‹ BabbittChapitre 44 sur 56 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

ibe précédent, les lettres de madame Babbitt pétillaient du désir de rentrer 4 Zénith. Cette fois elles ne parlaient pas de retour, mais un mélancolique « Je pense que tout marche bien sans moi», glissé au milieu de ses mornes considérations sur le temps et sur la maladie, faisait sentir 4 Babbitt qu’il ne lavait pas engagée a revenir de facon bien pressante. I] s’en inquiéta: « Si elle était ici et si je continuais a faire la féte comme ces temps derniers, elle en aurait une attaque. I] faut que je me ressaisisse. Il faut que j’apprenne a m’amuser sans me rendre ridicule, et c’est possible, si les gens comme Verg Gunch veulent bien me ficher la paix et si Myra reste la-bas. Mais... la pauvre petite elle a l’air de se sentir bien seule. Seigneur, je ne veux pas lui faire de peine! »

Et sous cette impulsion il lui écrivit qu’elle leur manquait beaucoup, et dans sa lettre suivante, tout heureuse, elle annongait son retour.

I] se persuada qu’il avait hate de la voir. I acheta des roses, commanda des pigeons pour le diner, fit laver et astiquer l’automobile. Pendant le trajet avec elle, en revenant de la gare, il se montra a la hauteur en relatant les succés de Ted au basket-ball a Université, mais avant d’avoir atteint les Hauteurs Fleuries

ils n’avaient plus rien 4 se dire, déja il sentait toute l’insignifiance de sa femme et se demandait s’il pourrait rester un bon mari et pourtant s’esquiver ce soir pour aller passer une heure avec le « Bouquet ». Dés qu’il eut rentré la voiture au garage, il se précipita au premier, pour y retrouver la tiédeur familiére de Myra parfumée au talc, et cria:

— Puis-je vous aider a défaire votre valise?

— Merci, je peux trés bien.

Lentement elle se tourna vers lui, un mince carton a la main, et lentement elle lui dit:

— Je vous ai apporté un petit cadeau, un étui 4 cigares tout simplement. Je ne sais si ¢a vous fera plaisir...

C’était la pauvre fille délaissée, la brune Myra Thompson a Pair suppliant, qu’il avait épousée, et il en pleurait presque de compassion en l’embrassant et en s’écriant:

— O mon amour, mon amour, si ca me fera plaisir, mais bien sar! Je suis trés flatté que vous y ayez pensé, et j’en avais justement grand besoin.

Il se demandait ce qu'il ferait de l’étui qwil avait acheté huit jours plus tot.

— Et vous étes vraiment content de me voir revenue?

— Mais, mon pauvre petit, quels tourments vous étes-vous donc faits ?

— C’est que je n’avais pas l’air de vous manquer beaucoup.

Quand il eut épuisé sa provision de mensonges, ils étaient solidement rattachés l’un a l’autre. A dix heures ce soir-la, il paraissait invraisemblable qu’elle se fit jamais absentée. Il n’y avait qu’une différence : la difficulté de rester un mari respectable, un mari des Hauteurs Fleuries et de voir pourtant Tanis et le « Bouquet » fréquemment. I] avait promis a Tanis de lui téléphoner ce soir-la, et maintenant c’était d’une impossibilité dramatique. I] rédait autour du téléphone, avangant instinctivement une main pour prendre l’appareil, mais n’osant jamais s’y risquer. I] ne pouvait pas non plus trouver un prétexte pour filer jusque chez le pharmacien de Smith Street ot il y avait un téléphone automatique. II] était accablé de sa responsabilité, mais finit par s’en débarrasser avec cette réflexion : :

