G. BABEUF
Gomme toutes le^ autres tentatives d'évasion pendant ce procès, celle-là fut découverte à temps. Est-ce parce que cette lettre fut déchiffrée par le concierg^e de la prison, obligé par état de tout lire et de tout deviner? Babœuf fut-il trahi par un de ces gens que , en style de prison, Ton nomme des moiUms'i Nous ne le pouvons dire.
L'écriture de cet autographe difficilement composé, on le conçoit, n'a pas de caractère bien marqué, bien original. Ge ne doit pas être là l'écriture ordinaire de cet infatigable travailleur qui couvrît d'encre tant de papier, de qui émanent tant de pièces. Sa plume devait d'habitude courir, esquisser rapidement des traits larges, incorrects , inégaux ; là , gênée par l'effort de l'esprit et la nécessité du cadre, elle est lente, écolière, trop patiente, et ne doit pas ressembler.
Enfin, la construction du bâtiment qui devait recevoir la Haute-Gour, le jury, les nombreux accusés, les soldais et la foule, était achevée. Enfin, cette immense instruction arrivait à son terme, et, le S ventôse an V (20 février 4797), les débats purent s'ouvrir. Quarante-sept accusés étaient présents; dix-huit étaient jugés par eon-
tumace. Nous les avons nommés. Presque tous ceux qui ne figuraient pas au procès , étaient de ces anciens Conventionnels qui avaient pu fuir ou échapper aux recherches actives de la police.
On se figure aisément la foule des témoins que l'accusation et la défense avaient appelés à Vendôme. Au nombre de ces témoins» figurait le capitaine Giisel, qui seul avait découvert et livré tous les fils de cette trame^ et à qui les accusés, on le conçoit, firent pendant tout le procès une situation pénible par leurs insultes, par leurs violences , par leurs attaques incessantes.
Les portes du palais sont ouvertes. La foule envahit Fauditoire, curieuse de voir ces hommes effrayants qui ont voulu reprendre et continuer l'œuvre sanglante de 95. Parmi les quarante-sept accusés, le peuple frémit de loin en apercevant Babœuf, calme, impassible comme un lion au repos; il s'émeut de pitié au triste spectacle que lui donnent les six femmes que les passions politiques, apanage d'un autre sexe, livrent sans défense à la curiosité publique. Dans un coin de la salle, on entend des sanglots étouffés : c'est la femme de Babœuf qui pleure sur la blonde chevelure de ses malheureux enfants qu'à l'avance on peut appeler des orphelins. La sœur de Potofeux, cette charmante jeune fille qu'on ne peut contempler qu'avec admiration et respect , la soutient et la console.
A côté de Babœuf, sur le banc des accusés, est assis Buonarotti, le confident du maître, le disciple bien-aimé qui écrîia et perpétuera la tradition; il est de petite
taille ; sa figure brune a de Faniniatiou. Son attiiude est calme » décente ; pendant les débats , il se montrera aussi convenable et sérieux que le seront peu ses compagnons de captivité. On se raconte que, né à Florence d'une famille patricienne et ricbe qui eut pour souche le grand Michel-Ange, il s'expatria pour aller soutenir Tinsurrection de la Corse contre Gènes, et mérita par son excellente conduite, ses services et sa science du droit , des lettres de grande naturalisation. C'est , après Babœuf, celui qui force le plus la curiosité et l'intérêt de la foule.
Puis vient le militaire Germain; bouillant, impétueux, il ne tient point en place. Du regard il défie déjà le ministère public dont le siège est encore vide. Dans le public , on se dit que la vie de cet homme si jeune encore s'est usée tout entière dans les luttes contre la société, dans les prisons où il a expié ses entraînements révolutionnaires.
On se montre Darthé , l'inflexible Darthé, celui dont parlent tant les journaux qui lui attribuent l'initiative de la résolution, prise par beaucoup d'accusés, de protester contre la compétence de la Haute-Cour. Sa physionomie est dure, empreinte d'une résolution farouche. C'est lui qui a écrit la proclamation qui commence par ces mots : Tuer les Cinq, Ce n'est pas sans effroi que l'on se rappelle, en le voyant» qu'il a été a Arras l'ami du Conventionnel Lebon dont il vantait les vertus , dont il approuvait les exécutions sanglantes , dont il excitait la fureur par ses conseils et ses lettres.
Entre le serrurier Didier, l'ex-juré du tribunal de Fou-
quier-TinvilIe, et le général Mansart, est assis on homme à la physionomie inintelligente y hébétée, étonnée. C'est Pillé le dénonciateur , Pillé qui ci*oît aux inspirations des démous familiers.
On remarque à côté des ex^Oonventionnels, amis de Robespierre, Tex-marquis Antonelle» aussi juré de la façon de Robespierre et de Fouquier-Tin ville. Puis viennent, étrange rapprochement , les deux Duplay , hôtes et amis de rinventeur.de TEtre-Supréme.
Toutes les femmes Babouvistes sont réunies sur le même banc. C'est la femme Breton, la veuve Mounard , la fruitière Martin , ces femmes perdues qui devaient se jeter, le sein découvert, devant les troupes chargeant l'insurrection; c'est l'enrôleuse Marie Lambert qui se vante d'avoir débauché deux mille légionnaires ; c'est la chanteuse du café des Bains Chinois, la blonde, sémillante et peu sage Sophie Lapierre, qui buvait comme un soudard à la Liberté.
Derrière les femmes, se groupent le commun des martyrs, ces infimes instruments de troubles civils, les hommes perdus de crédit , de considération pour la plu part, les hommes qui seront à toutes les émeutes, à tous les meneurs qui les trompent et les perdent.
L'auditoire commente et blâme la lâche conduite du représentant Drouet qui a fui la punition due à ses fautes nombreuses. On se rappelle que c'est lui qui, à Varennes, a arrêté et perdu un roi qu'on commence à regretter. On cite ses exagérations, ses colères, ses ivresses pendant lesquelles il ne se connaît plus et se répand en pro-
pos atroces comme celui-ci : c A l'égard des filles, il faut • les accoler et les f.»..» à la noyade. » On s'étonne que les Egaux aient eu confiance en ce bravache que, chaque jour , Babœuf était obligé de rappeler au courage c ati tendu qu'il était prudent et sénateur comme les autres. > pn regrette que le philantrope Bodson ne soit pas là comme contraste avec ces hommes de sang et de violence» lui qui désapprouvait le Robespierrisme et ses fureurs. Où sont le riche Lepelletier» le général-ministre Rossignol» les Conventionnels?
Mais les juges sont assis; les jurés ont pris place; les sept défenseurs qui vont assister tous ces hommes coupables sont présents. Les débats sont déclarés ouverts. Le président procède à F interrogatoire de Babœuf et lui demande son nom. c Mon nom! » dit Babœuf, c vous » me Caites là une question à laquelle je ne veux point » répondre. Ce grand procès n'est point dans Tétat légal » pour être porté au jury de jugement. » Le président insiste alors, c Je veux bien vous dire que je m'appelle » Babœuf, > répond celui-ci avec dédain; c mais cette
• déclaration, je ne la fais que pour ne pas arrêter le » cours de ces débats , et je me fais fort de vous prouver » que l'affaire n'est point en état. •
c Si vous avez des exceptions à faire valoir, » dit le président Gandon, c la Haute-Cour les entendra plus
• tard. Quant à présent, nous devons constater l'identité des personnes. Répondez. Quel est votre âge ? »
c Mon identité est constatée par la déclaration que je 1 m'appelle Babœuf, Je rerîsc de répondre. »
« Votre âge? • demande encore le président.
« D'après les observations que j'ai déjà faites, répond
> Babœuf , je ne me crois point obligé d'en dire davan-
> tage. >
« Votre profession et votre demeure? »
c Je vous réponds la même chose; je demande avant » tout à faire des observations. >
A l'exemple de leur chef, les autres accusés refusent tous de répondre, l'un parce qu'il se prétend sourd, muet et aveugle , un autre parce qu'il ne reconnaît point la compétence de la Haute-Cour, un troisième parce qu'il se croit par avance voué à la mort, c La Constitui tion me défend de vous reconnaître ; en conséquence ,
• tiesdo vos , • s'écrie un quatrième. Le président interroge la jolie chanteuse du café des Bains Chinois, c Je » me nomme Sophie Lapierre; je vous récuse, • dit*elle en faisant aux juges une profonde et ironique révérence, et elle s'assied.
Cet interrogatoire sommaire épuisé, Babœuf se lève, demande la parole, et lit un énorme discours qui ne dure pas moins de plusieurs heures. 11 annonce que lui seul se chargera de sa défense, c Je suis sous le poids
• d'une accusation grave et de nature à ne pouvoir être » détrbiic par un silence obstiné , de nature à ne pou- » voir être détruile,pour mon compte, par un autre défen-
• seur que moi. >
Tout est pour lui matière et prétexte à incidents. On sont que son but est de prolonger les débats et de reculer incUTiniraent le jugement. Son discours est hérissé de
textes de lois qu'il torture pour les plier aux exigences de ses prétentions. Un procureur retors connaît moins bien le sinueux arsenal de la chicane. Il se plaint de rimpression qui a rendu publiques les pièces saisies et qui, distribuées aux jurés avant le temps légal, ont pu faire pénétrer dans leur esprit des préventions c antici- » pées. » 11 conteste des documents , prétend qu'on n'a pas réuni les plus indispensables et qu'on n'a communiqué que les inutiles. Ces pièces sont au procès , comme un poignard sanglant trouvé près du cadavre est à l'assassinat, avait écrit le rédacteur de l'acte d'accusation ; Babœuf argumente longuement sur cette comparaison. Il voudrait que l'ensemble des pièces fût communiqué à chaque prévenu ; il calcule que plusieurs presses, toujours en mouvement pendant un an, n'arriveraient point à ce résultat indispensable à la défense. < Au milieu de i cette loquacité et de l'insignifiance de cette défense , » écrit-on de Vendôme le 24 février , c on est obligé de
> reconnaître un homme qui a de grandes ressources » dans l'esprit et une grande énergie dans ses concep-
> tlons. »
Après Babœuf, c'est Germain qui parle et veut toujours parler. Voici un échantillon des violences que la faiblesse insigne du président ne sut point arrêter. Germain s'en prend au rédacteur de l'acte d'accusation , André Gérard , et s'écrie ;
i La dégoûtante harpie Cœleno n'imprimait que la souil* » lure et la fétidité aux choses que ses mains touchaient: » sous celles d'André Gérard, tout s'est converti en poi-
» goards; ses doigts homicides n'ont pas écrit, Us ont ma-
> nipolé des poisons. Sont-ce là des titres à rinviolabilité?
