‹ Babylone et la ChaldéeChapitre 6 sur 92 · ÉPOQUE LÉGENDAIRE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE LÉGENDAIRE

L'histoire des origines de Babylone et de la Chaldée est pour ainsi dire l'histoire des origines de l'humanité. Le récit en est écrit dans les premiers chapitres delà Genèse; mais, à côté du laconisme de la rédaction mosaïque qui n'avait pas en vue l'histoire spéciale dont nous allons nous occuper, nous trouvons des renseignements particuliers dans les écrivains profanes et dans les monuments que les découvertes modernes nous permettent d'apprécier.

Nous consulterons ces différentes sources d'information, mais les données qui nous reportent à la plus haute antiquité étant consignées dans les fragments qui nous sont parvenus des livres de Bérose, c'est par là qu'il convient de commencer.

Bérose, d'une famille sacerdotale, était né à Babylone vers l'an 330 avant J.-C. Il était, ainsi qu'il le dit lui-même, contemporain d'Alexandre, fils de Philippe. C'était, d'après Tatien, le plus savant des historiens de la Haute- Asie. Il était très-versé dans la connaissancè des anciennes traditions de sa patrie ; il les fit pénétrer parmi les Grecs qui nous les ont transmises. Vitruve nous apprend, qu'il quitta Babylone et qu'il vint s'établir dans l'île de Cos où il ouvrit une école d'astrologie. Il inventa, ou il introduisit chez les Grecs, un genre particulier d'horlogerie. On connaît quelques fragments des ouvrages d'astrologie auxquels Bérose a attaché son nom. Suivant les tendances diverses des écrivains qui lui ont fait des emprunts, la renommée de l'astrologue a peut-être effacé quelquefois celle de l'historien. Pline (vu, 37) nous apprend que les

Athéniens lui avaient élevé, dans le Gymnase, à cause de ses prédictions divines, une statue dont la langue était d'or.

Il écrivit en grec, vers l'an 280 avant J.-C, une histoire des antiquités de la Chaldée et la dédia à Antiochus-Soter. Cette histoire comprenait trois volumes dont nous ne possédons plus que des fragments conservés dans les récits de quelques historiographes qui ont vécu à différentes époques et qu'il est utile de rappeler. C'est d'abord Flavius Josèphe, le grand historien des Juifs, né à Jérusalem, l'an 33 de J.-C. — Saint Clément, catéchiste d'Alexandrie, né au commencement du ne siècle et mort en 217 de J.-C. — Eusèbe, évêque de Césarée, le rédacteur du Symbole de Nicée, qui vécut de 267 à 338. — Enfin, George le Syncelle, ainsi nommé à cause des fonctions qu'il remplissait auprès du Patriarche de Constantinople et décédé vers Tan 800. Tous ces écrivains n'ont dû puiser dans Bérose que ce qui pouvait servir à la thèse qu'ils prétendaient soutenir, et encore aucun d'eux ne paraît avoir connu l'œuvre même du savant chaldéen.

Ainsi le Syncelle, dont les écrits ne sont pas exempts de précipitation ni d'erreur, emprunte ses citations à Eusèbe, qu'il prétend rectifier souvent. Eusèbe paraît se référer à Jules Africain, qui écrivait dans le ni6 siècle de notre ère ; Jules Africain nous reporte à Alexandre Polyhistor qui florissait 75 ans avant J.-C, et celui-ci s'en réfère à Apollodore, qui vivait quelques années plus tôt. Josèphe semble également s'être inspiré d'Alexandre Polyhistor, bien qu'il n'indique pas toujours la source à laquelle il a puisé. Clément d'Alexandrie a eu sous les yeux les œuvres de Juba, roi de Mauritanie, qui régnait vers l'an 30 avant J.-C. et qui paraît avoir recueilli les renseignements, malheureusement trop restreints qu'il nous donne, dans les livres mêmes de Bérose, auquel il accorde une entière confiance.

Il est certain que le texte primitif de Bérose, en passant par tant de mains, ainsi tronqué et mutilé, a du se trouver notablement altéré. Nous verrons dans quelles limites les découvertes modernes nous permettent d'y avoir confiance.

Bérose avait à sa disposition ces fameuses Bibliothèques de Briques dont Pline nous a conservé le souvenir et dont les fouilles modernes nous ont révélé l'importance. Comme à Ninive, il y avait à Babylone, à Borsippa, à Orchoé et dans les grandes villes de la Chaldée, des Archives

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