‹ Baboeuf et le socialisme en 1796Chapitre 4 sur 15 · COMMUNAUTÉ DES BIENS · texte numérisé non relu

COMMUNAUTÉ DES BIENS

Cette abstraction peu facile à comprendre demandait une définition, une explication que le grand prêtre de la doctrine se hâte de dicter à Sylvain-Maréchal , celui qui écrivait sous son inspiration, c Plus de propriété indivi-

> duelle des terres , » dit Babœuf , c la terre n'est à per^ » sonne. Nous réclamons , nous voulons la jouissanee

> commune des fruits de la terre. » Et il pose ce secoad axiome : c Les fruits sont à tout le monde, i — Nous dé~

> clarons ne pouvoir souffrir davantage que la Irès-

> grande msûorité des hommes travaille et sue au ser> » vice et pour le bon plaisir de Textréme minorité. — » Assez et trop longtemps , moins d'un million d'indivi- » dus dispose de ce qui appartient à plus de vingt mU-

> lions de leurs semblables, de leurs égaux! — Qu'il » cesse enfin ce grand scandale que nos neveux ne vou-

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» drofit pas croire! Disparaissez enfin, révoltantes dis-

> tinctîons de riches et de pauvres , de grands et de pe- » tits 9 de maîtres et de valets , de gonvernants et de gou- » vemés! — Qu'il ne soit plus d'autre différence parmi

> les hommes que celles de Tâge et du sexe ! Puisque » tous ont les mêmes besoins et les mêmes facultés, qu'il » n'y ait plus pour eux qu'une seule éducation, une seule » nourriture. Ils se conlenteni d'un seul soUil et d'un air » pour tous; pourquoi la même portion et ia mime qualité » d'aliments ne suivraient' ils pas à chacun deux ? %

Comme on le voit, les communistes de 1796 et ceux de 1848 raisonnent de la même manière. Leur but est le même « leurs moyens sont les mêmes : la spoliation et la violence ; mais l'hypocrisie leur est commune aussi. S'ils se démasquaient, ils effraieraient. Ils dissimulent alors une partie de leurs projets. Le pillage, ils l'appellent Bien Commun , Communauté de biens , Bonheur Commun, le bonheur, rêve aimé qui s'enfuirait ù leur approche et à tout jamais. C'est celte prétention à paraître repousser la Loi Agraire comme on l'entendait dans l'antiquité qui sépare les communistes en deux écoles distinctes en apparence : les Babouvis/ei qui attribuent la terre ou la propriété à l'Ëtat , la jouissance égale des fruits à tous, et les Partageux dont le nom n'a pas besoin de définition. Mais la distinction n'est que scientifique et la classification sans valeur. En dernière analyse, les Babouvistes et les Partageux, s'ils réussissaient, ne nous donneraient, pour nous servir de l'expression énergique des accusateurs nationaux de Vendôme, que le hideux

speciacle de scélérats se partageant, avec une joie féroce au milieu des débris fumants de la société é ventrée, violée, expirante, le butin dérobé aux flammes qu'euxmêmes eussent allumées. Une circonstance nous permet de conclure ainsi. Quand on posa les premières bases de l'association des Egaux, la msgeure partie des hommes convoqués au Panthéon s'arrêta tout d'abord au partage des terres combattu alors , non pas par Babœuf , mais seulement par Darthé et Buonarotti qui, à Tapplicaitton , eussent été dépassés immédiatement. Les spéculations de la philosophie sont toi\jours débordées par les ardeurs de l'avidité, du désir de jouir.