« Pourquoi diable m’agiter tellement parce que je ne peux

pas téléphoner 4 Tanis? Elle peut se passer de moi. Je ne lui dois rien. C’est une charmante femme, mais je lui ai donné tout autant qu’elle m’a accordé... Ah! le diable emporte ces sacrées femmes et toutes les complications dans lesquelles elles vous entrainent! » Pendant huit jours il fut plein d’attentions pour sa femme, V’emmenant au théatre, diner chez les Littlefield, puis les ruses et artifices recommencérent, et il passa au moins deux soirées par semaine avec le « Bouquet». I] feignait toujours d’aller aux réunions des Elans ou aux séances de quelque comité, mais il se donnait de moins en moins la peine de trouver des excuses plausibles et elle affectait de moins en moins de les croire. Elle savait, il en était certain, qu’il faisait partie de ce que les Hauteurs Fleuries appelaient « une bande de fétards», mais ni l'un ni l’autre ne l’avouaient. Dans la géographie matrimoniale il y a aussi loin de la premiére reconnaissance muette d’une rupture a son acceptation, qu’il y a loin de la premiére foi naive au premier doute. Quand il commenga a s’en aller a la dérive, il se mit aussi a voir en Myra un étre humain, a l’aimer ou a la détester, au lieu de la supporter, comme un meuble quelconque qu’on peut déplacer, et il se prit de compassion pour ces rapports de mari et femme qui, en vingt-cing ans de vie conjugale étaient devenus une entité réelle et indépendante. I] se remémora leurs moments les plus brillants : les vacances d’été dans les prairies de la Virginie, au pied du mur bleu des montagnes; leur voyage en auto dans Ohio et la visite de Cleveland, de Cincinnati et de Colomb; la naissance de Verona; la construction de cette nouvelle maison, combinée pour leur assurer le confort d’une vieillesse heureuse — il avait dit, avec assez de mauvais goiit, que ce pourrait bien étre la derniére demeure qu’ils auraient jamais l’un et lautre. Pourtant ses souvenirs les plus attendrissants de ces chers moments ne l’empéchérent pas de lancer au diner:

— Je vais sortir pour quelques heures, inutile de m’attendre. I] n’osait plus rentrer chez lui ivre, et tout en se réjouissant de ce retour a une haute moralité, tout en parlant gravement a Pierrot et a Fulton Bemis de leurs excés de boisson, il se hérissait contre les blames informulés de Myra, et se disait, en boudant, « qu’un homme ne peut pas apprendre 4a se diriger s’il est sans cesse régenté par un tas de femmes ».

Il ne se demandait plus si Tanis n’était pas un peu fatigante et sentimentale. En opposition avec la douce Myra, il la trouvait légére, a€rienne, rayonnante, génie du feu se penchant tendrement sur le foyer, et quelque pitié qu’il eft pour sa femme, il aspirait a étre avec Tanis.

Puis madame Babbitt déchira ’honnéte manteau de son infortune, et le male, stupéfié, découvrit qu’elle faisait toute seule sa petite révolte.

Ils étaient assis, un soir, devant la cheminée sans feu.

— Georgie, dit-elle, vous ne m’avez pas encore donné le relevé de vos dépenses de ménage pendant mon absence.

— Non, je n’ai pas encore fait le compte.

Puis, d’un ton trés affable:

— Il faut, parbleu, tacher de réduire nos dépenses cette année.

— Oh oui, certainement. Je ne sais pas ow passe tout l’argent : je m’applique a faire des économies, mais on dirait qu’il s’évapore.

— Je ne devrais sans doute pas dépenser tant pour mes cigares. Je crois que je vais supprimer ga, peut-étre méme cesser complétement de fumer. Je pensais autre jour a une bonne maniére d’y parvenir: me mettre a ces cigarettes de cubébe, qui me dégotteraient certainement.

— Oh! je le voudrais tant! Ce n’est pas pour la dépense, mais s¢rieusement, Georgie, c’est si mauvais pour vous de tant fumer. Est-ce que vous ne croyez pas que vous pourriez réduire la quantité? Et puis, George... je remarque maintenant, quand vous rentrez de ces loges et autres réunions, que quelquefois vous sentez le whisky. Mon chéri, ce qui me préoccupe, vous le savez, ce n’est pas tellement la question morale, mais vous avez l’estomac délicat et vous ne pouvez pas supporter de tant boire.

— L’estomac délicat, sacrebleu! Je crois que je porte l’alcool aussi bien que la plupart des camarades.

— Enfin, je trouve que vous devriez faire attention. Voyezvous, mon chéri, je ne veux pas que vous tombiez malade.

— Malade, la bonne blague! Je ne suis plus un bébé. Je ne vais pas tomber malade, j’imagine, parce qu’une fois par semaine peut-étre je vide ma petite fiole. Voila ’embétement avec les femmes: elles exagérent toujours tellement!

