II
ciel, mon bon, nous serions ravis de vous obliger. Nous n’aimons pas plus que vous ces étrangers qui viennent faire le trust de Pépicerie. Mais vous ne pouvez pas raisonnablement espérer que nous allons sacrifier onze mille dollars ou davantage par esprit de bon voisinage, non, n’est-ce pas? Qu’en pensez-vous, Lyte? Etes-vous disposé a faire une concession?
En prenant chaleureusement le parti de Purdy, Babbitt persuada au bienveillant M. Lyte de réduire ses prétentions 4 vingt et un mille dollars. Au bon moment il tira d’un tiroir l’acte de vente, qu’il avait fait taper la semaine précédente par mademoiselle Mac Goun, et le mit dans la main de Purdy. II secoua aimablement son stylo pour s’assurer qu’il fonctionnait bien, le tendit 4 Purdy et, avec un air d’approbation, le regarda signer.
La besogne du monde s’accomplissait. Lyte avait gagné quelque chose comme neuf mille dollars. Babbitt s’en était assuré quatre cent cinquante de commission, et Purdy, grace au mécanisme délicat de la finance moderne, s’était procuré une boutique pour son commerce, et bientét les heureux habitants de Linton pourraient se fournir de viande 4 des prix qui ne dépasseraient que de peu ceux de la ville.
C’avait été une belle lutte, mais, aprés, Babbitt retomba a plat. C’était le seul conflit vraiment amusant qu’il eit eu en perspective. I] n’y avait plus rien en vue que des détails pour des baux, des estimations, des hypothéques.
I] murmura:
« Ca me crispe de penser que c’est Lyte qui fait le gros bénéfice, ce vieux grigou, quand c’est moi qui ai eu toute la peine.Et puis... qu’est-ce que j’al encore a faire aujourd’hui?... Je prendrais volontiers un peu de bon temps... un tour en auto... quelque chose. »
Il tressauta, tout remonté a l’idée qu’il déjeunait avec Paul Riesling.