> S'il y avait inviolabilité poar lui , les lois ne la lui con- » céderaient que parce qu'il a commis de tels crimes ,
> que leur {munition , en le signalant, apprendrait aux » hommes ce dont, avant lui, ils n'avaient la moindre
• idée. Ainsi, certains législateurs ont craint de pronont cer une peine contre le parricide. Gérard, c'est toi qui » as précipité dans les cachots des républicains ; qui en
> as forcé d'autres à un exil funeste, qui as arraché son » père à cette Emilie qui meurt dans les angoisses du 1 besoin depuis son absence ; c'est toi qui as hâté les » jours de cette mère qui n'avait de ressources et d'ap- » pui que dans son fils ; c^est toi qui as porté le poignard
> dans le cœur de celle qu'à la face du ciel et de la terre
> j'avais reconnue pour mon épouse, c'est à toi que mon » fils la redemandera : tremble qu'il ne soit aussi dans la 1 dure nécessité de te redemanda son père. Gérard , tu
> es le plus vil , le plus pervers des hommes. Grisel , l'in*
> famé Grisel » à qui il ne reste plus qu'un forfait à comi mettre, celui de saisir la hache des bourreaux, de » porter sur les victimes, d'im bras amolli par la plus
> honteuse crapule, des coups mal assurés ; ce nouveau ï Niger y qui se vante de les avoir tués une fois à demi ; V ce Grisel que même nos plus mortels ennemis repoussent
• odieusement, parce qu'il ne s'est vendu à eux que pour
> satisfaire à ses débaucha, à ses sales habitudes; ce
> Grisel dont le successeur de Curtîus offre déjà , dans
> son cabinet, les traits aux curieux jaloux de voir, le plus
» exécrable des monstres : eh bien ! tu l'emportes sur ce
> Grisel. L'acte d'accusation existe encore dans toute sa » monstruosité; voilà une pièce pour l'histoire....! Fastes » superbes , ouvrez-vous pour la recueillir. Sur ses émarges est écrit, en lignes ineffaçables, le jugement ) de la Haute-Cour qui la maintient. Ah ! si c'était pour » en perpétuer l'opprobre ! maïs non, on ne peut le pen-
> ser y quand ce jugement est encore motivé sur la né- » cessité d'accélérer l'instruction , .lorsque les bonnes
> raisons des accusés sont dédaignées comme leur pro- » testation et immersées dans un cloaque de diatribes. »
C'est ensuite les témoins que Germain diffame; c'est plus tard aux jurés qu'il prodigue les doutes soupçonneux. Ces discours vont être suivis par d'autres discours. Tous ces accusés, qui espèrent eu un prochain mouvement populaire, veulent gagner des heures précieuses. L'accusateur national Vieillard combat ces prétentions exorbitantes ; les prévenus veulent répliquer, et a la fin de cette longue journée, laborieux début, c'est à peine si la Haute-Cour put rendre un arrêt qui mit fin à ce pre. mier incident en décidant qu'elle passerait outre.
Au risque de multiplier les citations, nous ne pouvons résister au désir de reproduire un passage du discours de l'accusateur Vieillard. C'est une page éloquente d'histoire ancienne et d'histoire d'aujourd'hui à la fois. Il ne reste qu'à conclure des Communistes d'alors aux Communistes d'à présent : i Avant d'entrer , » dit l'organe éloquent de la société , c dans aucun des détails des 1 preuves que nous aurions à développer, déterminons
d*iinc manière précise ce qui cousiiiae essentielleaieBi le crime de conspiration et les caractères qui forcent à le reconnaître.
» Vous ne le savez que trop, citoyens jurés, la plus belle des révolutions , qui semblait, à son aurore , devoir n'amener sur la France que le jour de la liberté , a produit bientôt d'affreuses tempêtes; les passions déchaînées ont sou£Bé de tous les points de Thorison; des germes pestilentiels, épars jusque*là sur la surface de notre sol, se sont trouvés tout-à-coup ramassés et réunis. Près du patriotisme impétueux, mais dont l'enthousiasme toujours excusable ne connut jamais le crime, s'est placée l'hypocrisie au regard double, l'irréligion à la voix sacrilège, l'ambition avec son audace, la vengeance avec ses fureurs, le calonmiateur versant ses poisons, l'homicide levant ses poignards. Dans le bouleversement des éléments sociaux , ces mélanges impurs ont fermenté; et de leur sein est éclos une espèce d'être^ malfaisants, monstres jusque-là inconnus dans ces climats, et que le ciel même semblait avoir épargnés à la terre : ils se proclamaient les pon triâtes^ et ils ont déchiré, mutilé, dévoré la patrie... ! 1 Fils de l'anarchie, nés dans son sein, âevés dans ses bras , leur instinct ne connaît pas d'autre élément. Ils l'appellent sans cesse, ils ne sourient qu'à elle. L'ordre, Tordre, vœu et besoin de tousies êtres sensibles, est, pour ceux-ci, un tourment. Ils frémissent à son aspect ; ils rugissent de joie quand la tempête approche, ils se précipitent au milieu des désordres publics avec
le cri d'un féroce plaisir. La nuit affreuse qui a couvert la France de carnage , à l'épouvantable époque de la Terreur, est l'objet continuel de tous leurs regrets. Le jour constitutionnel qui Ta remplacée importune et blesse leurs yeux ; et comme ces oiseaux sinistres qui fuient l'astre de la lumière , qui semblent , à son déclin, appeler les ténèbres par leurs accents lugubres et s'apprêtent alors à mieux saisir leur proie , ils applaudissent aux troubles qui paraissent nous menacer ; ils les appellent pour en jouir ; ils désignent d'avance les victimes qu'ils se disposent à frapper.
» Rien ne peut ni ramener , ni calmer ces hommes cruels. Prêts a tous les excès , engagés , la plupart , à en commettre par ceux même qu'ils ont déjà commis , le sang du crime bouillonne, pour ainsi dire, dans leurs veines ; et le plus effroyable caractère de leur pervei'sité, c'est qu'ils ont unanimement érigé en principe le pillage , le brigandage , l'assassinat. Leur premier dogme est le bouleversement de la société qu'ils appellent Egalité , Loi Agraire y le remplacement des propriétaires par ceux qui ne le sont pas, la succession de ceux qui n'ont rien à ceux qui ont quelque chose. Tout moyen pour arriver à leur but leur parait également bon : dévaster, égorger jusqu'à ce que leur affreux système surnage sur une mer de sang : voilà leur doctrine.
c Scélérats d'autant plus redoutables que n'ayant, la plupart, rien à perdre, ils sont prêts à toutf que ne connaissant aucune jouissance, ils ne craignent aucun
• danger; que la fureur remplace en eux le courage; 1 qu'ayant déjà, eux ou leurs semblables, essayé la 1 puissance aux jours de la Terreur, ils croient, à chaque
> instant, ressaisir la même autorité par les mêmes t moyens. Le spectre révolutionnaire est présent à leurs » yeux ; il leur apparaît sans cesse avec ses lambeaux
> sanglants, ses poignards, ses échafauds, les cris de » ses victimes ; et ces affreuses images , tourment des » criminels ordinaires, sont à la fois le bonheur et Tespé- » rancc des nouveaux monstres que nons dépeignons » ici.
» Ces tableaux, citoyens jurés, qui chez d'autres
> peuples et chez nous, à toute autre époque, paraîtraient
• coloriés par une imagination exaltée , sont , hélas !
> rexpresston trop fidèle de la réalité. Ils appartiennent » tout entiers à l'histoire, déplorable aveu ! on le verra 1 dans la nôtre ; et l'épouvantable procès que vous allez
• juger les contient presque tous. »
Nous allons assister à un étrange spectacle qui se renouvellera chaque jour. Les soldats s'approchent des prévenus pour les reconduire dans leurs prisons ; ils sont repoussés. D'une voix stridente , Sophie Lapierre entonne l'hymne des Marseillais , et tous les accusés en répètent en chœur le menaçant refrain, souvenir des mauvais jours. Le poing tendu, l'œil enflammé, tous leurs traits empreints du fanatisme et de la haine, ces hommes violents donnent aux tranquilles habitants de la petite ville de province la représentation d'un drame auquel il ne manque pour le rendre complet qu'un acteur important,
le peuple de Paris , qui devrait être là pour fourair la réplique, pour hurler le chant de mort et de menace; et c'est au milieu de la terreur, de la stupéfaction générale, que les soldats purent enûn emmener leurs prisonniers dont on entendit longtemps les accents irrités et féroces.