— George, vous ne devriez pas parler sur ce ton, il me semble, quand je ne dis rien que dans votre intérét.

— Je le sais fichtre bien, mais, de par tous les diables, c’est la scie avec vous autres! Vous passez votre temps 4 critiquer, a faire des observations, 4 soulever des questions, et ensuite vous dites: « C’est pour votre bien! »

— Vraiment, George, vous me parlez d’une facgon... vous me répondez avec une rudesse...

— Voyons, je n’ai pas voulu étre désagréable, mais bon Dieu, vous me traitez comme si j’étais un gosse du jardin d’enfants, comme si je ne pouvais pas siffler une petite fiole sans faire venir Vambulance de Sainte-Marie! Vous devez avoir une belle idée de moi!

— Oh! ce n’est pas cela, mais simplement... je ne veux pas vous voir malade et... Oh! mon Dieu, je ne me doutais pas qu’il était si tard! N’oubliez pas de me donner ces comptes du ménage pendant mon absence.

— Mais, tonnerre, 4 quoi bon se donner la peine de les faire maintenant? Passons-les tout bonnement sous silence pour cette période-la.

— Comment, George Babbitt, pas une année depuis que nous sommes mariés nous n’avons manqué de tenir un compte exact du moindre centime que nous avons dépensé!

— Non, et c’est peut-étre bien notre tort.

— Au nom du ciel, que voulez-vous dire?

— Oh! je ne veux rien dire, seulement... je suis parfois terriblement las et écoeuré de toute cette routine, comptes au bureau et dépenses de la maison, de tant d’histoires et d’embarras, et de chichis, et j’en ai assez de m’user 4 me tourmenter sur un tas de bétises qui ne signifient absolument rien, de prendre tant de précautions et de ...Dieu de Dieu, pour quoi me croyez-vous donc fait? J’aurais pu étre un rudement bon orateur, et ici je m’agite, je me fais de la bile...

— Et moi, est-ce que vous vous figurez que je ne suis jamais lasse de trimer? Cela m’assomme tellement de commander trois repas par jour trois cent soixante-cinq jours par an, et de m’abimer les yeux avec cette odieuse machine 4 coudre, et de surveiller votre garde-robe, et celles de Rone et de Ted et de Tinka, de

m’occuper du blanchissage et du raccommodage, d’aller faire le marché et de rapporter mon panier moi-méme, pour ne pas avoir a payer le livreur... et tout le reste!

— Hé mon Dieu — avec un certain étonnement — c’est bien possible. Mais moi, il faut que je sois au bureau tous les jours que Dieu fait, tandis que vous pouvez sortir tous les aprés-midi, voir du monde, faire des visites, et tout ce qui vous passe par la téte.

— Qui, et cela me fait une belle jambe! Parler sans cesse des mémes choses avec les mémes personnes, tandis que vous voyez a votre bureau une masse de gens intéressants.

— Intéressants! De vieilles toquées qui veulent savoir pourquoi je n’ai pas loué leurs précieuses maisons environ sept fois leur valeur, et des tas de vieux grincheux qui m’empoisonnent la vie de leurs réclamations s’ils ne recoivent leurs loyers jusqu’au dernier cent le deux du mois. Ah! oui, intéressants! A peu prés autant que la petite vérole!

— George, je ne veux pas entendre crier aprés moi de cette facon-la.

— C’est qu’aussi ¢a m’exaspére cette idée que se font les femmes : elles se figurent qu’un homme n/a rien a faire qu’a rester dans son fauteuil et 4 roucouler avec une foule de belles dames en leur faisant de l’ceil.

— Je me doute bien que vous trouvez moyen de les aguicher quand elles viennent vous voir.

— Qu’est-ce que vous voulez dire? Que je cours aprés les jupons ?

— J’espére bien que non, a votre age!

