16. — Bibl. nat., Le 38 , 107.)
FÊTE DE L’ÊTRE SUPRÊME. 83
« fête du 10 {sic) prairial, fut préférée l’hymne de Désorgues : Père « cle l'univers... Elle fut exécutée au Champ de Mars, parles vestales « de 1 Opéra 1 2 ». Il serait oiseux de discuter plus longuement cette question, que nous étudions ailleurs*; résumons-nous donc en disant qu’il n’est pas douteux que V Hymne à l'Être suprême de Désorgues et Gossec a été exécuté, et que si rien n’autorise à affirmer catégoriquement qu une version ait été chantée plutôt que l’autre (les deux n’ont-elles pu être entendues ?), c’est s’aventurer que d’écrire qu’il fut « remplacé par un morceau du répertoire », et qu’à sa place on choisit le Chant du 14 juillet. Il est fort possible que ce dernier ait fait partie du programme, sans exclure celui qui fut composé pour la solennité; toutefois, observons que Tissot, qui fournit le renseignement 3 4 , ne nous inspire qu’une confiance très limitée, à raison du vague et de l’inexactitude partielle de cette autre assertion : « Les « chœurs de tous les théâtres firent entendre des hymnes composés « par Chénier et Désorgues, et mis en musique par Mèhul, Cheru- « bini, Lesueur et le vieux Gossec »‘. C’est plus de compositeurs qu’il n’y en a certainement eu.
On ne saurait dire exactement à qui revient l'idée de faire chanter le peuple dans les fêtes, ainsi que cela eut lieu à celle de l’Être suprême ; mais d’où que vienne l’initiative, les membres de l’Institut en profitèrent pour essayer d’acquérir un nouveau titre à la protection de l’autorité, en offrant d’enseigner eux-mêmes au peuple et aux enfants des écoles les chants civiques composés expressément à cette intention. La pièce qui nous révèle cette particularité n’est pas datée; toutefois, d’après le texte, nous pouvons assurer qu’elle fut écrite dans la première quinzaine de juin. Cette affirmation se base sur la citation de l’École de Mars (faite au septième paragraphe), créée seulement le 1“ juin 1794, et sur l’absence de la signature de Cherubini, entré à l’Institut national le 19 juin, car il n’eût pas manqué de se joindre à ses collègues s’il avait déjà fait partie de leur compagnie au moment de l’envoi de cette adresse. Nous la transcrivons sur l’original :
1. Grégoire, Histoire des sectes religieuses, 1828 t. I, p. 109.