Le lendemain, nouveaux incidents, nouveaux discours, nouveaux chants ; cette fois , c'est avec un couplet de rhymne de Goujon et aux eris mille fois répétés de vive ia République ! que la séance fut levée.
Si Ton veut lire les pièces, Babœuf interrompt brutalement le greffier; il prétend qu'on les tronque sciemment, avec perfidie, qu'on les c syncope. > Le président le rappelle au silence. « Il ne vous appartient pas de me- 1 dire de me taire , i répond insolemment le chef des Egaux.
Au bout de huit audiences, la série des incidents n'était point encore terminée. Aux tracasseries inventées par les accusés , se joignaient les tracasseries soulevées par leurs avocats, par leurs défenseurs officieux, pour nous servir du langage dft temps. L'avocat Real , que Bonaparte enverra plus tard siéger au Conseil-d'Ëtat, et qui défendait Babœuf, Germain et Blondeau, se montrait toujours aussi vétilleux, souvent aussi violent que son principal client. Constamment occupé à rompre des lances contre l'accusateur public Bailly , il ne négligeait aucune occasion d'embrouiller , d'envenimer les débats , d*y apporter des entraves. Dans ces luttes oratoires inutiles , dont le public avait l'intelligence , on sentait bien
le désir de ne point avancer d'un pas ; on le savait si bien qu'un journaliste du temps disait : c Si un étranger
> nous avait prié de l'instruire des opérations de la 1 Haute-Cour depuis l'ouverture de ses séances, nous
> pourrions lui répondre ce que le lord-chancelier d'Ân- » gleterre répondit à cette question de la reine Elisa-
> beth : c Que s'est-il passé depuis la rentrée du Parle-
I ment? — Madame, six semaines. >
Cinq longues séances furent employées au seul interrogatoire de Babœuf . En effet , à peu près seul il était en jeu. C'étaient de lui qu'émanaient presque toutes les pièces saisies. C'était lui qui avait organisé la conspiration, lui qui en avait dressé le plan, lui qui avait dicté la correspondance à Pillé. Toutes les dénonciations se rapportaient à lui. C'était toiyours de lui qu'on parlait, toujours lui qui parlait, tocyours lui qui reste en scène.
II est fier de ce succès, de cette attention dont il forme le centre et qui s'attache à lui. Il ne dissimule pas cet orgueil. Ce triomphe , il y comptait si bien , qu'en mettant le pied pour la première fois dans la salle d'audience que sans doute il avait imaginée immense, regorgeant de curieux avides de contempler ses traits, il s'écrie en la voyant si mesquine , si rétrécie : c Quoi! faudra-t-il que » je me défende devant une poignée de monde , lorsque » ce serait devant la France entière que ma défense de-
> vrait éclater ! >
Il ne faudrait pas croire cependant que cet homme , qui parait tout d'une pièce, qui a réponse à tout, ergote comme un procureur, luttera en déterminé, défendra sa
vie jour par jour, minute par minute , qu'on ne trouvera jamais sans réponse , qui est à tout et à tous, se soit toujours montré digne et capable. Babœuf eut des moments d'insigne faiblesse, des moments où le conspirateur hardi di^arait derrière le menteur inhabile , maladroit. Si devant les Directeurs il a nettement, audacieusement avoué son crime , parfois devant la Haute-Cour il nia pauvrement , honteusement , cherchant à se mettre à couvert sous une humilité d'emprunt, à se faire petit et, à l'aide de cette exiguïté , à passer à travers les mailles du filet. Le président lui donne à reconnaître une foule de pièces importantes qu'il a lui-même écrites. Il se voit écrasé par Tcvidence. Que fait-il? Au lieu de se poser courageusement en chef de parti , de tomber en arrangeant avec art autour de lui les plis de son manteau de chef des conjurés, il se rabaisse jusqu'à l'humble rang de copiste, de secrétaire d'une association de philosophes, de philantropes, qui discutent «ntre eux c sur le maximum de bonheur et de liberté > à donner au peuple. Ces extraits de ses innombrables discours ne sont pas la page la moins curieuse de la vie de cet homme.
f Ces citoyens , daqs le commencement de leur réu- » nion , > dit-il , c paraissent avoir conservé quelques » papiers, secrets dépositaires de leurs vœux pour la • patrie et de quelques idées ou projets sur les moyens » qu'ils croyaient propres à la délivrer de ce qui était à
> leurs yeux un odieux asservissement. Ces premiers
> papiers formèrent le noyau de ce qui, en se grossissant, » oflrit la totale partie qu'on captura h l'époque du Si
» floréal. Ce total ne m'appartenait pas , il appartenait à » tous les républicains formant celte espèce de cercle
> politique. Je ne crains pas de produire mes précédents 1 interrogatoires; je copierai ici partie de celui du 3 1 prairial. Je suis loin de vouloir me retrancher dans le 1 cercle usé des dénégations. Plus généreux , p^us grand, » j'oserai ne rien taire de tout ce dont je suis eoupable
> dans le sens de mes accusateurs ; mais , adorateur de 1 la vérité , je ne souffrirai pas non plus qu'on l'outrage, i J'ai dit avec vérité , dans mes précédents interroga- 1 toires , que je n'avais été que le directeur de l'esprit • public auprès d'une association de démocrates qui , i affectés de ce qui leur paraissait être la dernière vioi lation des principes de la liberté dans tout ce qui avait » été ordonné pour faire clore , contre le vœu formel du 1 peuple dans la Constitution de l'an 5 , les réunions po- » pulaireSy telles que celles du Panthéon et autres , s'en i vengeaient et se consolaient en se réunissant particu- » lièrement pour s'occuper encore des affaires publiques. » Ils eurent bien, à la vérité, la confiance de donner I entre eux à leurs petites assemblées succcessivement » les noms de cercles^ réunions, comité , même auxquels 1 on ajouta quelques-uns des adjectifs: démocratiques, 1 populaires, de salut public. On y ré va à ce qu'on appelait » des moyens de sauver la patrie. Les hommes composant
> ces cercles plébéiens , comme nous le développerons » dans la suite , n'avaient pas sans doute tort de consi- » dérer le peuple comme réduit au dernier degré de mal. » heur et d'enchaînement. Chacun d'eux confiait au papier
ses idées sur le remède propre à guérir les maux du peuple. Il parait bien que Ton convint qu'il fallait commencer par établir des moyens d'améliorer Tesprit public, de le diriger vers le but qu'on se proposait , et de le réveiller , à la longue , pour la liberté , de se procurer des moyens de connaître successivement la marche et les progrès de Tesprit public , afin de savoir s'il ne viendrait pas un moment où le peuple se trouverait assez fort pour ressaisir la plénitude de sa souveraineté. 1 Pour cela , on établit diverses correspondances avec plusieurs personnes dans Paris , dont l'association centrale, ne voulant pas élre connue, s'avisa de substituer, en place des signatures , le nom pompeux de Comité secret de salut public : on résolut d'aller jusqu'où l'on pourrait dans ce plan de tater l'esprit public et d'aider le recouvrement de son antique énergie. Après le premier succès apparent , les membres de celte réunion sentirent qu'ils auraient besoin de s'attacher ce qu'ils jugèrent à propos d'appeler un Directeur de l'esprit public , c'est-à-dire un publiciste dans leur sens , qui était, nous l'avons déjà dit, celui de la démocratie. Ils jetèrent les yeux sur moi qu'ils trouvèrent déjà en possession, par mon Tribun du Peuple, d'engager l'opinion vers l'amour des plus pures maximes plébéiennes, lis me dirent qu'ils voulaient que je fusse mis à portée de leurs travaux , de leur correspondance qui leur donnait la mesure journalière de l'esprit du peuple ; que je pourrais alor&y conformer mes écrits, qui deviendraient bien plus intéressants; et qu'ainsi travaillant, eux et
^ moi y 7>oiir le même but , nous irions de concert et du
• même pas. J'acceptai : je prenais note alors de plusieurs i pailles de leurs travaux , lettres , etc. , afin de parvenir 1 au but de cette conformité des inspimtions de mes
• écrits y aux renseignements obtenus par les moyens » secrets que j*ai dits. Voilà comme je me suis trouvé i particulièrement et immédiatement auprès de ces pa- » piers; voilà comme il. s'est fait qu'on a regardé comme » venant de moi toutes les notes que je transcrivais pour
> les instructions particulières que j'avais besoin de con-
> server pour mon journal ; voilà aussi ce qui a donné » lieu à me qualifier de chef du Comité prétendu insuri recteur. On conçoit par ce que j'ai expliqué que j'avais » besoin de mettre quelqu'ordre , quelqu'arrangement
> dans ces papiers , afin de bien m'y reconnaître ; et c'est » pourquoi on voit que beaucoup de [dates mises en tête
> de chacun d'eux sont de moi. J'étais en effet, en i quelque sorte , l'archiviste de l'assciciation des démo-
• crates dont j'ai parlé ; j'en fus bien aussi quelquefois le » secrétaire , parce que , pénétré d'estime pour ces dé- 1 mocrates que je considérais comme les plus purs des 9 hommes , je leur étais singulièrement dévoué , jusqu'au i point, comme je crois l'avoir dit ailleurs , que près 9 d'eux J'étais semblable à ce Romain qui disait qu'il eût
> mis le feu au Gapitole , si Gracchus le lui eût ordonné ; I vous savez que Gracchus ne pouvait rien vouloir que » d'utile à la patrie.