Nous avouons n'avoir jamais cru que ce fût là une réponse sérieuse à la très-sérieuse objection qu'à euxmêmes se sont posée les Égalitaires. Tourner une difliculté, ce n'est pas la résoudre, et nous persistons à croire que les massacres et la violence forment Xullirm ratio de ces inventeurs du Btmheur Commun ^ auquel répugne l'humanité qui n'y croit pas et qui ne se laissera pas convaincre par ce magnifique cantique d'éloges que se chante à lui-même le Babouvisme , heureux de trouver une issue pour sortir d'embarras : c Jamais plus vaste

> dessein n'a été conçu et mis à exécution. De loin en » loin , quelques hommes de génie , quelques sages en » ont parié d'une voix basse et tremblante. Aucun d'eux » n*a eu le courage de dire la vérité tout entière. Le

> moment des grandes mesures est arrivé. Le mal est à

> son comble ; il couvre la face de la terre. Le chaos t sous le nom de politique y règne depuis trop de siècles.

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» Oue tout rentre dans l'ordre et reprenne sa place! A la

• voix de l'Égalité, que les éléments de justice et de » bonheur s'organisent. L'instant est venu de fonder la » République des Égaux , ce grand hospice ouvert à touê

• les hommes. Les jours de la restitution générale soni

• arrives. Familles gémissantes, venez vous asseoir à la > table commune dressée par la Nature pour tous ses

• enfants.

• Peuple de France, ouvre les yeux et le cœur à la

• plénitude de la félicité. Reconnais et proclame avec

• nous la RÉPURLiQUE des Égaux! •

Cet exposé de principes ne vit pas le jour. Quand le Comité secret le relut el l'étudia , il en eut peur. Le miroir répétait trop fidèlement l'image. Cette déclaration ne fut point imprimée ; on ne mit sous presse qu'un écrit intitulé : Analt/te de la doctrine de Babœaf^ tribun du p^niple^ proscrit par le Directoire executif pour avoir dit la vérité.

Cette pièce est trop importante pour que nous ne la publiions pas dans tout son contenu. C'est là le véritable code du communisme , le Livre , la Bible , le Coran de celte religion despotique et sanglante comme tous les despotismes :

c Analyse de la doctrine de llabceaf.

» Avec la discussion.

» Art. i«%

> La PTature a donné à chaque homme un droit égal à

la jouissance de tous les biens.

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— Jli -^

» PREUVES

• i^. Avant leurs premiers rapprochemeuls, tous les hommes étaient également les maîtres des productions que la nature répandait avec profusion autour d'eux.

» ^. Dès qutt les hommes se furent rapprochés sur une terre inculte , qui put établir parmi eux l'inégalité de ce droit? Est-ce leur différence naturelle? Ils ont tous les mêmes organes et les mêmes besoins. Est-ce la dépendance des uns avec les autres ? Mais nul n'était assez fou pour asservir ses semblables que te plus léger mécontentement pouvait disperser; et l'avantage des secours mutuels et de la bienveillance commune leur faisait à tous une nécessité de respecter dans les autres les droits dont ils se sentaient investis par la Nature. Est-ce la férocité de leurs cœurs? Mais la compassion est la suite immédiate de leur organisation , et cette féi^ocité naît de l'exaspération des passions. Est-ce un penchant inné pour rhumiliation et la sei*vitude? Mais la vue des distinctions est pour les êtres même les plus sauvages une sensation douloureuse , une source de jalousie et de haine.

» 5°. Si les familles ont été les premiers modèles des sociétés y elles sont aussi les preuves les plus frappantes du droit dont nous parlons. L'Égalité y est le gage de la tendresse des pères , de l'union et du bonheur des enfants. Est-elle rompue , le chagrin et la jalousie y introduisent le désordre cl les violences. Tout, jusqu'à l'amour des parents , inspire aux enfants la haine dos partialités que les parents (Mix-mêmes ne peuvent appliquer sans risquer d'introduire dans la famille des {>assious dangereuses.

— iir> -^

> 4''. L'ÉgaliU'^ la plus stricte dut être consacrée par les premières Conventions; car qui est-ce qui pouvait faire consentir aux privations et à l'infériorité dès hommes jusque-là ennemis de toute distinction?

1 5*. L'oubli de cette Égalité a inCroduit parmi les hommes, — les fausses idées de bonheur, les égarements des passions, — le dépérissement de Téspèce,. — les violences , les troubles , les guerres , — la tyrannie des uns et l'oppression des autres , — les institutions civiles, politiques et religieuses qui , en consacrant Tinjustice , dissolvent enfin les sociétés après les avoir longtemps déchirées.

