SUM1R ET AKKAD
Si les limites respectives des peuples des Sumirs et des Akkads, qui ont dû se mêler dans des luttes réciproques, èt sous l'influence commune d'invasions étrangères, sont difficiles à préciser, leur caractère etnographique reste également assez indécis.
Dans cette antiquité, pour laquelle nous ne pouvons pas trouver de date, à une époque qui doit avoir précédé les invasions des Ariens et des Sémites, les peuples des Akkads ne se regardaient pas comme arborigènes de la Chaldée. Leur nom n'est pas en rapport avec les localités qu'ils occupent. Il est certain que les mots Sumir et Akkad n'appartiennent pas à la langue assyro-chaldéenne. Ils sont propres à une langue antérieure; et nous savons, parles explications mêmes des Assyriens, que Akkad veut dire « montagne » ; le peuple d' Akkad est donc un peuple de montagnards. Comment ces peuples qui habitent les plaines ont-ils conservé leur nom de montagnards et l'ont-ils imposé même au pays qu'ils occupaient ? Il y a là un problème historique que nous nous contentons de poser.
Je dois ajouter qu'un passage des inscriptions de Sargon donne le nom d' Akkad à une province de l'Arménie et peut-être à l'Arménie; mais nous ne devons pas nous arrêter, pour le moment, à cette indication qui n'apparaît qu'au vue siècle avant notre ère, et dont il nous est impossible de saisir la portée.
On ne saurait rattacher la filiation des peuples de Sumir et d' Akkad aux rameaux conventionnels dont nous sommes obligés d'accepter les noms pour les besoins delà discussion. Il paraît évident qu'ils n'appartiennent pas à la même origine que les Chaldéens, mais rien ne peut établir s'ils faisaient partie l'un et l'autre de la même race ou de deux races distinctes. Nous ne pouvons saisir aujourd'hui que le caractère de la langue dont ils nous ont laissé des débris. Or, il est certain que cette langue n'a aucun rapport avec celle des populations assyro-chaldéennes dont nous trouvons les inscriptions sur les briques des plus anciens rois de la Chaldée, de même que sur les monuments des derniers rois de Ninive et de Babylone.
La langue assyro-chaldéenne est aujourd'hui bien comprise, bien définie ; elle est rangée dans le groupe de langue auquel on a donné le nom de sémitique. Mais celle des peuples qui habitaient avant eux les mêmes pays et que nous nommons les Sumirs et les Akkads, attend
encore, sous la dénomination vague de langue touranienne qu'on lui attribue, le nom quelle devra porter.
Quoiqu'il en soit, si la langue des rois assyro-chaldéens est différente de celle de leurs prédécesseurs, on s'aperçut bientôt que l'écriture dans laquelle tous ces monuments nous sont parvenus, était la même. Il y a plus, dès les premières recherches sur les écritures en caractères cunéiformes, on comprit que les assyro-chaldéens n'étaient pas les inventeurs de leur système graphique* Ces hiéroglyphes altérés, qui devaient former des lettres un jour, se présentaient avec des formes et des valeurs quipermettaientd'en suivreles développements et de remonter, pour ainsi dire, à leur origine. Si il n'a pas encore été donné de rencontrer les types primitifs qui leur ont donné naissance, il est certain que ces signes ont eu d'abord une valeur idéographique que tous les peuples ont pu comprendre et quechacun a traduit dans sa langue. La valeur phonétique originelle qu'ils ont représentée était fixée par leur signification première. Or, dans les textes assyro-chaldéens, cette valeur phonétique est toujours en désaccord avec la valeur idéographique ; ils n'ont donc pas inventé leur écriture. D'un autre côté, parmi les débris des nombreux idiomes qui sont écrits avec le même système graphique, il s'est trouvé que, dans l'un d'eux, cet accord entre la valeur phonétique et la valeur idéographique des signes, a paru, comme en égyptien, d'une application constante. Mais cette langue était celle des Médo-Scythes, c'est-à-dire celle des peuples qui ont laissé des monuments de leur idiome dans les inscriptions trilingues de l'Iran à côté des traductions assyriennes du texte perse. Ces peuples n'étaient pas, à coup sûr, les inventeurs de l'écriture dont on faisait un usage séculaire, mais ils parlaient une langue analogue à la leur et on en retrouvait les traces dans celle qui avait dû appartenir aux peuples des Sumirs et des Akkads.