— Qh! écoutez-moi bien. Vous ne me croirez peut-étre pas... Naturellement vous ne voyez que le bon gros Georgie Babbitt. Parbleu, un homme bien commode dans une maison : il garnit la chaudiére quand le chauffeur ne vient pas et il paye les notes, mais quel affreux bonnet de nuit! Eh bien... vous me croirez si vous voulez, il y a des femmes qui ne trouvent pas que George Babbitt soit un si facheux compagnon! I] ne leur parait pas si vilain, en tout cas pas au point de leur répugner, ila un assez bon répertoire d’histoires, et certaines danseuses méme estiment qu’il a une facon de les tenir joliment...

— Oui, dit-elle lentement, je ne doute pas que, quand je suis absente, vous ne sachiez trouver des gens qui vous apprécient a votre valeur...

— Je veux simplement dire... — II protestait, allait nier, mais sa colére l’entraina 4 une demi-franchise. — Pour sir que jen trouve, et des quantités, et de rudement charmants, qui ne me considérent pas comme un gosse qui a un mauvais estomac!

— C’est exactement ce que je disais! Vous avez le droit de courir partout, avec qui vous voulez, et moi, je suis supposée rester ici 4 vous attendre. Vous avez |’occasion de vous instruire, de vous cultiver de toutes les fagons, et moi je reste a la maison...

— Mais, Seigneur tout-puissant, rien ne vous empéche de lire, n’est-ce pas, de suivre des conférences et autres blagues du méme genre?

— George, je vous l’ai déja dit, je ne veux pas que vous me parliez sur ce ton-la! Je ne sais pas ce qui vous prend. Vous ne me traitiez jamais avec cette violence.

— Je n’ai pas voulu vous secouer, mais bon Dieu, ca me fait mal d’étre attrapé parce que vous n’étes pas a la page.

— Je vais m’y mettre. Voulez-vous m’y aider?

— Certainement! Tout ce que je pourrai faire pour vous aider a vous mettre au courant... entiérement 4a votre service. Signé: G. F. Babbitt.

— Alors, trés bien, je désire que vous veniez avec moi, dimanche prochain, dans l’aprés-midi, 4 la réunion de « La Pensée Nouvelle » de madame Mudge.

— De madame... quoi?

— Madame Opal Emerson Mudge, conférenciére de la « Ligue Américaine de la Pensée Nouvelle ». Elle parlera sur La culture de Esprit du soleil devant la « Ligue de la Haute Illumination » a ’hdétel Thornleigh.

— Ah bigre! La Pensée Nouvelle!... la pensée en hachis avec un ceuf poché... La culture de... On dirait une devinette! Fameux sujet de sermon a aller écouter pour une bonne presbytérienne, quand on a le docteur Drew!

— Le Révérend Drew est trés savant, trés bon orateur, et tout ce que vous voudrez, mais il n’a pas ce que madame Mudge appelle le « ferment intérieur »; il n’a aucune inspiration pour

« PEre Nouvelle ». Les femmes maintenant ont besoin d’inspiration. Aussi je veux que vous veniez avec moi, comme vous l’avez promis. |

La section de Zénith de la « Ligue de la Haute Illumination » se réunissait dans la petite salle de danse de l’hétel Thornleigh, piece trés élégante avec ses murs vert d’eau, ornés de guirlandes roses en patisserie, son parquet 4 losanges en beau bois et ses chaises dorées ultra légéres. La étaient rassemblés soixante-cing femmes et dix hommes. La plupart de ces derniers, lourdement affalés sur leur siége, s’y tortillaient, tandis que les femmes restaient droites et attentives, mais deux d’entre eux, corpulents, le cou rouge, affichaient une dévotion aussi respectueuse que leurs épouses. C’étaient des entrepreneurs nouveaux riches qui, s’étant offert des maisons, des autos, des tableaux et de belles maniéres, venaient la acheter une philosophie raffinée et toute faite, au rayon de confection. Ils avaient tiré a pile ou face: acquerraientils la Pensée Nouvelle, la Science Chrétienne ou un bon modeéle courant de doctrine épiscopale, suivant la haute Eglise?

Au physique, madame Opal Emerson Mudge était assez loin d’avoir l’allure d’une prophétesse. Batie comme un poney, toute ronde, elle avait une figure de pékinois hautain, avec un bout de nez, et des bras si courts que, malgré les efforts les plus violents, elle ne réussissait pas, tandis qu’elle attendait, assise sur lestrade, a croiser les mains devant sa poitrine. Avec sa robe de taffetas et velours verts, son triple rang de fausses perles et un grand face-a-main dansant au bout d’un ruban noir, elle était de l’élégance la plus recherchée.