1 II y eut donc quelques petits objets que j'écrivis par- » liculièrement sous la dictée. Tel fut-le titre : Liste des
t démocrafes à adjoindre à la Convention Nationale « que
> vous avez lue. Je ne sais à quel but fut faite cette liste ; 1 chacun des réunis bâtissait des plans et donnait le fruit
> des promenades de son imagination , souvent sans
> beaucoup de concordance avec les idées des autres co- » réunis y et sur des suppositions dont la possibilité était » excessivement éloignée ; de manière qu'on pourrait 1 dire que ce n^'a pas été sans beaucoup d'art que dans i le brillant rapport de l'accusateur national, on soit
• parvenu à donner une espèce de liaison , d'ensemble » et de suite à tout ce qu'on y a rapporté.
» On peut avoir eu l'intention, de découvrir si le peuple 1 pouvait être encore amené à briser son joug , et l'on
• poussa assez loin cette, recherche ; mais je puis encore » décider, comme je l'ai fait dès mes premiers inlerro-
> gstfoîres devant leMinistre et lé Directeur du Jury, qu'il
• n^y avait rien à risquer pour le Gouvernement, bien
> longtemps après le ai fibréal ; car on était encore bien i loin de là possibilité , non pas de l'exécution , mais
> seulement de tentative d'aucun mouvement populaire. > Quand on lit avec attention les immenses détails de
l'interrogatoire de Babœuf , on est bientôt frappé de la lâcheté morale de ce chef de bandits ; nous sommes encore obligés de revenir sur cette impression qui domine ce long' débat. Cet homme est petit , misérable , chicanier ^ rhéteur , taquin et bavard. Rarement , une pensée quelque peu large , un noble sentiment l'inspirent. Une énorme distance le sépare du jour où, philosophe hardi , conspirateur audacieux , il a osé rêver une gigantesque
aitreprise , un boaleTersemeiit radical de la société. On se demande presqae si cette société coarait ua véritable danger an moment oà le dénonciateur Grisel fit arrêter ce faoleor de massacres , de pillage, d'incendie, et comment il se peut fiiire qu'un pareil misérable ait encore la puissance , soixante ans après sa mort , de remuer le monde , de le pousser sur la pente de l'abime. A ces novateurs dangereux , l'esprit qui s'effraie se plaît à donner d'énormes proportions , beaucoup de courage physique, surtout une grande résolution ; on les croit de fer , déterminés , prêts à se rompre plutôt qu'à plier ; tandis qu'à Vendôme Babœuf fit de triste avocasserîe , inventa des ruses procédurières , de nombreuses fins de non recevoir, des exceptions à son usage et dont on n'avait jamais entendu parler. Cbaque minute, il la disputait aux accusateurs nationaux. Chaque occasion de bavardage lui paraissait un temps précieux et gagné. Il désirait que la France entière assistât à son procès ! Jamais leçon plus utile n'eût été donnée à l'humanité , ati pays. Que son vœu n'a-t-il pu s'accomplir ! La mémoire du peuple entier eût conservé le souvenir de la triste attitude du père du Communisme , et de la misère de cet homme, on eût conclu à la misère de tous ceux qui plus lard le prendraient pour chef et pour guide. Peutêtre le Communisme eût-il été rendu à jamais impossible; car le peuple aime et suit les hommes forts et courageux , mais répudie les lâches.
Cette lâcheté après tant d'audace excita , pendant le procès , l'étonnentent général dont le président Gandon
— 573 -^ se rendit Tinterpréte ^ quand, un jour, poussé à bout par ces dénégations systématiquement mensongères mais ruinées par de précédents aveux et par des montagnes de pièces et de preuves palpables , il s'écria : c Vous avez
> dit, Babœuf, que vous aviez votre voix dans le Conseil I 1 vous avez été à certaines époques , et d'après vous- 1 même , la grande colonne, le centre ! Tout était à vos » ordres ! Ensuite vous avez été le directeur de Y Esprit » public , celui qui devait entretenir Topinion commune i à un thermomètre raisonnable., •• A présent , vous 1 n'êtes plus qu'un méchant petit copiste , qui est dans » un petit coin , et qui ne fait que transcrire des piet ces! »
Ces i*ailleries sanglantes étaient cependant tempérées par le caractère personnel du magistrat qui présida sou* vent trop mollement ces pénibles et interminables débats , par la réserve ensuite que lui commandaient sa position et la loi elle-même.
Le 28 février, Babœuf et ses co-accusés parlèrent toute une journée pour faire rayer de la liste des témoins à charge un de leurs dénonciateurs. Il est vrai qu'il s'agit deGrisel, Grisel pour qui l'accusateur national Bailly venait de demander une couronne civique et que Germain condamnait à la mort par cette phrase menaçante : « Oui ! ce sera plutôt une couronne d'épines...! > Et Béai , le défenseur de Babœuf , ajoutait : c Ce n'est pas t des mains du jury qu'il la recevra. Non ! c'est dans le
> sang qu'il doit la prendre , cette couronne ; c'est sur
» récharaud ! Il la saisira des mains du bourreau , toute i sanglante » et la posera sur sa tête... ! >
Nous avons perdu de vue Potofeux dans toutes ces luttes ardentes. Relégué au dernier rang de la conjuration par le peu de charges relevées contre lui , son rôle était plus humble ; cependant , il trouva Toccasion de se faire remarquer » mais à un autre titre que Babœuf : c'çst par la convenance de sa tenue aux débats. Potofeux parla le dernier sur Tincident de Grisel. Dans son discours élégant et modeste , il traita la question comme elle devait l'être , c'est-à-dire sagement » paisiblement : c Très-jeune encore , et doué d'une figure charmante , > écrit au Moniteur un journaliste envoyé à Vendôme, c il a intéressé vivement l'auditoire et s'est fait écouter i des juges. Il a produit beaucoup plus d'effet que ses i violents prédécesseurs. »
Malgré toutes ces chicanes , la cour ordonna que Grisel serait entendu plus tard.
On ne peut se faire une idée et de l'audace de tous ces conjurés et de la bonhomie de la Haute-Cour. Le 3 mars, on s'occupa de la vérification des écritures. Babœuf exigea que l'expert-écrivaîn fût placé loin , bien loin des jurés qu'il insultait ainsi en les prenant en doute ; il le fit amener près de lui. A cette audience , les bancs destinés aux témoins avaient été envahis par le public ; les accusés se fâchèrent et exigèrent avec aigreur que la force publique seule occupât le prétoire.
L'ex-Conventionnel Amar, lui , s'irrita de voir un dessinateur faire de loin son portrait : « Je demande au nom
» de la loi , > dit-il , c que tous les citoyens qui sont la
> parce qu'ils sont citoyens veuillent bien aller avec le
> peuple. — Pourquoi cet homme qui est là devant moi c tirait-il hier des crayons de sa poche et dessinait-il
> avec insolence nos figures avec deux ou trois acolytes » qui prenaient des noies?.... Je vous deuaa^nde, au nom ) de la loi , qu'en conséquence des différences qui sont » abolies , au nom de l'Egalité , ces citoyens veuillent » bien aller faire chorus avec le peuple.
Le président , aux huissiers. — » Priez les citoyens de t se retirer, excepté les commandants de la force armée.
Le commandant de la gendarmerie. — t La munici- 1 palité doit-elle rester ?
Tous les accusés. — t Non , non. Nous ne reconnais- I sons pas de municipalité. C'est une municipalité de » contre-révolutionnaires.
Le président — • 11 faut également prier les officiers t municipaux de se retirer. (Ils se retirent.)
Un accusé. — i Voilà encore un nniscadin qui est là ! i
Un jour, il était question du ministre <le la justice , Cochon-Lapparant. Amar , l'ex-Gonventionnel, parlait de ce fonctionnaire, c Nous ne salirons pas la plus belle des
> causes en nous entretenant d'un Cochon ! i interrompit son collègue Ricord ; et la foule riait à cette grossière et ignoble facétie.
Des sténographes recueillaient ces débats ; ils furent traités de mouchards ; les accusés voulaient qu'on les chassât de l'enceinte réservée, et il fallut que la cour intervint pour faire reconnaître leur droit d'assister tiux péripéties du procès.
Enfla , après bien des moments précieux perdus dans toutes ces inutilités » l'expert -juré a déclaré que les pièces incriminées étaient de la main de Babœuf. On les lui présente à reconnaître ou à dénier, et il ne répond que par un geste d'ennui et de dédain. Un juré demande qu'il s'explique à haute voix, c Ces pièces sont bien de » moi y 1 dit Babœuf en souriant froidement. € Je mets
> trop de franchise dans mes actions pour nier mon écri-
> ture. Elles ont été saisies dans un local qui ne m'ap- 1 pai tenait pas et qui était destiné à recevoir des patrio- » tes aigris contré un Gouvernement usurpateur ; maïs t elles sont de moi. i
Depuis quelques jours , les audiences avaient été plus calmes et les incidents moins nombreux. Le 4 mars, à la grande joie de Babœuf, il put encore entraver la marche des débats. Un de ses complices, fatigué de cette longue torture publique, avait essayé d'y mettre fin en se brisant le crâne contre les murs de son cachot. Il ne put assister aux débats. Babœuf invoqua cette fois avec succès ce principe de jurisprudence criminelle qui veut que tous les accusés soient présents. La discussion fut longue ; mais Babœuf avait gagné deux jours ; les débats furent interrompus et renvoyés au 6 mars.
