‹ Babylone d'AllemagneChapitre 10 sur 19 · TROTTEUSES · texte numérisé non relu

TROTTEUSES

YIII

Le lendemain matin, au champ de Tempelhof, Guillaume II passait en revue les troupes de Berlin.

A midi , entouré de son état-major et précédé par la musique de la garde, l'empereur, en cuirassier blanc, rentrait dans sa bonne ville de Berlin.

A la tète de leurs escadrons, montés sur des chevaux superbes, magnifiquement vêtus de leurs costumes de parade, resplendissants de crànerie et de belles étoffes, Hubert de Rau et ses camarades suivaient leur monarque.

Les rues de Berlin étaient remplies de curieux, et des hourrahs frénétiques saluaient à chaque pas le passage de l'empereur de tous les Allemands.

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Dans la Unter den Lindcii, une grande nianifoslalion palriolique eut lieu. Un groupe de jeunes lilles, vêtues de robes blanclies, était venu saluer le monarque. Celui-ci arrêta son cheval et adressa à la foule un speech de circonstance.

Il parla de la grandeur de l'Allemagne réunie, et des vertus allemandes. Il avoua l'émotion, qu'il éprouvait toujours à la vue des vierges de Prusse, mères de famille de l'avenir...

Un grand « Hoch ! » répondit aux paroles impériales, et le cortège suivit son chemin.

Malgré leur tenue rigide de soldats infatigables, de Rau, Haussner et de Bayer se sentaient très éreintcs et mal à l'aise sur leurs selles. Ils ne s'étaient point couchés cette nuit. S'étant amusés avec les petites cousines de la grande Sarah jusqu'à quatre heures du matin, ils eurent à peine le temps de passer chez eux à la hâte, de se laver et de mettre leurs uniformes, pour se trouver à la caserne à cinq heures précises. La revue avait commencé à six heures, et rempereur, comme d'habitude, avait fait bien travailler ses troupes... Aussi, les jeunes gens, le corps mouillé de sueur sous leurs pelisses coquettement jetées sur l'épaule

gauche, la tète brûlante d'insomnie et succombant sous le poids des kolpacks fourrés, se sentaient tout abrutis. Les maniiestalions patriotiques de la rue les laissaient indifférents, et ils ne pensaient qu'aux bonnes lîfures de sommeil auquel ils allaient se livrer tout à l'heure...

A peine arrivés à la porte de la caserne, — après avoir accompagné le monarque jusqu'au palais impérial, — ils se séparèrent, et partirent au grand trot, chacun de son côté, à leurs domiciles respectifs.

Aussitôt qu'il fut rentré chez lui, Hubert de Rau se déshabilla et se jeta sur son lit. Quelques secondes après, il dormait d'un sommeil de brute fatiguée, se vautrant, heureuse, dans sa niche. Tout à coup, il fut réveillé par quelqu'un qui le tirait par la main. Il ouvrit les yeux, et il vit, avec le plus grand étonnement, son frère ^laximilien dont la figure bouleversée semblait annoncer un malheur.

— Qu'est-ce qu'il y a? s'écria-t-il.

— Une chose effroyable!... Pauline a disparu...

Hubert de Rau sauta au bas du lit.

— Comment? Elle a disparu?... Je ne comprends pas...

Le comte Maximilien donna les détails.

Mlle Pauline de Rau était rentrée dans sa chambre, comme d'habitude, la veille au soir , après le souper. Personne ne la vit sortir. Et, cependant, elle avait dû sortir pendant la nuit, car, le matin, on trouva son lit intact, ce qui prouvait qu'elle ne s'était point couchée.

Ce n'est que vers onze heures que l'on s'aperçut de sa disparition. La femme de chambre de la jeune fdle, affolée, vint prévenir la comtesse qui eut une attaque de nerfs. Gomme le général et le comte INIaximilien étaient absents , elle attendit leur retour dans une angoisse terrible, ne sachant point quel parti prendre, n'osant prévenir personne de ce qui venait de se passer.

En ce moment, le général se trouvait chez le préfet de police. INIais le comte Maximilien n'avait pas grande confiance en l'habileté du préfet. Il désirait diriger les recherches lui-même.

Le comte Hubert écouta le récit de son frère, absolument abasourdi. Toute cette his-

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toirc lui paraissait tellement monstrueuse, tellement invraisemblable qu'il se demandait si ^Nlaximilien ne s'amusait pas à le mystifier. Il dut écarter cependant ce soupçon instantané. Son frère disait bien la vérité, sa figure bouleversée, sa voix tremblante le prouvaient.

— ]Mais comment a-t-elle pu sortir, s'écriat-il, sans être aperçue de personne?...

— Il est à supposer qu'elle avait attendu que les domestiques fussent couchés, qu'elle descendit tout doucement l'escalier, traversa le couloir de l'hôtel et sortit par la petite porte du jardin dont, justement, on ne put retrouver la clef ce matin...

— Mais pourquoi aurait-elle fait tout cela, grand Dieu?...

— C'est ce que nous nous demandons tous ! . . .

Et, après un instant, le comte Maximilien ajouta à voix basse :

— Il n'y a qu'une hypothèse sérieuse... Elle a dû fuir avec un amant.

— Un amant?...

— Mais oui, mon cher. C'est triste à dire, mais ça ne peut pas être autre chose. Elle

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était si bizarre,,, il lui venait souvent des idées tellement surprenantes...

— C'est vrai... Mais quel est done le misérable qui l'a salie et qui lui a fait quitter la maison paternelle?... Soupçonnes -tu quelqu'un?...

— Non, je ne vois personne parmi les gens que je connais qui me semblerait capable d'une pareille lâcheté...

Les deux frères restèrent quelques minutes silencieux.

— Mais habille-toi ! s'écria tout à coup le comte Maximilien: notre place est maintenant à la préfecture de police.

TYPES DE BERLIN

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