Madame Mudge fut présentée par la présidente de la Ligue de la Haute Illumination, jeune femme vieillotte, 4 la voix troublante, qui portait des guétres blanches et la moustache.

« Madame Mudge, dit-elle, allait exposer clairement aux intelligences les plus simples le moyen de cultiver PEsprit du Soleil, et ceux qui avaient l’intention de le mettre en pratique feraient bien de recueillir précieusement les paroles de madame Mudge, parce que Zénith méme — et tout le monde savait que Zénith était 4 avant-garde du progrés spirituel de la Pensée Nouvelle — n’avait pas souvent l’occasion de se grouper aux pieds d’une Optimiste inspirée et d’une Voyante métaphysicienne

comme madame Opal Emerson Mudge, qui avait vécu la Vie de l’Utilité la plus vaste dans la Concentration, et trouvé dans le Silence ces secrets du Contréle mental et cette Clef intérieure qui allaient accomplir une transformation immeédiate et assurer Paix, Puissance et Prospérité aux nations malheureuses. Ainsi donc, ses amies voudraient-elles, pour cette précieuse heure enrichie de pierreries, oublier les Illusions du Semble-Réel et, dans laccomplissement de la Vérité profonde, passer avec madame Opal Emerson Mudge dans le Royaume Magnifique? »

Si madame Mudge était un peu trop potelée pour une prophétesse, yogi, voyante ou initiée, du moins sa voix avait-elle exactement le ton professionnel. Elle était nuancée et optimiste, d’un calme imposant, et coulait sans arrét, sans une virgule, au point que Babbitt en fut hypnotisé. Son mot favori était « toujours » — qu’elle pronongait « toujou » et son principal geste une bénédiction pontificale, mais bien femme du monde, avec deux doigts raides.

Elle expliqua la question de la Saturation Spirituelle :

«Il y a ceux... »

Elle donna 4 ce mot « ceux » une douceur trainante, qui en faisait un appel délicat et lointain, en mineur. I] blamait pudiquement les maris agités, tout en leur apportant un message de guérison.

« Il y a ceux qui ont vu le bord et l’apparence extérieure du Logos, il y a ceux qui ont eu une lueur et se sont emparés avec enthousiasme de quelque fragment ou portion du Logos, il y a ceux qui ainsi fouettés, mais non pénétrés et radioactivés par la Dynamis vont toujou de-ci de-la affirmant qu’ils possédent le Logos et le Métaphysicos et sont possédés par eux, mais je vous apporte cette parole, je développe ce concept que ceux qui ne sont pas arrivés au but n’ont méme pas commencé et que sainteté en son essence définitive est toujou toujou toujou santé... »

Cela prouvait que l’Essence de l’Esprit Solaire était la Vérité, mais que son Aura et son Emanation étaient |’Allégresse :

« Abordez toujou le jour avec le rire de l’aube, avec |’enthousiasme de linitié qui se rend compte que tous travaillent ensemble a faire tourner la roue et qui répond par une heureuse Affirmation aux critiques des Ames aigries des destructeurs... »

Cela continua ainsi pendant une heure sept minutes envi-

ron.

A la fin, madame Mudge parla avec plus de vigueur et de ponctuation :

« Permettez-moi maintenant de vous expliquer tous les avantages du « Cercle de lecture oriental, théosophique et panthéiste » dont je suis la représentante. Notre objet est de réunir toutes les manifestations de l’Ere Nouvelle en un Tout cohésif — Pensée Nouvelle, Science Chrétienne, Théosophie, Vedantisme, Brahmanisme, et autres étincelles de la Lumiére Nouvelle, qui est une. La cotisation n’est que de dix dollars par an, et pour cette somme modique les membres ne recoivent pas seulement le magazine mensuel Perles de guérison, mais ont le privilége d’envoyer directement a la Présidente, notre vénérée Mére Dobbs, toutes les questions possibles concernant les progrés spirituels, les problémes matrimoniaux, la santé et le bien-étre, les difficultés financiéres, Ct

Ils l’écoutaient avec une attention pleine de respect. Is avaient un air bien élevé, empesé, toussaient avec réserve, croisaient leurs jambes tranquillement et se mouchaient dans des mouchoirs fins avec une délicatesse a la fois optimiste et raffinée.

