‹ Babylone d'AllemagneChapitre 14 sur 19 · UN GOMMEUX · texte numérisé non relu

UN GOMMEUX

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Deux mois plus lard, Mlle Pauline de Rau épousait le général i)rince de AVerder, — un vieux beau de soixante-cinq ans, décavé, sourd et goutteux, qui bridait d'envie de se marier avec une jeune et riche héritière.

On avait arrangé ce mariage à la cour. L'empereur ne s'y opposa point. Il savait qu'un mariage convenable, seul, pouvait réhabiliter la lille du général. Et, comme il prenait part au malheur qui avait frappé le comte de Rau, l'idée de la marier au vieux ^Yerder lui parut aussi pratique qu'amusante.

Donc le mariage se fit sous les auspices de Sa Majesté. Il eut lieu avec une pompe qui émotionna Berlin. Le général prince de

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AVerdcr, malgré sa vieillesse et ses iniirmitcs, était un gentilhomme Tort aimable. Homme de cour par excellence, il possédait toutes les qualités du parfait mondain. Très riche dans sa jeunesse, il avait dissipé sa fortune avec les femmes et au jeu. A quarante ans, il avait épouse une jeune personne du meilleur monde, fille d'un chambellan de la cour de Prusse, connue à Berlin par sa laideur et réputée comme un peu idiote. Elle lui apporta une forte dot qu'il ne tarda pas à manger. Sa femme en éprouva un si vif chagrin qu'elle tomba dans un état de prostration intellectuelle voisinant avec la folie et mourut quelque temps après.

Le prince, à peine son deuil officiel terminé, se remaria avec la veuve d'un des plus riches propriétaires fonciers bavarois. Ils vécurent ensemble une vingtaine d'années. La princesse défendait son bien autant qu'elle le pouvait, ce qui n'empêcha point le prince de la ruiner. Elle mourut à l'âge de soixante ans, laissant à peine quelques miettes de son ancienne fortune. Ces miettes, le prince les avala en quelques mois. Et malgré sa vieillesse (il avait soixante-quatre ans sonnés au moment de la mort de sa deuxième femme) il

conlillua de mener la grande vie. Sa solde de général ne suffisant pas à ses appétits, il faisait des dettes tout en chercliant à redorer son blason par un nouveau mariage-

N'étant point un naïf, le prince de ^Yerder savait parfaitement qu'il n'était plus assez bien de sa personne pour se faire désirer d'une femme quelle qu'elle fût. ]Mais il savait aussi bien que son titre et sa situation pouvaient allécher une riche roturière remplie d'ambition. Aussi, était-ce dans le monde des parvenus qu'il avait envoyé des agents matrimoniaux à la recherche d'une héritière. Il était déjà en pourparlers avec un des plus grands commerçants de Berlin, qui consentait à lui donner en mariage une de ses lilles, quand il apprit le désagrément qui était arrivé à la famille do Rau. « Voilà ce qui ferait bien mon affaire », pensa-t-il, « J'aimerais mieux épouser Mlle de Rau dix fois enceinte que la lille d'un boutiquier, aussi vierge et pure que l'était ma mère avant son mariage. » C'était le vieux sang des ^yerdcr qui se révoltait contre une mésalliance. Et cette révolte avait sa raison d'être d'autant plus grande que le prince pressentait le mécontentement de l'empereur à la nouvelle du mariage d'un général, appar-

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tenant à une des plus vieilles familles prussiennes, avec une roturière.

Le prince de Werder, ayant exprimé à une dame d'honneur de rimpcralrice son projet de demander la main de INIlle de Rau, la dame en question, fort expérimentée dans les affaires de ce genre, lui promit de tàter le terrain... Huit jours plus tard, le prince fut autorisé à faire la cour à Pauline, et, six semaines après, le mariage eut lieu.

Bien que la perspective d'être la femme d'un vieillard de soixante-cinq ans ne sourit point à JNIUe Pauline, elle s'était résignée à cette issue de son aventure. Elle ne pensait plus, d'ailleurs, à Gaillard. Elle l'avait pris en dégoût du jour oii elle sut qu'il avait consenti à se séparer d'elle à jamais pour une somme d'argent. Ce dont elle rêvait, maintenant, c'était la liberté la plus grande qui lui permît de s'amuser à sa guise. Le mariage avec un homme dans le genre du général de Werder, seul, pouvait pour le moment réaliser ce rêve. Aussi, répondit-elle « oui » sans la moindre objection quand son père lui lit connaître les intentions du prince. INIais elle lit bien comprendre à ce dernier qu'elle lui demandait la liberté absolue et qu'elle ne tar-

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dorait pas à (lemaiuler le divorce dans le cas où il s'amuserait à l'ennuyer.

Le prince trouva cette condition absolument juste, il promit k sa tiancée de la laisser agir à sa guise, — et il tint sa parole.

Après une lune de miel passée dans les environs de Berlin, dans le château séculaire de la famille de AVerder (le seul bien immobilier que le général n'eût pas encore bazardé), les nouveaux mariés partirent pour lltalie. Le général revint à Berlin au bout de quelques semaines, après avoir installé sa femme dans une villa, près de Naples, où, chaque mois, il allait passer quelques jours.

La jeune princesse y lit un séjour de six mois. Elle y donna au monde un petit AVerder qui, — d'après Aurélia, la fidèle camériste que sa patronne avait fait remettre en liberté et avait reprise à son service, — ressemblait comme deux gouttes d'eau au général,

La rentrée de Mme de Werder à Berlin fut triomphale. Complètement rétablie de ses couches, devenue femme de la lillette qu'elle était , et une femme véritablement belle, sachant charmer tous ceux qui l'approchaient, elle faisait sensation dans les salons où elle

daigjiiail se montrer. Du coup, elle devint la mondaine la plus courtisée des hommes et la plus jalousée des femmes .

Sa famille, oubliant sa faute de la veille, en était fière. Seule, sa sœur aînée, qui venait, elle aussi, de se marier, fut intraitable, trouvant que la faute que Pauline avait commise avant son mariage la déshonorait à jamais.

Capricieuse de tempérament, la jeune princesse de Werder repoussait les déclarations les plus passionnées des jeunes gens à la mode et restait tldèle à son mari, au grand étonnement de la société de Berlin.

Le vieux prince, bien qu'infirme, avait des qualités dont la jeune femme ne supposait point l'existence en l'épousant. Ce fut une révélation charmante, une surprise des plus inattendues.

Pour l'en remercier, Mme de Werder se laissa aimer du prince sans partage...

Une catastrophe imprévue changea cet état des choses. Un jour, le général eut une attaque de paralysie et dut s'aliter pour ne plus se relever. 11 resta au lit un an avant de mourir.

Pleine de tendresse, la jeune femme soigna

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son mari comme une sœur de cliarité. Elle se relira de la vie mondaine et passait à son chevet des heures entières. Ce n'est qu'un mois avant la mort du prince, voyant que sa maladie se prolongeait indétiniment et voulant se distraire un peu, qu'elle recommença à aller dans le monde.

Et, se sentant le hesoin d'aimer dans les veines, elle céda un soir aux insistances pressantes d'un ami de son frère, le jeune comte d'Ullrich.

TYPES DE BERLIN

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