‹ B. Sarrette et les origines du Conservatoire national de musique et de déclamationChapitre 65 sur 149 · PREMIÈRE AUDITION DU CHANT DU DÉPART · texte numérisé non relu

PREMIÈRE AUDITION DU CHANT DU DÉPART

Cette rectification, que nous avons fait connaître sommairement en 1892, à l'occasion de l’inauguration de la statue de Méhul, et que de nombreux journaux quotidiens ont mentionnée : la Nation du 30 septembre, le Temps du 3 octobre, etc., a été longuement développée dans notre volume Musique exécutée , etc. (p. 64 à 69) 1 , nous n’y reviendrons donc pas; rappelons seulement qu’on y trouvera la raison de la pénurie de renseignements sur ce chant dans les journaux de l’époque; l’exposé de l’incertitude des historiens modernes et la contradiction que l’on remarque dans leurs versions, notamment dans celles d’Arnault, le collaborateur de Méhul, une réfutation des objections de M. A. Pougin, relativement à l’instrumentation de cet hymne pour les musiques militaires; des extraits du mémoire de copie pour la fête du 4 juillet, et une lettre de Barrette, en date du 13 juillet, concernant l’impression de l’hymne clu Départ pour le concert du lendemain; la mention d’une édition — que nul n'avait encore signalée — sur laquelle le nom de Chéniei est remplacé par trois étoiles, ce qui prouve bien qu’il se cachait au moment de la composition; la reproduction d’une annonce du Journal de Paris (n° du 15 juillet), où figure le Citant du Départ avec le nom des auteurs, Chénier et Méhul, établissant, contrairement à l’assertion d’Ad. Adam, que l’anonymat de Chénier ne fut pas de longue durée 2 , et que, par suite, Sarrette na pas eu à redouter, jusqu’au 9 thermidor, les conséquences de la « mystification dont il s’était rendu coupable, à l’égard du Comité de Salut public, en donnant l’hymne de Chénier pour celui d’un poète inconnu », et enfin la première appréciation que nous connaissions, formulée après l’audition du 10 août, par Duchosal, dans le Journal des Théâtres et des Fêtes nationales.

Ce nouveau mode de célébration des fêtes faisait valoir davantage rInstitut; dans un concert, la musique produisait un effet beaucoup plus considérable que lorsqu’elle se trouvait entremêlée de discouis, défilés, évolutions, etc. Il avait en outre l’avantage de rendre les

1. Cet ouvrage contient, outre la description de la fête, une analyse et la musique de quelques-uns des morceaux exécutés : le Chant des T ictoires , e e 11 (p. 74), la Bataille de Fleuries , de Catel (p. 78).

2. Dans son épitre à Daunou, M.-J. Chénier a dit lui-même à ce propos : « .... que

« je fus contraint de laisser longtemps anonyme ce Chant du Déport, que les fiers « accents de Méhul ont rendu cher à nos guerriers victorieux. » (Œuvres complètes .1823-26. t. II, p. 266.)

fêtes plus fréquentes, en permettant une organisation rapide et moins dispendieuse que celles comportant des cortèges symboliques, comme au 10 août, au 30 décembre 1793 et à la récente fête de l’Être suprême.

C’était aussi pour Sarrette l’occasion d’augmenter progressivement l’importance du personnel exécutant et d’arriver insensiblement à faire admettre, pour l’organisation définitive de l’Institut, un plus grand nombre de titulaires. Déjà, par arrêté du 3 juillet, il s’était fait autoriser à s’adjoindre, pour former un orchestre nombreux à l’usage des concerts (p. 85), des chanteurs et instrumentistes, sans que le nombre en ait été déterminé, et nous avons vu qu’il avait été employé 118 supplémentaires, pour le concert donné en réjouissance de la prise d’Ostende (4 juillet). Le 19 messidor (7 juillet), Sarrette obtenait du Comité de Salut public l’autorisation de faire appel, exceptionnellement, à 240 musiciens pour la fête du 14 juillet :

Le Comité de Salut public arrête: i° L’Institut national de musique est autorisé à s’adjoindre, pour le concert du i4 juillet seulement, deux cents quarante musiciens d’instrumens à cordes et chanteurs, lesquels recevront une indemnité de quinze livres chacun; a° cette dépense extraordinaire, ainsi que les frais de copie, etc., seront prélevés sur la somme de cinquante mille livres qui a été destinée aux concerts du peuple; 3° le citoyen Hubert, architecte, se concertera avec l'Institut sur les moyens d’établir sur la tribune du Jardin national les gradins nécessaires pour la distribution de l’orchestre et prendre les dispositions nécessaires pour éclairer cet amphithéâtre.

Collot-d’IIerbois, 13. Barère, C.-A. Prieur, Saint-Just, Billaud-Varennes L

Il était difficile de renouveler, à si peu d’intervalle, la pompe grandiose déployée pour la fête de l’Être suprême; la situation n’y prêtait guère, et, comme l’a dit la Commission d’instruction publique en son rapport au Comité de Salut public (19 messidor-7 juillet), le temps n’avait pas permis de dessiner avec quelque étendue un spectacle important. Elle proposa donc — car c’est à elle qu’appartenait, pour les détails d’exécution, l’initiative que l’on aurait tort d’attribuer au Comité de Salut public — de faire représenter par les théâtres des pièces analogues « à la teinte de ce jour », après quoi l’Institut devait exécuter, au jardin des Tuileries illuminé, un concert com-

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