Quant a Babbitt, il ne bougeait pas: il souffrait.

Lorsque enfin ils se retrouvérent, Dieu merci, dehors, quand ils filérent chez eux dans un vent qui sentait bon la neige et le soleil, il n’osa pas parler: ils avaient été trop sur le point de se disputer tous ces jours derniers. Madame Babbitt le provoqua:

— La conférence de madame Mudge vous a-t-elle plu?

— Ma foi, je... Qu’est-ce que vous en avez retenu?

— Oh! cela fait penser. Cela vous sort de la banalité des réflexions ordinaires.

— Pour ¢a oui, j’accorde 4 Opal qu’elle n’est pas ordinaire, mais, bon Dieu... Sincérement, est-ce que vous avez compris quelque chose a ce fatras?

— Naturellement, je ne suis pas habituée a la métaphysique, et il y a eu bien des choses que je n’ai pas tout a fait saisies, mais jai senti que cela m’inspirait. Et elle parle avec tant de facilité! je suis sire que vous avez di en retirer quelque chose. | — Eh bien non! J’étais tout simplement abasourdi de voir

comment toutes ces femmes avalaient ga. Pourquoi diable perdent-elles leur temps 4a écouter tous ces boniments, quand elles...

— (Ca vaut certainement mieux pour elles que d’aller dans ces établissements ou l’on fume et ot I’on boit.

— Je n’en sais trop rien. Personnellement, je n’y vois pas une grande différence. Dans les deux cas, elles cherchent a s’échapper a elles-mémes... comme presque tout le monde de nos jours, je crois. Et j’obtiendrais certainement un bien meilleur résultat avec une bonne danse, bien animée, ou méme une séance de natation, qu’en restant assis raide, comme si j’avais un col serré, sans oser cracher, 4 écouter Opal machonner ses mots.

— Ah! ca, je n’en doute pas. Vous aimez bien les séances de natation, vous avez di assister a plus d’une pendant mon absence. —

— Ecoutez! Vous avez fait ces temps-ci une foule d’insinuations et d’allusions, comme si j’avais une existence double ou quelque chose de ce genre, et j’en ai plein le dos, et ne veux plus entendre un mot la-dessus.

— Oh! George Babbitt, vous rendez-vous compte de ce que vous dites? Jamais encore, depuis que nous sommes mariés, vous ne m’avez parlé sur ce ton-la.

— Alors il est temps de commencer.

— (a n’a fait que s’aggraver depuis peu, et voila que pour finir vous blasphémez, vous jurez, vous criez aprés moi d’une voix épouvantable et odieuse... J’en ai le frisson.

— Quelle exagération! Je n’ai ni crié ni juré.

— Je voudrais que vous puissiez vous entendre... vous ne vous doutez probablement pas de votre ton. Mais admettons... en tout cas vous ne me parliez jamais comme ¢a. Vous ne pourriez stirement pas le faire, s’il ne vous était pas arrivé quelque chose de grave.

I] était buté. Il fut stupéfait de découvrir qu’il n’était pas particuli¢érement désolé de cette scéne. I] dut faire effort pour se montrer plus aimable:

— Je n’avais, ma foi, pas l’intention d’étre violent.

— Vous rendez-vous compte, George, que nous ne pouvons pas continuer a nous éloigner de plus en plus l’un de l’autre, et

or

vous a étre tous les jours plus désagréable avec moi? Je ne sais vraiment pas ce qui va arriver.

Il eut un instant de pitié pour cette perplexité, il songea a tout ce qu'il y aurait de choses profondes et tendres brisées, s’ils ne pouvaient « vraiment plus continuer comme ¢a». Mais cette pitié était impersonnelle et il se demandait: « Ne serait-ce pas peut-étre une bonne chose si...? Pas un divorce, bien entendu, avec toutes ses conséquences, mais un peu plus d’indépendance? »

Et tandis qu’elle le regardait d’un air suppliant, il continua a conduire sa voiture dans un silence terrible.

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