Le 7 , séance effroyable ; scandale , tumulte. Quand , après son arrestation, Babœuf fut invité à parapher avec le juge d'instruction et devant le ministre de ia justice , chacune des pièces saisies , il eut l'adresse de couvrir d'un énorme paraphe la minute d'une instruction qu'il av;iit écrite pour ses agents cl qui commençait p?r ces
mots : « Tuer les Cinq, i II s'agissait de bien constater ces mots auxquels les accusateurs attachaient, on le com^ prend, une grande importance. H s'éleva une discussion interminable. L'expert affirmait que les mots raturés étaient bien ceux-ci : Tuer les Cinq ; et de plus il affirmait que Babœuf n'avait pu les raturer , les couvrir de son paraphe qu'avec Tintention évidente de faire disparaître une phrase hautement accusatrice et compromettante.
f La première page de cette pièce, i disait l'expert Harger , « commençait par ces mots : Tuer les Cinq. I Actuellement , elle paraît commencer par ceux-ci : Les I sept ministres. Ce changement provient de ce que le » prévenu Babœuf, lorsqu'il a paraphé ladite pièce , a
> couvert avec la fermeté qui suit son B, les trois mots I qui formaient la première ligne. Cette fermèze, qui est 1 un trait oblique montant de gauche à droite , ne cou- » vrait d'abord du mot Cinq que la sommité des traits ; 1 un second trait , sgouté au-dessus du premier , en ren-
> dant le premier trait plus épais, a couvert davantage les
> caractères dudit mot Cinq que l'on découvre cependant i encore assez distinctement pour n'avoir aucun doute » sur ce mot. Quant aux deux premiers mots , il ne peut 1 y avoir plus de doute sur les caractères qui les for. 1 maient. On distingue encore le t du mot Tuer, i
Babœuf se soulevait avec énergie contre ce qu'il appelait une imposture.
t Depuis quand, » dit-îl, • s'avise-t-on de faire revivre » et d'employer contre quelqu'un des actes raturés f
> Quelle infernale inquisition ! Un homme aura confié au
> papier une pensée alroce Je le suppose, atroce ou simi pleroent bizarre , criminelle ou uniquement ridicule ; 1 il aura rougi ensuite de son absurdité » il aura lacéré 1 bien vite ce que sa conscience n'a pu soutenir ; de quel
> droit venez-vous faire revivre ce qu'il a lui-même cont damné au néant et à l'oubli? >
Le défenseur Real soutint ensuite que le mot raturé ne pouvait être tuer, m^ïs tous, ou tenir, ou tirer, c C'est 1 rappeler le% beaux jours de Laubardemont > , dit-il, c et suivre son précepte : Donnez-moi six lignes de l'écri-
> ture d'un homme et je le ferai pendre. 11 faudrait ajouter
> maintenant : Donnez-moi six lignes raturées; ou mieux i encore : Donnez-moi un mot » un seul mot raturé. Ainsi
• c'est sur la queue d'une lettre ou sur la sommité d'une i autre qu'on veut établir une si grande condam-
• nation ! i
Malheureusement pour ce système, le restant de la pièce ne parlait que trop haut de meurtre, de sang, d'incendie , de pillage.
Il y eut alors une scène d'une incroyable violence. On insulte l'expert Guillaume ; on le tiraille ; on l'intimide ; on le raille et on le menace. Sous le feu des interpellations ,. le pauvre homme hésite , balbutie. On l'appelle faussaire à gages. L'accusateur Vieillard veut le défendre ; il est pris à parti. Le procès-verbal que le président de la Haute-Cour fit rédiger pour l'envoyer au Corps Législatif, donne à peine une faible idée de ce bruit, de ces insultes, de ces orages, c Dès que l'accusateur public prenait la
1 parole 9 des cris multipliés couvraient sa voix. Le tu- 1 luuUe allait toujours en augmentait; ; la voix du présii dent et celles des accusateui*s nationaux ne pouvaient » plus être entendues ; les huissiers réclamaient en vain • le silence au nom de la loi. La Haute-Cour ne put faire 1 cesser ce tumulte qu'en déclarant qu'elle renvoyait la
> continuation de cette séance au lendemain , et qu'elle I se retirait en la chambre du conseil pour dresser proi cès-verbal. Et à l'instant où les membres de la Haute-
> Cour se disposaient à se retirer , plusieurs des accusés 1 ont chanté la strophe de la Marseillaise : Tremblez , » tyrans , et vmis , perfides , en dirigeant le poing fermé » vers les membres de la Haute-Cour, et ont terminé par » le refrain : Aux armes , citoyens ! etc. i
C'est au compte-rendu des sténographes qu'il faut se reporter pour connaître toute la violence des accusés et de leurs défenseurs, et l'insigne, l'inouie faiblesse qui présida à ces débats. L'accusateur Vieillard prononce son réquisitoire ; la cour ordonne qu'elle va en délibérer.
C'est alors que la tempête éclate.
Real , défenseur. — t Je demande la parole contre la i réquisition.
Le président. — i La Haute-Cour vous la refuse.
Âmar. — t Je la prends pour moi.
(La Haute-Cour se retire dans la chambre du conseil.)
Real , à l'accusateur national Vieillard. — i II y a des I injures , d'infâmes injures faites par vous , des atrocif tés ! Il faut égorger les accusés ! Rien n'est atroce » comme votre discours : vous avez calomnié avec une
> perfidie atroce !
(Germain et plusieurs autres accusés s'écrieut et confondent leurs voix ; le citoyen Bailly , accusateur national , ne peut se faire entendre.)
RéaU — • Vous n'avez pas le droit de m'imposer si-
> lence ; vous n'en avez pas le droit , encore une fois !
> vous m'avez calomnié , vous avez calomnié les jurés , i vous avez calomnié les accusés , et vous ne voulez pas » qu'on réponde ? Jamais , sous le tribunal révolutiont naire , sous Robespierre
(Ballyer, défenseur officieux, menace les accusateurs nationaux , de la voix et du geste.) Bailly. — » Je rappelle à l'ordre le citoyen Real et le
• citoyen Ballyer , défenseurs officieux.
Real. — » Vous vous y êtes rappelé vous-même hier ;
• vous en aviez besoin.
Bailly. — > Je vous rappelle de nouveau à l'ordre. Amar. — » Vous n'en avez pas le droit.
Real. — » Voilà les rôles distribués, voilà les discours » préparés , voilà les questions élevées , voilà les juge-
• raents préparés ! Les voilà bien , les rôles distribués ; » et non pas chez nous. Il faut se laisser tuer , se laisser
> égorger.
Bailly. — » Vous n'en imposerez pas à la Haute-Cour.
Ricord. — Vous n'en imposerez pas aux jurés, vous » autres.
Ricord, Blondeau, Vergue et plusieurs autres. — » Vous » vouiez nous assassiner.
Amar. — » Je vous déclare que vous m'avez calomnie, » insulté, outragé.
Lamberté. — » Vous êtes les violateurs de la loi ; et » vous venez continuellement Tinvoquer contre nous !
Bailly. — > Je voua rappelle à Tordre.
(Tumulte épouvantable.)
|{éal. — » Vous palissez en disant cela.
Lamberté. — > Faites dresser les écbafauds ; qu'on » nous condamne !
Réai. — » Interrompre une déposition.... , pour dire
• qu'on ne doit pas l'interrompre !
Dartbé. — > J'aimerais mieux périr que de me défen-
• dre de tels assassins.
Ballyer père. — » Ob ! oui ; mais nous avons la » presse.
Real. — V La presse ! la presse ! Et qui empêchera » Vieillard de faire dire ce qu'il voudra à ses sténogra-
> pfaes, à ses sec)*étaires , à sesbommes? Non, nous
> n'avons pas la presse ; si nous l'avions , je me moquec rais bien de tout ce qu'ils veulent dire. (Se tournant vers les accusateurs nationaux.) Mais vous avez affaire à » des hommes libres qui ne craignent rien. Je n'ai trem- 1 blé ni devant le roi , ni devant Robespierre ; je l'ai osé » braver dans sa toute-puissance.
Germain. — > L'accusateur Bailly a dit hier qu'il ne » répondait que de lui personnellement.
Darthé. — > Il sentait qu'il y avait du crime dans sa
• conduite....
Real. — » Vieillard) craignez les interpellations ; c'est
> atroce , c'est affreux ; le sang me bout dans les veines. Un accusé. — • Le citoyen Bailly a senti combien cela
» était criminel ; il a dit que , pour lui-même , il n'avait 1 participé en rien.
Real. — > Qui ne voit pas que ce discours est préparé !
• C*est comme si on disait à ce témoin : Tenez-vau^ » plus ferme.
Un accusé. — » Les accusés doivent avoir la parole » les derniers dans lès incidents.
Dartbé. — > Vous êtes connus à présent ; vous êtes
> démasqués.
RéaU — • Le citoyen Vieillard vient de faire pendant
• la déposition.... Oui , vous venez de dire au témoin :
> Soyez donc plus ferme , je vous en prie ; ne vous laissez c pas intimider comme hier. Vous venez de lui dicter sa » petite réponse. Qui ne voit pas cela ? Voilà les rôles » distribués ! Vous avez la force , la puissance dans la I main; vous....
Bailly. — • Vous n'avez pas la parole , citoyen.
(Eclats de rire ; tumulte.)
Real. — • Oh ! oui, vous me la coupez ; allons, mettez- » moi en prison pour huit jours.
Darthé. — » Trois cents personnes ont remarqué qu'on » a voulu empêcher le témoin de parler.
Blondeau. — » La Haute^^ur a déclaré que nous par- » lerions les derniers.