Les Assyro-Chaldéens, en acceptant le système graphique de leurs prédécesseurs, l'ont adopté avec toutes ses exigences et aussi avec toutes ses facilités. L'un de ses avantages était de pouvoir exprimer, par des signes, des mots auxquels chaque peuple donnait l'articulation qui lui était propre, de sorte que le signe restait le même, tandis que la prononciation changeait d'un peuple à l'autre. Aussi, aujourd'hui même, nous pouvons comprendre des expressions qui ne nous donnent aucun renseignement sur l'idiome de ceux qui les ont tracés. Ce principe élémentaire du système
SUM1R ET AKKAU.
graphique, en se généralisant, a amené, à côté des groupes purement idéographiques , des expressions originairement phonétiques quifurent acceptées avec le même rôle. Elles perdirent, en passant dans un autre idiome, leurs articulations primitives et devinrent ce que j'ai appelé des allophones. La nature de la langue sumiro-akkadienne se prêtait plus qu'une autre à cet emploi. C'est une langue dans laquelle chaque mot entre dans un état de conservation parfaite, dans l'aglutination qui en fait le principal caractère, en se juxtaposant purement et simplement : dès lors, chaque mot pouvait être pris plus facilement pour un idéogramme.
Ces expressions ont amené de graves complications dans l'idée qu'on a pu se former, au début, de la langue assyro-chaldéenne. Elle causent encore un grand embarras quand il s'agit de déterminer la langue dont se sont servis les premiers monarques de la Chaldée pour exprimer leur pensée. Quoi qu'il en soit, on peut se demander si la langue primitive était propre aux deux populations que nous avons désignées sous les noms de Sumir et d'Akkad, si elle était propre à l'une d'elles seulement, et à laquelle des deux ont doit en attribuer l'usage? Ces questions qui, au point de vue de la philologie pure, ont été débattues dans ces derniers temps avec un intérêt que la découverte des nombreuses inscriptions de cette langue peut justifier, ne me paraissent pas encore mûres pour recevoir une solution définitive. Elles n'ont pu être étudiées jusqu'ici que par ceux qui ont eu le rare privilège de devancer la publication des nombreux documents de" l'époque anté-sémitique. Les objections qu'on pourrait élever contre les résultats qu'ils annoncent ne reposent que sur des hypothèses qui recevront leur justification ou leur intimation d'une découverte dont nous ne pouvons pas apprécier la nature ou la portée ; il faut donc nous en tenir aux faits que nous pouvons contrôler.
Il est certain que ces peuples parlaient une langue différente de celle de leurs successeurs ; il est certain qu'ils leur ont légué leur système graphique ; il est certain qu'il leur ont légué de nombreux éléments de civilisation.
Nous avons vu jusqu'à quelle époque on faisait remonter les observations sidérales dans la Chaldée, l'étude des documents astronomiques que nous pouvons apprécier, ne laisse aucun doute sur la part qui revient aux populations suméro-akkadiennes dans ces recherches.
Ces populations, du reste, avaient une constitution civile et religieuse si
puissante, qu'ils ontimposé, non-seulement leur système graphique, mais encore leur système politique et religieux à leurs envahisseurs
Le panthéon primitif a été accepté et a formé la base des croyances religieuses des peuples de l'Assyrie et de la Chaldée pendant leur longue existence. Il s'ensuit que le système religieux, dont on trouve la trace dans la mythologie assyro-chaldéenne, ne pourra être compris que lorsque la civilisation qui lui a donné naissance sera comprise à son tour. Jusque-là, le rôle des rares divinités assyro-chaldéennes dont les noms nous avaient été transmis par les Juifs ou par les Grecs, en recevant des découvertes modernes une plus grande précision, restera cependant encore indécis, en attendant qu'on puisse l'étudier dans ses origines dont l'exposé, peut-être, se trouve sur une des nombreuses tablettes du Musée- Britannique. \
Ce n'est pas tout; la constitution politique des rois assyro-chaldéens a subi l'influence de celle de leurs prédécesseurs, car nous voyons les nouveaux souverains se parer de leurs titres et les perpétuer pendant toute la durée de l'empire.
Le titre le plus ancien que nous pouvons découvrir et qu'on retrouve parmi ceux des rois antédiluviens, est celui de « Pasteur » ; il est exprimé par le monogramme suivant :
La prononciation primitive nous échappe, mais il a été traduit en assyrien par l'articulation riu ( njn ) . Nous avons vu que, suivant les traditions rapportées par Bérose, Alorus, le premier roi du monde, fut choisi comme le Pasteur du peuple (IIoipîv) par la divinité même. Ce titre, comme le monogramme, s'est conservé jusque sous les rois du dernier empire. Nériglissor, pour exprimer qu'il a été appelé à la souveraineté sur les hommes, se sert de l'expression riuti, comme les rois des premiers empires de Chaldée.
