NABONASSAR
On a regardé pendant longtemps Nabonassar comme le fondateur du grand empire de Chaldée. Son règne, il est vrai, daté du 26 février 744, ouvre l'ère à laquelle le grand astronome Claude Ptolémée a attaché son nom ; mais il ne correspond à aucun phénomène astronomique ni à aucun événement politique de quelque importance. Il ne coïncide pas avec le renouvellement d'une des périodes cosmiques admises parles Chaldéens; il ne coïncide pas davantage avec une révolution qui aurait changé les relations des peuples de la Haute- Asie. C'est en vain qu'on a voulu rattacher cette date à une guerre contre Ninive, qui, d'après Ctésias, aurait été détruite à cette époque par Arbace et Bélésis. Aujourd'hui, il est certain que Ninive était alors à l'abri de toute atteinte et que la puissance de Babylone, depuis longtemps menacée, allait recevoir les coups plus terribles et devenir au contraire la vassale de Ninive.
L'histoire de Babylone à cette époque est des plus obscures. Une nous est parvenu aucun monument du règne de Nabonassar. Son nom, auquel il est facile de restituer la forme assyro-chaldéenne, sous laquelle on le retrouvera un jour, ne s'est encore rencontré dans aucune inscription et nous n'avons pour nous éclairer sur son règne que les traditions du Syncelle qu'il met ainsi sous l'autorité de Bérose.
« A partir de Nabonassar, les Chaldéens ont soigneusement noté les mouvements des astres, et d'après les Chaldéens, les mathématiciens Grecs. En effet, ainsi que le raconte Alexandre Polyhistor et Bérose, les collecteurs des antiquités chaldéennes, Nabonassar, après avoir réuni les documents qui racontaient les actes des rois antérieurs, les fit détruire, afin que Ton comptât d'après lui les rois de Chaldée. »
(Millier, Ber. frag. L. n. lia.)
TUKLAT-PAL-ASAR.
Ce passage du Syncelle a souvent été invoqué contre Nabonassar, en le représentant comme un orgueilleux destructeur d'archives, mais cette accusation n'a pas été justifiée par les découvertes modernes ; ce sont précisément les monuments de Nabonassar qui sont encore à découvrir, tandis qu'on connaît beaucoup de ceux de ses prédécesseurs. L'oubli dans lequel, à l'époque du Syncelle, les événements de la Chaldée était tombé, l'indifférence dont ils étaient l'objet, expliquent la pensée de l'historiographe ; il en a forcé l'expression, et sa phrase est venue faire ce que Nabonassar n'aurait pas fait lui-même : le souvenir des anciens rois de Chaldée s'est trouvé effacée.
Les découvertes modernes permettent d'affirmer qu'aucune trace d'une destruction systématique n'existe à cette époque dans les monuments de l'Assyrie ou de la Chaldée, et l'acte qu'on attribue à Nabonassar se trouve formellement démenti par les faits.
D'abord, Bérose lui-même nous dit, et tous ses compilateurs l'ont ré-? pété, qu'il composa son histoire sur les documents qu'il avait en sa possession et qui étaient conservés depuis un temps immémorial. Les monuments existaient donc à cette époque, et nous verrons bientôt avec quel soin les successeurs de Nabonassar recherchaient les archives de leurs prédécesseurs et avec quel respect ils savaient les conserver.
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TUKLAT-PAL-ASAR.
Le règne de Nabonassar a duré quatorze ans, à défaut de document d'une origine babylonienne, les annales des rois d'Assyrie viennent nous renseigner sur cette période. Le prince, qui régnait alors à Ninive, est Tuklat-pal-Asar, le Tiglat-Pileser de la Bible. Il monta sur le trône en 744 a. J.-C, par conséquent, trois ans après l'avènement de Nabonassar. Nous devons constater qu'il prend, dans le protocole de ses inscriptions le titre de roi de Babylone, roi des Sumirs et des Akkads, il porte dès son
avènement l'étendue de son empire jusqu'au golfe persique, il avait donc soumis toute la Chaldée. Voici du reste comment il s'exprime sur l'étendue de son empire.
Sur une tablette découverte à Nimroud et actuellement au Musée-Britannique, on lit :
(L. 1.) « Palais de Tuklat-pal-Asar, roi grand, roi puissant, roi des légions, roi du pays d'Assur, roi de Bab-Ilu (Babylone), roi des Sumirs et des Akkads, roi des Quatre-Régions, le puissant, le fort, celui dont la domination s'est étendue au loin et qui a balayé, comme la poussière des ruines, les légions ennemies.
(L. 3.) — « Le roi qui dans l'adoration d'Assur, de Samas, de Marduk les Grands Dieux a régné depuis la Mer (nahar marrati) de Bit-Yakin, jusqu'au pays de Bikni; depuis le Pays du soleil levant et la Mer du soleil couchant jusqu'au pays de Musri (l'Egypte), depuis l'orient jusqu'au couchant; il a commandé, il a régné sur tous les pays.
