‹ Babylone d'AllemagneChapitre 16 sur 19 · UNE PROCUREUSE · texte numérisé non relu

UNE PROCUREUSE

A onze heures du soir, accompa2:né de ses deux ordonnances auxquels il lit s^arder les portes de l'hôtel, le comte Hubert de Rau lit irruption dans la demeure de Mme de Holtz.

Les bonnes, terriliées, commencèrent par dire que madame était absente. jNIais le jeune hussard les écarta brutalement, et, sa cravache à la main, se précipita dans la chambre à coucher de sa maîtresse qui se trouvait au rez-de-chaussée de l'hôtel.

Il y trouva ]Mme de Holtz, Louise Holstein et le comte de Sclnvartzkopf, dans le déshabillé le plus complet.

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L'entrée subite du comte de Rau terrifia ce trio étonnant. Les deux femmes se collèrent l'une contre l'autre ; Iç vieux financier se réfugia dans un coin de la pièce.

Le comte Hubert, tremblant de colère, s'arrêta un instant. Il sentit son sang bouillir dans ses veines ; des idées de meurtre traversèrent son esprit.

11 sortit de sa poche son sifflet militaire et donna un signal. Ses deux ordonnances apparurent.

— Ne laissez sortir personne, leur cria le hussard.

Puis, il fit quelques pas, leva sa cravache et se mit à taper sur le vieillard et les femmes.

— Pitié, Hubert, pitié ! cria ^Ime de Holtz.

— Pitié, répéta son amie.

Le comte de Schwartzkopf affolé, courait de long en large dans la chambre, avec ces mots assez comiques dans la circonstance :

— Pardon, monsieur, je ne savais pas!...

Impitoyable, le comte tapait toujours. Il poursuivait à travers la pièce ses trois victimes qui poussaient des cris de détresse.

Bientôt, le sang jaillit sous la cravache du

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hussard, ce que voyant, le jeune homme s'arrèla.

Il cessa de frapper et dit à ses ordonnances :

— Jetez-moi ça dans la rue.

Et il sortit.

Les hommes ouvrirent la fenêtre.

— Allons, habillez- vous ! crièrent-ils.

Le comte de Sehwartzkopf passa à la hàle ses vêtements, les femmes se couvrirent de leurs chemises et de leurs jupes.

— En voilà assez comme ça, fit un des hommes. Allons, hop-là !

Et, en saisissant brusquement Mme de Holtz, il la jeta par la fenêtre, son camarade en fit autant avec Mlle Holstein.

Puis, tous deux, il saisirent le comte de Sehwartzkopf qui se débattait, et le lancèrent dans le vide, à son tour.

Le comte de Rau rentra :

— C'est bien, mes garçons ! fît-il. Et maintenant, faites-en autant avec la cuisinière et la femme de chambre.

Blessés jusqu'au sang par les coups de cravache, contusionnés par une chute de

deux mètres, le financier et les deux jeunes femmes, qui, heureusement pour eux, avaient réussi à trouver une voilure, arrivèrent dans un état pitoyable au domicile de Louise Holstein.

Les deux amies y restèrent et le comte se fit conduire chez lui.

Tous trois, ils durent garder le lit pendant plusieurs jours. Le fait fut connu à Berlin, la chronique scandaleuse s'en occupa, citant les acteurs de cette tragique comédie bizarre. Mais, comme le financier et ses deux compagnes se gardèrent bien de porter plainte, fautorité militaire ne crut pas devoir s'en mêler.

TYPES DE BERLIN

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