Les souverains de la Chaldée s'intitulaient encore Patesi :
tf= Vt "^ïï •
Ce titre appartient évidemment à la langue des prédécesseurs des Chaldéens-Sémites, et ceux-ci l'ont adopté sans que son équivalent ou sa tra-
SUMIR ET AEKAD.
duction sémitique nous ait été conservée. C'est un terme sacré qu'on traduit généralement par « Pontife » et dont il faut peut-être chercher l'origine chez les Ariens, tandis que le titre suivant paraît se rattacher à l'occupation touraniennê.
On trouve, en effet, danslestitres des rois Assyriens, mais dans les titres de ceux-là seuls qui ont occupé Babylone et la Chaldée, l'expression idéographique
Elle se lit Sakkanaku, et paraît avoir son équivalent dans les langues Ouraliennes, pour désigner le pouvoir suprême. Dans la langue des Sumirs et des Akkads, Saknu signifie littéralement « vicaire, » ou bien encore «lieutenant. » La Bible l'écrit po et s'en sert pour désigner, au temps des prophètes, des fonctionnaires assyriens et babyloniens. (Is. xi, 25. — Jev. LI. 23, 28, 57. Ezéch. xvin, b. 12, 23. Dans. 11,43, 111,2,27). Dans la hiérarchie des fonctionnaires administratifs il désigne les Chefs de district, les Gouverneurs de provinces. Au sommet de la hiérarchie se trouve le Sakkanaku. Mais alors ce titre paraît emporter-une dignité à la fois politique et religieuse, particulière à la Chaldée. Les souverains de l'Assyrie se disaient « Sakkanaku des Dieux à Babylone, » lorsque leurs conquêtes leur avaient assuré la souveraineté sur les deux empires.
Le titre royal est indiqué par plusieurs monogrammes ; en voici un qui remonte à une haute antiquité :
>— > TTT- 1
Il a perdu sa prononciation primitive et il a été traduit Sarru parles souverains assyro-babyloniens qui l'ont adopté comme le plus élevé de leurs titres, tandis que l'expression Malik, plus en rapport avec les traditions sémitiques, a été réservée aux rois des provinces situées à l'occident de l'Euphrate. C'est, du reste, le même monogramme qui a été accepté par les Achéménides dans leurs titres, et ils l'ont fait passer dans leurs écriture, tout en lui appliquant l'articulation a.riermeKhsayathiya qui leur était familière.
En prenant le titre de souverains des Sumirs et des Akkads, si leur génie guerrier faisait sortir les Rois chaldéens de ces limites, la plus grande
étendue de leur puissance était exprimée par ce titre élastique « Roi des Quatre-Régions. » On a cherché inutilement à comprendre sous ce titre les quatre villes mentionnées par la Genèse comme le siège de l'empire de Nemrod : il y a là une indication géographique et rien de plus.
Nous reproduisons ici l'expression la plus antique sous laquelle nous la rencontrons dans les textes des rois des premiers empires chaldéens, parce qu'elle est représentée par un complexe bien caractéristique sur lequel nous aurons occasion de revenir.
Ces Quatre-Régions indiquent naturellement, par rapport au pays des Akkads, comme centre, les pays situés à droite, à gauche, en avant et en arrière du prince qui avait réduit sous sa puissance les pays situés aux quatre points cardinaux, au nord, au sud, à l'orient et à l'occident, et qui avait réuni, ou, pour être plus exact, qui avait eu la prétention de réunir sous son sceptre tous les peuples du monde. Ces peuples que la civilisation assyro-chaldéenne envahissait graduellement étaient : à l'est, Elam, l'Elimaïs, la Susiane; à l'ouest le pays de Martu qui s'étendait à l'occident jusqu'au pays de Khatti (les Syriens) ; au nord, figurent les Guti (les Guti iimki), peut-être les D'ia de la Bible et qui devaient résider entre la Syrie et la Médie, comprenant, suivant les indications des dernières inscriptions, le grand désert mésopotamien ; au sud, enfin, se trouvaient les Subarti qui habitaient les bords du Golfe-Persique au-delà du pays de Kar-Dunias.
Il est assez difficile de saisir, d'après les courtes inscriptions qui sont parvenues des anciens rois de la Chaldée, le caractère véritable de la civilisation qu'ils représentent. Ce caractère ne pourrait se manifester que par celui de la langue dans laquelle ils se sont exprimés ; or, la concision des textes d'une part et la nature idéographique de l'écriture qui nous permet de les comprendre, quel que soit l'idiome dans lequel elles sont conçues, rend le problème assez difficile à résoudre. Les monuments les plus étendus de la période anté-sémitique ne nous ont guère été conservés que par les scribes assyriens de la dernière époque.