» La vue des distinctions , du faste et des voluptés dont on ne jouit pas , fut et sera toujours pour la multitude une source inépuisable de tourments et .d'inquiétudt.'s. 11 n'est donné qu'à un petit nombre de sages de se présern^r de la corruption , et là modération est un bien que le vulgaire ne sait plus apprécier dès qu'il s'en écarte; Quelques citoyens se créent-ils de nouveaux besoins et introduisent-ils dans leurs jouissances des raffinement» inconnus à la multitude, la simplicité n'est plus aimée^ le bonheur cesse d'être dans une vie active et dans unfi^ âme tranquille; la distinction et les voluptés deviennemsi. le suprême des biens ; personne n'est content de son éiugt et tous cherchent en vain le bonheur auquel l'inégalité a: fermé l'entrée de la société.

• Plus on obtient de distinctions, plus on en. désire v plus on excite la jalousie et la convoitise. Delà tantd'^enireprises extravagantes ; de là celte soif si insatiable et

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si criminelle de For el du pouvoir; de là les haines, les violences et les meurtres ; de là ces guerres sanglantes causées par Tesprit de conquête et par la jalousie de commerce qui ne laissent pas à la malheureuse humanité un instant de relâche.

i Au milieu de ce bouleversement d'idées, la mollesse et les chagrins détruisent une partie de l'espèce, énervent l'autre et préparent à la société des générations incapables de la défendre (i). De l'attachement aux distinctions naissent les précautions que Ton prend pour les/conserver, malgré l'envie et le mécontentement qu'elles engendrent; ces précautions sont les lois barbares, les formes exclusives de gouvernement, les fables religietues^ la morale servile^ en un mot la tyrannie d'un côté, de l'autre l'oppression. Cependant, la voix de la Nature ne peut être entièrement étouffée ; elle fait pâlir parfois ses enfants ingrats, et si elle parvient rarement à la rétablir dans ses droits , elle finit toujours par bouleverser les sociétés qui en méconnurent les lois.

> Si l'Égalité des biens est une suite de celle de nos organes et de nos besoins , si les malheurs publics et individuels , si la ruine des sociétés sont les effets nécessaires des atteintes qu'on lui porte , cette Égalité est donc de droit naturel (â).

(1) Cette phrase est^io non-sens. Pourquoi défendre la socié'é Contre qui? Le monde n*est-il pas voué au Bonheur Commun?

(2) Les prémisses étant fausses , la conclusion doit être feassc.

» Art. 2.

» Le but de la société est de défendre cette Éf^alité souvent attaquée par le fou et le méchant dans l'état de nature et d'augmenter par le concours de tons les jouissances communes.

» PREUVES

» i°. On entend ici par sociéié rassocialion réglée par des conventions, et par élai dénaturé celui de société casuelle et imparfaite dans laquelle se trouvèrent nécessairement les hommes avant de se soumettre à des lois. Sans examiner ici si des attentats» du gcuire do ceux dont il est fait mention dans l'article, ont pu avoir lieu dans l'état de nature , il est évident que , si les inconvéniens de cet état déterminèrent les hommes à établir des lois , ce ne furent que ceux qui naissaient de la violation de l'Égalité. Quoi qu'il en soit, la conservation de l'Égalité est le but de l'association , parce que ce n est que par elle que les hommes peuvent être heureux.

» 2*». En réunissant leurs forces , les hommes voulurent assurément se procurer le plus grand nombre de jouissances dont ils avaient l'idée par le moins possible de peine. Or , l'abondance des choses nécessaires assure ces jouissances , et elle est elle-même assurée par le travail des associés , qui n'est pour chacun d'eux le moindre possible que lorsqu'il est réparti sur tous.

» Art. 3.

» La Nature a imposé à chacun l'obligation de train.

vailler; nul n*u pu, sans crime, se soustraire au travail.

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