Real. — > J'ai vu quelques scènes au tribunal révolut tionnaire ; j'ai vu que les juges riaient aussi dans cer- » taines occasions : oui » j'ai vu des juges qui riaient au » tribunal rcvolutionnaii*e après de bons réquisî^i^ires » dans ce genre...
L'accusateur Bailly. — » J'ai- bien vu autre chose, moi,
> dont je ne parle pas.
Real. — • J'étais dans les fers pendant que vous n'y t étiez pas ; j'avais attaqué toutes les tyrannies comme t je les attaquerai toujours.... J'avais attaqué Robespierre
• sur son trône, dans ses Jacobins.... Je l'avais accusé en » face ; et . pendant ce temps-là , vous vous taisiez !....
> Vous courbiez servilement la tête. Dans ce temps-là , » vous étiez en place ; et dans ce temps-là j'étais en pri- » son. Je ne croyais pas qu'on en viendrait à ce point*lft.
Fossard. — i Prenez garde d'insulter les patrfotes, de i les outrager , de^ traîner dans la boue des hommes qui » ne sont pour rien dans la prétendue conspiration.
Lamberté. — • Grisel ne se trompe pas comme Guil- » laume.
Real. — • Grisel sait son rôle par cœur.
Darthé. — • Il fait tous les jours sa répétition devant , » Vieillard.
Real. — i Griset sortait hier de chez le président à
• cinq heures un quart. L'hypocrisie des formes , jointe » à l'atrocité des scélérats, est ce qu'ity a de plus affreux. » Au moins , sous Robespierre , l'on proscrivait : on n'a- » vait pas de défenseur ; c'était tout commode.
Ricord. — » Si Grisel était aussi simple que Guil- » laume , on n'eût pas si fort insisté sur sa présence. » Grisel va tous les jours chez le président : hier, il y » était à cinq heures.
Vergne. — • Nous savons tout ; nous avons aussi nos » espions , nous.
(Le lumulte s'apaise peu à peu.)
La Haute-Cour , après s'être retirée en la chambre au conseil pour délibérer, rentre en séance à midi un quart, et prononce un jugement qui ordonne à l'expert Guillaume de continuer sa déposition. La lecture en est recueillie au milieu du tumulte et des clameurs des accusés.
Antonelle. — • Je demande la parole.
Le président. — » Je vous la refuse.
Antonelle. — > Président , ce n'est ni pour ni contre
> le jugement.
Le président. — » Il y a une déposition commencée. Antonelle. — » Ce sera une réflexion courte.
Le président. — > Je ne vous l'accorde pas.
Antonelle. — » Une réflexion conciliatrice peut sortir » du mal-entendu continuel qui nous acharne l'uu conU*e
> l'autre*
Le président. — » Je ne vous l'accorde pas.
Antonelle. — » Je crois que cela eût été utile. Real. — » Nous est41 permis d'entendre seulement? Lamberté. — > Pourquoi ne nous faites-vous pas assas- » «iner sur-le-champ ?
Real. — » Pourrais-je* demander une pièce pour en
> faire la lecture , quand ce témoin déposera? Le président. — • Après.
Vergne. — » C'est militaire.
Lamberté. — » Il y a appareâiment des articles secrets » dans l'organisation de la Haute-Cour.
Babœuf. — » Je demande qu'aux termes de l'art. 370,
> qui porte que Taccusé a toujours la parole ie der-
• nier.,..
Le président. — • Vous n*avez pas la parole.
Babœuf. — • Vous ne pouvez pas m'empécher de » m'expliquer là-dessus. L'accusé a toujours la parole le » dernier.
Germain. — » Ayez donc le courage de déchirer le » Code pénal.
Real. — » Le Code pénal qui défend d'écrire les dépo-
• sitions des témoins , qui prononce la nullité , on Ta
• brisé. Mais lorsque nous voulons parler, on nous inter- » dit la parole ; et le tribunal sera jugé par Topinion 1 publique.
Amar. — » Je demande si nous ne pourrons pas parler » quand le témoin dépose ?
Les accusés. — > Non , non , non.
Amar. — » Et après?
Les accusés. — » Non , non.
Le président. — » Oui , après.
Real. — • On le renverra alors.
Ricord. — » Tous les quarante-sept détenus se font
• inscrire pour la parole.
Real. — • Toutes les questions on les écartera. Elles 1 seront oiseuses. ^
Un accusé. — » C'est M. Guillaume qu'il fallait punir » hier d'avoir dit la vérité ; ce n'est pas nous.
Real. -^ • Aurait-on obtenu cette réponse de Guil- ^ laume , si on n'avait pas fait les questions?
(Grand bruit.)
Ballyer, défenseur officieux. — » Nous pailious devaDt
> le jury ; le tribunal ne nous empêchera pas de parler 1 aux jurés..
Real. — 1 Harger ne Tavait pas dit; citoyen, on ne Ta 1 obtenu du témoin que parce qu'on le lui a demandé.
Ricord. — » Si Grisel était aussi béte que lui, il dirait • qu'il était hier chez le président, à cinq heures.
Le président. — » Vous avez entendu le jugement.
(Grand bruit.)
Ballyer , défenseur. — » Citoyens jurés , c'est à vous
> que nous parlons.
Darihé. — » Vous appelez cela un jugement !
Un accusé- — » Un jugement de la commission du 1 Temple !
(Babœuf veut parler, le présidentiui crie qu'il n'a pas la parole.)
Babœuf. — » Je ne demande pas la parole , je m'a-
» drosse aux jurés. (Bruit). Je les interpelle je n'ai
» qu'un mot à dire.
Le président. — • Vous n'avez pas la parole.
Babœuf. — » On ne nous a pas permis de répondre à » l'accusateur national : nous en avons le droit par la » loi ; l'accusé a toujours le droit de parler le dernier. » J'interpelle les jurés
Le président. — » Citoyen Babœuf !....
Les accusés. — » C'est aux jurés qu'on parle.
(Grand bruit.)
Ricord. — » Nous ne vous adressons pas la parole ; » laissez-nous parlera nos juges.
Le président, — » Quand vous aurez la parole , vous » l'adresserez aux. jurés.
Vergne. — • Renvoyez-nous dans nos cachots.
Babœuf. — » J'interpelle les citoyens jurés , -et tous » ensemble , et chacun en particulier.
Le président. — > Mais vous n'avez pas la parole.
Babœuf. — Je la leur demande.
Bailly , accusateur national. — » C'est un scandale af- > freux !
Tous les accusés. — » Oui ! oui ! c'est vous qui donnez t ce scandale.
(Grand tumulte.)
Ricord. — > Envoyez-nous dans nos cachots.
Fossard. — • Je demande à rentrer dans mon cachot.
Ricord. — • Je consens à ne jamais parler au Tri- » bunal.
^ Babœuf. — > Je n'ai qu'un mot à dire aux jurés ; je les » prie de me dire....
Bailly. — • Je demande la parole pour une réquisi-
• tion. (Sa voix est étouffée dans le tumulte.) Plusieurs accusés. — • Vous n'avez pas plus la parole
• que les accusés.
Real. — » Si l'accusateur a toujours la parole, et que
• nous ne l'ayons jamais....
(Germain parle , mais on ne peut l'entendre.) Real s'adressant au président. — • Aurais-je obtenu » sur le mot, tout.,.. Aurais-je obtenu une interpella-
• tîon? C'est à votre conscience que je demande cela. Des accusés. — » Il n'en a pas.
Bailly. — » Nous requérons*...
Babœuf. — » Je demande auiciloyens jurés si chacun
> n'a pas le droit de rappeler le Tribunal à la loi et à la 1 pudeur.
Bailly. — » Citoyen président , faites exécuter ce qui » est ordonné par votre jugement. Voilà ce qu'il faut 1 faire.
(Le tumulte a toiiyours continué.)
Des accusés. — i La loi est plus forte que vous.... C'est
> contre tous les principes.... Nous demandons la parole 1 après l'accusateur national.
L'accusateur national Bailly. — > Le président m'ac-
• corde la parole.
Ballyer, défenseur officieux. — • Si vous avez la parole^
• nous devons l'avoir.
Des accusés. — • Laissez-le parler.
Bailly. — » Il est indécent. C^est un scandale affreux. Plusieurs accusés. — i Cest vrai. Oui , oui.
Lamberté. — • Rien, ne nous en imposera. Rien«... Bailly. — > C'est un scandale affreux.
Les accusés. — > Oui » oui.
Bailly. — > De voir.... que des accusés et des défen* » seurs interrompent à chaque instant et le président et
> l'exécution de ce qui a été ordonné par la Haute*Cour. » Oui , c'est un scandale affreux. £t quand j'entends icr
• des accusés et des défenseurs faire parade de la qualité » de républicains....
Les accusés. — » Oui y oui » nous sommes républicaine (Grand bruit.)
Real. — • Jeie prends à parti, moi, cet homme-là.
(Le bruit continue.)
Real. — » Vous m'insultez.
Germain. — > C'est parce que nous sommes des répu-
> blicains que vous nous jugez , que vous violez les lois. Real. — » Notre ministère est aussi sacré que le vôtre,
> plus sacré....
Le président. — » La Hante-Cour déclare que , iie pou- 1 vant tenir sa séance dans l'état de fermentation » actuel , elle la renvoie , et qu'elle va dresser procès-
> verbal de ce qui s'est passé. »
La Hante-Cour envoya ce procès-verbal an Conseil des Cinq-Cents et le pria de vouloir bien lui tracer la marche ^ suivre.
L'insubordination des conspirateurs rendit infructueuses encore les audiences du 8 et du 9 mars ; on fut obligé de les lever à peine ouvertes.