Mais si sur ce point les difficultés sont sérieuses, il y a des indices qui
SUMIR ET AKKAD.
permettent de décider avec certitude la nature d'une inscription , il suffit d'un mot, ou même d'une flexion pour donner au monument tout entier le caractère qui lui convient. Nous aurons occasion d'appliquer cette observation qui nous paraît décisive et qui nous permettra de compter, dans l'occupation sémitique, des rois ou des dynasties dont le caractère paraissait encore indécis.
Il n'est pas possible de préciser l'époque où la haute Asie a été soumise pour la première fois à l'empire des Sémites. On aperçoit, dès les temps les plus reculés, des traces des invasions diverses qui se sont succédé dans ces contrées, et, sous ces couches successives, le caractère primitif des populations autochthones a dû disparaître depuis longtemps. Tous ces peuples, d'origines différentes, venus du Nord ou du Midi ont laissé dans ces contrées des noms et des faits dont on trouve le souvenir confus sans qu'il soit possible de faire la part qui revient à chacun. Les noms qui surnagent dans ces traditions ne servent plus alors que d'indication vague pour caractériser l'une ou l'autre de ces occupations. C'est ainsi que, pour nous, le nom de Zoroastre, par exemple, est l'indice d'une occupation arienne des peuples de la Bactriane ou de l'Inde qui se sont avancés plus ou moins loin du côté de l'occident.
De nombreux passages des antiques formules magiques permettent d'entrevoir des rapports entre l'ancien fond des croyances zoroastriennes et celui des anciens habitants de la Chaldée. Où cet accord s'est-il établi ? Faut-il croire avec M. Spiegel qu'une partie des données étrangères aux traditions védiques qu'on rencontre dans les livres de Zoroastre ont pris naissance à Babylone ?
Cette occupation, indiquée d'après Bérose, prit fin à une époque qu'il est assez difficile de préciser ; le chiffre que Bérose attribue à la dynastie suivante est resté en blanc dans la traduction arménienne.
Cette nouvelle dynastie comprenait onze rois qui ont précédé la longue dynastie des 49 rois chaldéens dont nous pourrons peut-être retrouver la trace. Dans tous les cas ces onze rois étaient d'origine différente de celle qui l'ont précédé, peut être d'origine élamite, et on a remarqué que leurs règnes semblent coïncider avec ceux des rois qui sont mentionnés au chapitre xiv de la Genèse. Nous croyons devoir rappeler ici cet important passage.
« En ce temps-là Amraphel, roi de Sennaar, Arioch, roi d'Elasar, Cho-
dor-lahomer, roi des Elamites, et Thadal, roi des Goïm, firent la guerre contre Béra, roi de Sodome, contre Bersa, roi de Gomorrhe, contre Sinnaab, roi d'Adama, contre Semeber, roi de Seboïm et contre le roi de Béla qui est la même que Segor. Tous ces rois s'assemblèrent dans la vallée de Siddim qui est maintenant la Mer salée. Ils avaient été assujettis à Chodor-lahomer pendant douze ans et la treizième année ils se retirèrent de sa domination. »
(Gen. ch. xivv, 1-4.)
On a cherché avec plus d'empressement que de bonheur à retrouver, dans les textes assyriens, quelques-uns des noms des principaux acteurs de cette grande guerre.
Arioch, dont le Dr Hincks avait cru découvrir le nom dans les tablettes des plus anciens rois de la Chaldée reste encore sans une identification plausible, et l'hypothèse du savant Irlandais n'a jamais été reprise, malgré l'autorité qu'on attache à ses recherches.
Quand à Chodor-lahomer, on n'a pas été plus heureux. On a voulu le reconnaître dans le nom de Kadu-mapuk que nous retrouverons plus tard, mais il n'en est rien. Au surplus l'étude des noms Susiens qui sont parvenus à notre connaissance permet de restituer la forme sous laquelle le nom du prince élamite se rencontrera un jour. Une induction légitime établit qu'il se compose de l'élément Kudur qui joue un grand rôle dans la composition des noms des rois de cette contrée, et de celui du nom du dieu Lagamir, mentionné parmi les divinités susiennes, dont Assurbani-pal a pillé les temples.
Nous avons, il est vrai, la certitude d'une invasion élamite dans ces temps reculés, mais cette invasion, dont on peut fixer là date, couvre déjà la civilisation sémitique dont plus tard les derniers rois assyrochaldéens devaient venger les droits, et le prince qui la représente reste ainsi isolé sans qu'on puisse préciser l'étendue ou la durée de ses exploits.
