‹ B. Sarrette et les origines du Conservatoire national de musique et de déclamationChapitre 85 sur 149 · RAPPORT SUR L’INSTITUT · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR L’INSTITUT

Les artistes de la garde nationale n’avaient-ils pas déclaré eux-mêmes qu’ils désiraient une plus grande réunion de talents, pour coopérer avec eux aux fonctions de l'Institut agrandi? Le rapporteur reconnaissait, d’ailleurs, que les craintes d’un jugement arbitraire seraient mal fondées de la part des auteurs d’hymnes présentés à l’examen de l’Institut, des artistes aussi justement célèbres que Gossec, Méhul, Cherubini, Lesueur étant « incapables de se laisser diriger par des considérations particulières »; néanmoins, comme l’amour-propre des compositeurs peut quelquefois les aveugler sur le mérite de leurs productions, ajoutait-il, « il importe qu’ils soient convaincus quelles n’ont pas été rejetées arbitrairement », et il demandait pour eux des garanties.

Le rapport n’avait donc d’autre conclusion que la position des questions ci-dessus; elles ne furent adressées à l’Institut que le 23 février 1795, ainsi qu’il appert du titre même de la réponse : Supplément au compte rendu à la Commission d'instruction publique par Vadministration provisoire de VInstitut national de musique. Réponses aux questions faites , le 5 ventôse, par laCommission. Ce document ne nous est pas connu par l’original — non plus que les autres pièces ayant servi à l’élaboration du rapport — mais par la transcription qui en fut faite in extenso et sans commentaires, à la suite du texte dudit rapport, sous la certification conforme de Ginguené.

• Sur le premier point, l’Institut constate que quelques artistes s’étaient présentés pour être admis, alors qu’il n’y avait point de places à leur offrir, et que l’admission de Cherubini se fit le 1 er messidor an II (19 juin 1794), par la démission du citoyen Brielle.

« n’a pas fait exécuter cet hymne à la fête funèbre, sous prétexte qu’il n’avait que « des instruments à vent à ses ordres. Plusieurs jeunes artistes se plaignent que « dans toutes les fêtes nationales les hymnes sont exclusivement musique de « M. Gossec et paroles de M. Chénier du ciub de la Sainte-Chapelle. » ( Affiches du 31 août 1792.)

Semblable protestation se produisit peu après, à propos de la première représentation a l’Opéra de Y Offrande à la liberté : « Quelques artistes se plaignent

« que le cit. Gossec ait le privilège exclusif de toutes les fêtes civiques.Les cit.

« J. Lavallée et Fréd. Lemierre n’ont jamais pu obtenir que leur hymne funèbre « pour nos frères morts le 10 août fût exécutée aux Thuilleries.... Ces exclusions « blessent l’égalité et la liberté; c’est d’une aristocratie digne de l’ancien régime « que d’étouffer les talens de ses frères, et le cit. Gossec, homme libre, doit savoir « que les succès que l’on obtient imposent l’obligation de se prêter à ceux de ses « semblables. » ( Spectacles de Paris , 1793, p. 237.) Devons-nous dire qu’à cette époque, la musique prenait place dans les fêtes plus par l’initiative des musiciens de la garde nationale que par la volonté de l’autorité?

Page 1