Ou put croire un instant que la Cour ne recevrait pas les dépositions des témoins , tant on lui suscita de difficultés. Le premier témoin à charge commence à déposer. Real , l'avocat de Rabœuf , lui coupe la parole et revient sur l'incident des sténographes. Il s'adresse aux juges: c Citoyens , Il est un texte bien précis dans la loi : L'ar-
> ticle 552 s'exprime ainsi : c Le témoin dépose orale- 1 ment et sans que sa déposition puisse être écrite. » » Je vois d'ici , dans une place officielle , avec un carac-
> tère presqu'officiel , des sténographes... et cependant
> il est évident que le vœu de la loi est que la déposition
> iie soit pas écrite. J'ai attendu que le témoin eût prêté
» serment, que ses noms fussent reçus » et à l'instant où
> j'ai vu les sténographes continuer, je vous ai demandé
> la parole pour empêcher cette violation... » Babœuf ne devait poini laisser passer inutile une si
belle occasion de ralentir les débats, il s'en prend aussi à ces pauvres slénograf^es qui n'en peuvent mais et se plaint d*eux en ces termes :
c Je vous prie d'entendre m& juste et courte réclamation » contre une iniquité toute particulière qui se commet ici »
• j'aime à le croire, à votre insu et sans votre partiel- 9 pation, parce qu'elle est trop épouvantable pour que
> je ne doive pas présumer que, la connaissant, vous la » tolériez.- Je suppose d'autant mieux que vous pouves
> ignorer l'existence de cette iniquité, que je n'aipumoi-
> même m'en apercevoir que depuis hier après la séance;
> que je n'en ai du la découverte qu'au hasard , et que
• le hasard aurait pu me la laisser méconnaître plus long*^ » temps... Cette iniquité ne lient pas à une circonstance » particulière de rinstruction de ce procès; elle tient à 1 toutes les circonstances ; elle nous a saisis dès le pre- 1 mier moment des débats ; elle est restée près de nous » en permanence, et ne nous a plus quittés d'une minute... 1 Elle nous frappe dans chaque mouvement, chaque » geste, chaque expression émanés de nous... Au moi ment où je parle , elle me saisit encore ; et je suis déjà » percé, depuis la prononciation du premier mot de mon
> exorde , de plusieurs coups de stylet.
• J'en veux venir à me plaindre de l'inexactitude meur-
> trière, de l'infidélité assassine des sténographes qui » sont maintenant ici. >
c Voici un trait de lumière qui nous vient , » reprend son avocat; c les sténographes habitent à Voidôme le » même hôtel et le même appartement qu'un des té- » moins... Celui-ci a nécessairement par eux connaissance 1 des dépositions faites hors sa présence... En consé- 1 quence, je reconclus que les sténographes cessent d'é- > crire pendant les dépositions. Je demanderai à chaque i débat que. les sténographes, pendant Taudition des
• témoins, se retirent. »
Cependant le Conseil des Cinq-Cents ne voulut point intervenir dans les affaires de la justice et avait passé à l'ordre du jour sur la prière que lui avait adressée la Haute-Cour de lui tracer la marche à suivre dans ce pénible procès. Les accusés l'apprirent bientôt. Ils se crurent autorisés à plus de violences eueore. tin jour ils font entendre de longs murmures à la suite d'une brusque interpellation qui leur est adressée par le président Gandon^
c Est-ce qu'aucun des accusés peut se plaindre de n'a- » voir pas eu toute la latitude possible? i demande un des accusateurs.
c Je me plains , moi ! dit Babœuf.
c Vous! > s'écrie le président; c Vous ne serez jamais 1 content; vous n'avez pas la parole.
c Je me plains beaucoup , > riposte l'incorrigible chef des Egaux, t Vous m'avez empêché de répondre, avec
• votre bout de décret.
« Si vous parlez encore » lui dit le président , t je vous » fais mettre dans votre chambre.
• Oh ! oh ! je n'ai pas peur de cela , > fit Babœuf. < Le
» Corps Législatif ne vous y a point autorisé. Il a passé à t l'ordre du jour. »
La justice devait avoir le dernier mot cependant. Sur un ordre du président, TofiScier de garde fait saisir Babœuf qu'on arrache de son banc et qu'on emporte. Les autres accusés, effrayés de cet acte de vigueur, ne savent que garder le silence ; mais bientôt Darthé retrouve son au* dace et s'écrie : c Je voudrais bien qu'on m'emmenât aussi,
> moi... ça me ferait plaisir, i Mais Buonarotti, plus froid et plus calme , prie la cour de pardonner à BabcBuf. L'avocat Real se joint à lui. c Vous demandez, citoyen
> Real , 1 lui dit le président , c que Babœuf soit ramené. 1 Promettez-vous qu'il sera tranquille? — Oui, « répond l'avocat, t je me rendrai volontiers caution que Babœuf » sera tranquille. Il est exaspéré; il est malade. » Les gendarmes ramènent Babœuf auquel Real adresse quelques paroles, t On m'a dit que c'était par grâce que l'on me
> faisait rentrer, » dit cet homme indomptable ; € je ferai » remarquer que je n'ai rien demandé. — C'est moi qui » l'ai voulu , » lui répond Real en lui imposant silence.
A travers ces nombreux^'épisodes , l'interrogatoire des témoins a pu marcher cependant. Quelques-uns ont été déjà entendus , et le capitaine GHsel va paraîli-e , Grisel qui les a tous trahis et vendus , Grisel la cause de leur longue captivité , la cause de leur condamnation tout-àl'heure sans doute. A ce nom exécré , tous les conspirateurs ont bondi sur leurs bancs. Leurs traits se sont crispés de fureur; leurs yeux lancent la foudre. De sourdes paroles de malédiction roulent dans leurs dénis
serrées. Grisel va être introduit. Babœuf , qui a préparé d'avance tous ses discours, et qui s'exprime souvent avec une éloquence sauvage , abrupte, mais impossible à nier ; Babœuf se dresse en proie à la rage et s'écrie :
c Quoi ! quoi ! c'est avec ce qu'il y a de plus avili dans
• la nature , c'est avec la plus dégoûtante vermine hu- » maine que nos accusateurs se sont proposé de con- » vaincre de crimes de purs républicains!... C'est avec » Grisel à leur tête , Grisel , la honte et l'opprobre de » son espèce , dont le nom sera en horreur chez toutes
> les générations ! Ce nom qui , devenu effroyablement
> fâcheux , est déjà le synonime du plus exécrable des
> monstres ! Ce nom , à côté duquel ceux des TigelHns ,
• des Anitus ,.des Judas , feront à peine ombre ! C'est avec
• Grisel.... qui vit, qui ose encore présenter sa face
• ignoble à la lumière du jour , souiller do sa présence 1 Tair que respirent les autres hommes!... C'est avec » Grisel que les Furies n'ont pas dévoré ! Lui dont les
• serpents des remords n'ont pas déchiré les entrailles ! » lui qui n'a pas encore eu , à l'instar de son modèle , le 1 traître apôtre du missionnaire de Nazareth , la vertu 1 de se pendre ! lui enfin que l'indulgence des hommes ^ » celle de toute la grande famille des républicains, a
> jusqu'à présent laissé vivre, quoiqu'il ait appelé sur la » (éle de tous l'universelle proscription , lès assassinats » de Grenelle , la torche et les poignards des accusateurs
• de Vendôme ! C'est avec ce Grisel et à sa suite que la
> meute infâme des espions de la police va déposer ici » contre les amis de la démocratie ! C'est avec ses preuves
> qu'on prétend former essentiellement la conviction des
> jurés !... Quelles preuves, grands dieux de la liberté!...» Grisd apparaît. Un grand silence se fait autour de lui.
De sa voix la plus assurée, la plus ferme, il raconte comment l'important secret de la conjuration lui fut livré ; comment il conçut instantanément le projet de déjouer ciitte trame criminelle ; comment il fut mis en rapport avec Babœuf, avec les chefs du complot, et enfin comment, dans l'intérêt de la patrie menacée, il livra à la justice ces dangereux et nombreux coupables. Deux audiences furent consacrées à la déposition de Grisel, deux audiences qu'il remplît seul , pendant que ceux qui s'intitulaient ses victimes le couvraient de regards haineux, de promesses de vengeances qu'un des fils de Babœuf se chargera plus tard de remplir.
Mais il avait à peine cessé de parier que le torrent, longtemps contenu, mugit, déborda, se déchaîna. Nous n'avons point à rappeler tous les faits et gestes des complices de Babœuf, tous leurs discours désordonnés, violents. Nous ne répéterons point les invectives qu'ils lancèrent contre Grisel ; nous ne redirons pas tout cet orage d'injures où l'on remarque cette audacieuse figure de rhétorique éditée par Germain : c Ah! l'infâme, l'infâme 1 Grisel ! Pourquoi ne lui ferais-je pas avaler jusqu'à la » dernière goutte la carafe de la honte ! » Occupons-nous de Babœuf seulement. Aussi bien , nous imposera-t-il une assez longue et lourde tâche à lui seul. Il se lève en apparence calme et tranquille ; il discute pied à pied la dé- I)ositîon de son dénonciateur. Il la saisit au corps , l'é-
treint , la renverse. Puis, l'indignation du cœur lui monte aux lèvres. Il est haletant » ému ; il se laisse emporter à la Aireur. Dans son inspiration, il abandonne Grisel, pour se désoler sur le sort des patriotes :
» Prairial! époque terrible! journées funestes, mais » saintes et révérées, qui ne se représentent jamais à la » pensée des Français vertueux sans provoquer Tatten-
• drissement et les regrets, le ressouvenir des plus » grands crimes, celui des efforts généreux de la Vertu
> et des plus grands malheurs du peuple ! Prairial!