(L. 4.) — « Depuis le commencement de mon règne jusqu'à la xvif campagne, j'ai gouverné les peuples de Itu, de Rua, de Hamarani, de Luluatu, de Kharilu, de Rupu et Rupiku, de Khiranu, de Rabiel, de Nasiru, de Galaru, deNabatu (les Nabathéens) , de Kam, deRummulu, d'Adilie, de Kiprie, d'Ubudu, de Garuma, de Khadadumu, de Diru, de Damuna, de Nilku, de Radie, de Da, d'Ubulu, de Karma, d'Amlatu, de Rua, de Kabié, de Lita, de Murusu, d'Amatu, de Khalukhrunu, les villes de Dur-Kurigalzu, Adie, Birtu, de Serrazitu, Birtu de Labbanat, Birtu de Kar-Ilu, des pays d'Aruma, dans leur ensemble, depuis les bords du fleuve Diglat, du fleuve Purat, du fleuve Surappi, jusqu'aux rives du fleuve Arnie, auprès de la Mer-supérieure (j'ai gouverné), j'ai tué du monde, j'ai enlevé des dépouilles.
(L. 10.) — « J'ai annexé aux provinces du pays d'Assur les districts du pays d'Arumudans son ensemble et j'y ai établi mes préfets et mes juges. J'ai fondé une ville à la place Tul-khamri, qui dépend de la ville qu'ils appellent Khumut, et je l'ai nommée la ville de Kar-Assur et j'y ai placé les hommes des pays que j'avais conquis.
(L. 12.) — « Dans les temples de Bab-Ilu, de Barsip, de Kutha, de Kisik, de Dilbat et de Uruk (?) , j'ai immolé des victimes pures à Bel, à Na-, bu, à Tasmit, à Nirgal, à Las, les Grands-Dieux mes maîtres, et j'ai com-
NABU-U3ABSI.
mandé aux hommes du pays de Kar-Dunias la vaste, et sur toutes les provinces qui en dépendent. J'ai soumis. .... les hommes d'Usa, de Bukudu; j'ai tué beaucoup de monde, j'ai pris un riche butin, j'ai imposé les hommes deBukudu, j'ai réuni au pays d'Assur la ville de Lakhiru qui est située dans la ville de Limmu, la ville •Pillutu qui est près du pays d'Elam dans son ensemble, je l'ai livrée dans les mains de mon lieutenant, le Préfet de la ville d'Arrapkha. »
[W. A. I. II. pl. 67.)
Comment se fait-il que Tiglat-Pileser, qui nomme dans ses conquêtes des princes d'un ordre secondaire, ait passé sous silence Nabonassar, le roi de Babylone? Quoi qu'il en soit, après ces exploits, Tiglat-Piléser, occupé en Palestine et en Syrie, où il rencontre des difficultés, laisse la révolte s'organiser en Chaldée, car nous le voyons bientôt aux prises avec un roi dont il est facile d'identifier le nom avec celui que le Canon de Ptolémée donne au successeur de Nabonassar.
NABU-USABSI.
Il ne faut pas perdre de vue que les noms des souverains assyro-chaldéens qui nous ont été transmis par les Grecs ont nécessairement été altérés. La différence qui existe entre les deux langues devait incontestablement se faire sentir dans cette interprétation de noms propres que nous estropions également à notre tour, tout en cherchant à leur rendre leur forme première.
Le successeur de Nabonassar est Nadios (Na<îw?) d'après le canon de Ptolémée, son nom ne se retrouve pas, il est vrai, sur les monuments ; mais il est peut-être facile de le reconnaître dans celui de Nabu-usabsi, qui est précisément mentionné dans les conquêtes de Tiglat Pileser. Le document que nous avons déjà cité continue ainsi :
« J'ai transporté les habitants du pays de Kaldudu tout entier, au milieu du pays d'Assur, j'ai réduit le pays de Kaldu, dans son ensemble, dé-
pendant de Nabu-usabsi, fils de Silani, j'ai fait un grand carnage autour des murs de la ville de Sarrappani, et j'ai fait mettre des corps en croix entre les Grandes-Portes de la ville. J'ai pris le pays de Gilu et la ville de Sarrappani, j'ai pris 5,300 des leurs, leurs biens, leurs dépouilles, leurs trésors, leurs richesses, leurs femme, leurs fils, leurs filles et leurs Dieux. J'ai ravagé sa ville et les villes de son voisinage, je les ai livrées aux flammes, j'en ai fait un monceau de ruines et un champ de vignes. »
[W.A.I. II, pl. 67.)
Le règne de Nabu-usabsi, ne fut pas très-long; le canon dePtolémée donne au règne de Nadios une durée de deux années seulement, après lesquelles il fut remplacé par un prince chaldéen qui ne nous est signalé que par ses défaites.
KIN-ZIRU.
Le nom de Kin-ziru, le KtvÇtpoç de Ptolémée, a été parfaitement reconnu dans les inscriptions. Nous le trouvons dans celles de Tiglat-Pileser où nous lisons ainsi le récit des événements qui le concernent :
« J'ai pris Kin-ziru, fils d'Amukhani, dans la ville de Sapie, sa capitale, j'ai élevé un monceau de cadavres devant les Grandes-Portes de sa (ville) , j'ai coupé les plantations de lentisque de son palais, j'ai tué le chef
Belul de . de son pays et j'ai ....
j'ai rempli. . . .j'ai ravagé ses villes, je
les ai détruites, je les ai livrées aux flammes, j'ai couvert de ruines le pays de Bit-Silani, le pays d'Amukhani et le pays de Bit-Salni dans leur ensemble, j'en ai fait un champ de vignes. »