‹ Babylone d'AllemagneChapitre 9 sur 19 · MONSIEUR ALPHONSE · texte numérisé non relu

MONSIEUR ALPHONSE

De Raiiet Haussncr n'étaient restés qu'une heure chez les demoiselles des Bhimen-Saele. Mais une l'ois dans la rue, ils n'eurent point envie de rejoindre, comme cela avait été convenu, Alexander et ses trois amis, dont le g^enre de gaieté les choquait. Même au cours d'une vadrouille et en civil, ils se devaient du respect; leur place n'était pas à côté des gamins dans un Bicr-Palast. Aussi, ils prirent la résolution de laisser en plan les étudiants et d'aller prendre une tasse de chocolat au Café National, un des plus renommés cafés à femmes beailnois, dans le genre du Café Américain à Paris. Ils espéraient y rencontrer leur camarade de Bayer, habitué fervent de cet endroit.

Oi I3AI3YLOXE D'ALLEMAGNE

En eirel, ils l'y rencontrèrent. Joseph de Bayer était assis au fond de la salle dans un petit coin tranquille, en train de causer avec la grande Sarah, une juive de quarante ans, ancienne prostituée devenue entremetteuse. Elle n'osait pas s'asseoir à côté de l'olficier ; elle se tenait debout, lui disant à voix basse des choses qui semblaient l'intéresser énormément.

Ayant aperçu ses amis, de Bayer, parut très joyeux, et dit à Sarah :

— Vous voyez, cela va très bien ; nous sommes trois, alors j'accepte...

De Rau et Haussner s'assirent à côté de leur camarade.

Quelques lilles non occupées vinrent leur parler, mais de Bayer les renvoya d'un geste. Puis, il expliqua à ses amis que la grande Sarah tenait à la disposition des amateurs, enfermées à l'heure qu'il était dans son logement, trois fillettes de dix, onze et douze ans... avec lesquelles on pouvait s'amuser sans danger. C'était cinquante marks par tète.

— J'ai accepté en votre nom... J'ai bien fait, n'est-ce pas ?

De Rail et Haiissner se regardèrent et eurent tous deux un sourire bon enfant.

— C'est que nous venons justement de nous amuser avec des danseuses des Dlumeii- Saele, lit Haussner, mais...

— Mais, puisque tu t'es engagé , nous acceptons, dit de Rau.

— D'autant plus, ajouta Haussner, que cela va être assez divertissant...

Puis, s'adressant à la grande Sarah, et la regardant sévèrement :

— Mais il n'y a pas de scandale à craindre, hein?...

— Aucun, monsieur, j'en réponds... Vous me connaissez et vous savez que je suis sérieuse en affaires... Et d'ailleurs, je compte sur vous... Vous ne ferez pas de mal à ces enfants. C'est tout simplement une affaire de s'amuser un peu. Elles vous feront quelques cliatteries... vous leur en ferez autant, et voilà...

Elle montra ses grandes dents blanches et rit discrètement.

Il y eut un court silence...

— A qui appartiennent-elles, ces tillettes?

9(5 BABYLOXE D'ALLEMAGNE

(Icmaïuki do Rau au bout de quelques instants.

— Ce sont des cousines à moi, répondit la grande Sarali. Leurs parents, des pauvres gens, petits commerçants de Poscn, me les ont confiées pour en tirer quelque chose. Elles ont de la veine de tomber entre mes mains. En voilà des morveuses qui vont gagner facilement leur vie et celle de leurs parents !... Je n'avais pas eu cette chance, moi, quand j'étais à leur âge...

— Eh bien, partons, fît tout d'un coup de Rau, que les paroles de la femme avaient impressionné vivement et qui était devenu rouge d'émotion lubrique.

Quelques minutes plus tard, la grande Sarali s'esquiva 'doucement du café ; les trois officiers la suivirent lentement jusqu'à son logis qui se trouvait à et) lé.

TYPES DE BERLIN

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