KUDUR— NAKHUNTI .
KUDUR-N AKHUNTI .
Le roi auquel nous pouvons rattacher la dernière invasion élamite se nomme Kudur-Nakhunti. C'est un nom qui appartient essentiellement aux princes de cette contrée ; l'un d'eux qui a laissé des inscriptions à Suse résistait, sous Sargon, aux envahissements de l'Assyrie. Nous n'avons aucun monument direct de celui qui nous occupe, mais son nom est mentionné dans l'histoire d'un des derniers rois de Ninive.
Assur-bani-pal, qui régnait sur l'Assyrie et la Chaldée au viie siècle avant notre ère, soutenait une guerre acharnée contre Elam. Or, nous . trouvons dans le récit de ses campagnes un épisode qui va nous renseigner à ce sujet.
C'était dans la vme campagne (639 a. J.-C.)A cette époque, Ummanaldas régnait à Suse; il avait donné son appui à Salmugin, le frère rebelle d' Assur-bani-pal qui régnait àBabylone et qui voulait secouer le joug de l'Assyrie. Assur-bani-pal comprit que la soumission de la Chaldée ne serait définitive que lorsqu'il aurait renversé la puissance élamite ; il marcha contre Ummanaldas, il mit en déroute les armées du roi d'Elam et il entra victorieusement dans la ville de Suse. Il s'empara des nombreuses richesses que les rois avaient amassées et qu'ils avaient conquises autrefois sur le pays des Sumirs, des Akkads et de Kar-Dunias , et il voulut les rendre à leur destination première, puis il détruisit la ville. Pendant un mois et un jour, le pays d'Elam fut livré au pillage. Puis Assur-bani-pal ajoute dans un document particulier l'épisode de l'ancien roi :
« La statue de Nanna depuis 1635 ans avait été enlevée et forcée de demeurer au pays d'Elam, dans un temple qui ne lui était pas consacré. Cette déesse qui, avec les Dieux ses pères, avait appelé mon nom au gouvernement du monde, me commanda de rétablir ainsi sa divine image. « Assur-bani-pal enlève-moi du pays [impie] d'Elam et ramène-moi au milieu du Bit- Anna. » L'ordre delà divinité qui avait été annoncé depuis les jours les plus éloignés fut répété de nouveau aux derniers hommes.
J'ai pris les mains delà Grande Déesse, son départ a réjoui mon cœur; elle s'avança vers Bit- Anna dans le mois kisilivu, le premier jour (1er décembre 659) ; je l'ai fait entrer dans la ville d'Uruk, dans le Bit-Hiliani, qu'elle avait aimée, et je lui ai élevé un sanctuaire.
(W. III., pl. 12. c. vu, 1. 9. — K. 2664 et 3101 . — Sm., Assur-R, j>. 249.)
Voici comment cette statue était tombée aux mains des Elamites : « Kudur-Nakhunti, l'Elamite, qui n'avait pas de respect pour les Grands- Dieux, qui s'était fié dans un esprit mauvais à ses propres forces, avait mis les mains sur les temples du pays d'Akkad ; il avait opprimé les Akkads, il avait enlevé l'image de Nana, ses jours ont été remplis, son pouvoir a été étendu. Les Grands-Dieux connurent ces choses; pendant deux nères, sept sosses et quinze années, elle resta au pouvoir des Elamites. C'est pourquoi, moi, Assur-bani-pal, le prince qui est soumis aux Grands-Dieux, j'ai envahi Elam... »
(K. 2631. Sm. Assur-B, p. 250.)
La date de cette antique occupation élamite est indiquée dans trois passages différents: — Le prisme porte 1635 ans, — un des documents particuliers porte seulement 1535. — Le dernier passage que nous avons cité s'exprime en nères et en sosses et en convertissant ces données en années ordinaires, nous trouvons : 2 nères, — 1200, 7 sosses = 420 et 15 années, c'est-à-dire précisément 1635 conformément à l'indication du prisme. Si nous ajoutons à ces chiffres la date de la vme campagne d' Assur-bani-pal qui tombe en l'an 659 a. J.-C. nous trouvons que l'invasion élamite remonte à l'an 2294 avant J.-C.
Il n'est pas possible, dans l'état actuel, de préciser l'étendue ou la durée de cette invasion. A quelque principe que nous puissions rattacher l'unité qui s'est peut-être plusieurs fois produite dans la Haute-Asie, il est certain que cette unité souvent brisée ou reprise, avant la domination élamite, n'existait pas au moment où les plus anciens monuments que nous pouvons consulter nous permettent de commencer l'histoire de la Chaldée.