1 journées désastreuses, mais honorables, où le peuple » et ses délégués fidèles firent leur devoir, où ses » traîtres mandataires , où ses affameurs , ses assassins , 1 les usurpateurs de sa souveraineté et de tous ses droits, » mirent le comble à des atrocités dont aucune histoire
> n'offre l'exemple ! Qui se rappelle prairial , se rappelle 1 la plus horrible famine que des hommes affreux, des » hommes qui , ô honte ! restent en crédit et presque '
• honorés parmi nous, organisèrent au milieu d'une 1 réelle abondance.... Il se rappelle toutes les images » épouvantables que traînait à sa suite ce forfait inouï...
> Le plus grand nombre des citoyens, hommes , femmes, » enfants, se soutenant à peine, chancelant dans le» à rues de Paris ; promenant des squelettes méconnais-' » sables, des figures pâles et déformées ; disputant aux
> plus vils animaux la proie des épluchures tombant des
> égoûts des cuisines du riche ; laissant dans le sein des t maisons, plus exténués encore, le vieillard, l'enfant » faible, l'épouse délicate , réduits ù un tel état de dé-^
> faillance, qu'il ne leur était plus permis de quitter » leurs misérables grabats ; la mère allaitant, trouvant
> son sein desséché, qui ne fournit plus , pour nourrir
> Feufont auquel elle a donné le jour, même du sang 1 au lieu de lait ! Qui dira combien dans ces mois affreux
> périrent, au milieu des angoisses de Thorrible faim ,
> de victimes de tout âge et de tout sexe!.... Ah! j'en
> atteste tous ceux qui survécurent : ils se ressouviennent
> de rincroyable affluence qui régnait sur le chemin des
> sépultures ! Que Ton consulte les registres publics (et
> leur relevé a été publié) : ils ont attesté à tous Texé- » crable dépopulation , Teffrayante mortalité de cette
> année, d'où date une Constitution! Qui dira le nombre » des suicides que le désespoir a déterminés? La Seine
> n'a pas rendu le compte exact des cadavres que ses 1 flots ont reçus dans leurs flancs consolateurs! Oui,
> consolateurs , puisque les plus malheureux y ont trou- » vé l'hospitalité du tombeau , un abri contre les plus
• douloureuses soufl'rances dont la société impitoyable
• les accablait ! Le cours des générations fut arrêté dans » ses premières sources ; l'horrible ^uisement frappa
• d'impuissance les deux époux , et au milieu des affeo- » tions les plus tendres qae redouble encore la pré-
> sence de la commune misère , leurs sens glacés n'ont » pu répondre à la voix de la nature qui appelle chaque » race à en produire une autre. La géitératîon crois- 1 santé fut aussi arrêtée dans ses développements ; el » dans ma propre famille , parce que j'étais à cette » époque également incarcéré , exilé ausH à Arras pour
monpairiotismey de trois enfants dont j'étais père, je n'en retrouvai plus à ma sortie que deux trop languissants, et que j'eus peine à reconnaître : le troisième, ô souvenir déchirant! était mort, comme tant d'autres, de la cruelle famine, oui, de la faim cruelle! et les deux qui survécurent, j'ai la douloureuse certitude qu'ils porteront toujours dan$ leurs organes physiques le fatal effet qui fit rétrograder les germes d'accroissement. Oh ! dans combien de familles ce tableau se généralise ! Combien qui comme la mienne , pour résister le plus loi^temps possible au fléau de cette conspiration populicide , ont vendu leur deinier meuble, leur dernière chemise ! Quel spectacle offrent depuis cette funeste époque de prairial les milliers de galetas du peuple ouvrier et patriote , de tous ceux qui n'ont suivi la Révolution que pour elle-même! Visitez-les, riches durs et impitoyables; vous ne trouverez, presque dans tous , que les quatre murs nus et dévastés.... Honnêtes gens du jour! vous n'avez pas laissé au véritable honnête homme une pierre pour reposer sa fête.... Tout ce qu'il avait s'est englouti dans ces temps de deuil, de famine et de mort, sous votre main barbare et cruelle ; vos palais dorés furent autant de gouffres où vous n'eûtes pas honte d'ensevelir les dernières dépouilles de l'indigent ; vous le punîtes d'avoir coopéré à la Révolution qui , en un moment , rompit le cours de vos longs brigandages : et tandis que le peuple, ainsi châtié , traînant son agonie sous vos yeux, offrait partout le tableau des plus infâmes
1 souffrances, vous l'insultiez par un foste nouveau, le
• plus révollant qu'on ait jamais vu encore. Vos chars , i vos coursiers, le poursuivaient partout , menaçaient de
> l'écraser, alors qu'il ne lui restait plus de forces pour » s'en garer avec assez de prestesse.... Il se leva; il ra-
> nima sa vigueur éteinte; il fut vertueux, en voulant
> mettre un terme à l'assassinat général que vous con-
> sommiez. Ses lâches ennemis, ses délégués infidèles,
> vos exclusifs protecteurs, le traitèrent.... en révolté !
> Mais.... il n'y eut que vous, ô Gracques ! ô immortels » Français ! il n'y eut que vous de généreux ; il n'y eut
> que vous qui osâtes vous déclarer ses appuis et ses f défenseurs ; il n'y eut que vous dont le dévouement
> entier appuya ses trop justes demandes : Du pain et
> de9 lois! Goujon, Duroy, Romme, Soubrany, Du-
• quesnoy , Bourbotte , illustres victimes ! vous dont les » noms à jamais célèbres ont déjà retenti dans cette » enceinte, où ils retentiront encore plus d'une fois!
> vous dont nous ne cessons pas d'honorer les mânes » par nos chants quotidiens!... >
L'accusateur Bailly s'indigne à ce mot de Vertu et demande la parole. Les détenus couvrent sa voix au milieu de ce tapage. Babœuf continue rapidement la lecture de son discours, pendant que Bailly reste debout. Enfin Bailly peut parler et s'indigne qu'on ose faire l'éloge de Prairial, l'éloge de Robespierre, l'éloge du massacre des citoyens , qu'on ose prétendre que la Gonvenlion , au 9 thermidor, n'était qu'un odieux composé d'hoimmes de sang qui ont immolé des patriotes purs , parce qu'ils
Toulaient le bonheur du peuple, c Des patriotes pura et 1 martyrs ! ces hommes qui venaient de faire décréter la 1 guerre civile, qui venaient de rappeler sur toute la • France les horreurs de Fan 3 par leurs abominables 1 motions ! ces hommes qui venaient d'applaudir à la tête
> sanglante du député Ferraud, portée jusque....! >
> C'est le royalisme qui a assassiné Ferraud , > interrompt froidement Darthé en haussant les épaules.
c La tète sanglante de Ferraud > , reprend Bailly , c cette tête portée jusque sur le bureau du président , » portée jusque sous les yeux de Boissy d' Anglas qui s'en 1 immortalise. »
c Par la famine !» fit un conjuré.
c En affamant le peuple.... ! > sgoute un autre.
c Je défendrai la République ! » dit l'accusateur.
t La royauté! > s'écrie un des prisonniers.
Voilà comment sont employées les audiences, en querelles, en récriminations, en menaces, en insultes. Babœuf ne gourmande pas seulement la Cour, les accusateurs , les témoins, les experts, le public ; un jour il s*ea prend même au jury, c Je me plains », dit-il amèrement, c de la tyrannie exercée envers les détenus pendant les » précédentes audiences, de la précipitation avec laquelle
> on a levé la séance , dans l'intention sans doute d'ob- 1 tenir enfin du Corps Législatif quelque loi de gêne et de
> rigueur. Quelle que soit ma confiance dans les jurés, » ajoute-t-il , c je les blâme de n'avoir pas réclamé l'exé-
> cution de la loi , lorsqu'on nous refusait la parole avec » tant d*acharnement. >
Babœuf est toajoufs en scène; il ne peut consentir ù laisser un moment de répit à la Cour, il interrompt les témoins , les interroge , les contraint à lui répondre, c Assez longtemps vous avez dirigé les débats », se hasarde à dire enfin le trop patient président ; < c'est à
> moi d'en prendre la direction et je vais le faire. On va
> entendre une déposition qui vous concerne personnel- » lement, et ensuite vous pourrez parler. » Cette fois alors f Babœuf refuse obstinément de répondre.
Le 18 mars, il demande et obtient la parole; c'est pour faire dans un long et ampoulé discours l'éloge de la Constitution de 93 qui , suivant lui , formait le seul point de ralliement dans la ruine commune, un pacte saint dont l'universalité des Français avait juré l'observation; quanta la Constitution de 1795, c'est l'ouvrage rapide et informe de quelque ambitieux ennemi du peuple, et il la nomme < code exécrable. > Puis se laissant comme toujours emporter tout-à-coup à un accès d'exaltation, il appelait avec des cris frénétiques le peuple à son secours et lui commandait de se délivrer de ses tyrans.
L'accusateur public l'interrompt , exprimant une vive indignation c contre ce modeste Erostrate. > 11 requiert un jugement qui ferme la bouche à cet odieux profanateur de la loi. Le président adresse à Babœuf quelques mots restés sans réponse, il insiste, c Dès qu'on m'ote la
> parole > , répond Babœuf c et qu'on ne me permet c plus de me défendre, je n'ai rien à vous dire. Tai » passé plusieurs nwts à travailler et je suis malade