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Topographie
de BABYLONE
d'après A\. J. Oppert
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TOPOGRAPHIE DE BABYLONE
TOPOGRAPHIE DE BABYLONE
Maintenant que nous connaissons les renseignements qui nous sont fournis par les ruines de la Chaldée et par les inscriptions des rois du Grand-Empire, nous pouvons compléter par les récits des historiens sacrés ou profanes, la description des monuments qui nous restent à connaître pour nous donner une idée de la topographie de Babylone au moment de sa splendeur.
Nous savons que la ville était entourée d'un mur dont le développement mesurait 480 stades de longueur. Ce mur était défendu par un fossé et s'étendait depuis la porte de Sémiramis au Nord jusqu'à la porte deNinive à l'Est, et depuis la porte des Chaldéens au Sud jusqu'à la porte de Bel à l'Ouest. Cette première enceinte, qui portait le nom d'Imgur-Bel était doublée intérieurement d'une seconde enceinte dont les inscriptions nous ont également conservé le nom et qui s'appelait Niviti-Bel. Cette seconde enceinte avait un développement de 370 stades.
Cette double enceinte avait été fondée par Assarhadon ; mais, malgré les indications trop surabondantes du texte (supra p. 168), il est présumable qu'elle n'a été terminée que par ses successeurs ; elle était percée de plus de cent portes dont quelques-unes marquent encore leur place sur les ruines.
Le fleuve entrait en biais par l'angle Nord du carré, à la porte de Sémiramis et partageait la ville en deux, en sortant par l'angle Sud à la porte de Bel. Le cours du fleuve était également protégé par des murs qui fermaient la ville et dans lesquels on avait ménagé des portes en face des rues , et qui permettaient d'établir la communication entre les deux rives.
Le cours du fleuve a dû subir des modifications assez notables, les Quais dont on trouve la trace sont postérieurs à Nabuchodonosor et paraissent être l'œuvre de Nabonid. Les auteurs grecs les attribuent à Nitocris ou à Sémiramis, comme ils attribuent, du reste, à ces deux reines tous les grands travaux de Babylone. Outre les Quais, il y avait encore
de grandes constructions dont ni les ruines ni les inscriptions ne nous
révèlent l'existence ; nous compléterons ici les renseignements que les
Grecs nous fournissent à ce sujet.
Hérodote nous donne d'abord les indications suivantes :
« Chacun des deux murs est continué jusqu'au fleuve que touchent les
côtés qui ensemble forment un angle, ensuite tout le parcours de chaque
côté du fleuve est fortifié par un quai en briques cuites. »
Diodore, qui se renseigne auprès de Ctésias, s'exprime ainsi (n 8.) : « Elle (Sémiramis) fit faire de chaque côté du fleuve un quai parfait qui
avait à peu près la même largeur que les murs et qui s'étendait sur cent
soixante stades. »
Quinte-Curse est plus explicite (xv.) :
« L'Euphrate, dit -il, coule à travers la ville, il est contenu par des Quais d'un grand volume, mais toutes les autres œuvres sont dépassées en grandeur par les immenses cavernes qui sont creusées dans le sens de la profondeur pour arrêter l'impétuosité du fleuve. Quand l'Euphrate a dépassé la hauteur du Quai qui le limite, il atteindrait les maisons de la ville s'il n'y avait pas de cavernes et de lacs pour l'accueillir ; ces travaux sont faits de briques cuites et de bitume comme l'ouvrage entier. »
La communication entre les deux rives s'établissait à l'aide de bateaux ; cependant il paraît qu'elle avait lieu à l'aide d'unPontet d'un Tunnel. Rien dans les inscriptions ne révèle l'un ou l'autre de ces moyens de communication, mais les membres de l'Expédition française en Mésopotamie paraissent en avoir constaté la trace au milieu des ruines.
Nous avons vu {supra, p. 196) qu'Hérodote attribue la construction du Pont à la reine Nitocris.
Diodore parle également de la construction de ce Pont, mais il l'attribue à Sémiramis.
« Sémiramis fit construire à l'endroit du fleuve le plus encaissé un Pont de cinq stades de largeur, en faisant asseoir avec art au fond de l'eau des pilliers qui étaient distants les uns des autres de douze pieds. Les pierres superposées furent attachées par des crampons enfer et les joints remplis par du plomb fondu. Du côté où les pilliers avaient à contenir le courant, elle fit faire des angles qui présentaient un plan incliné se continuant sur presque toute la largeur du pillier, afin que la culée des angles coupât le courant du fleuve et que les plans inclinés cédant à cette furie en adou-
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cissent la violence. Ce Pont était recouvert de poutres de cèdre et de cyprès sur lesquelles se trouvaient des troncs énormes de palmiers ; il avait trente pieds de largeur et ne paraissait céder en magnificence a aucune des autres oeuvres de Sémiramis. Des deux côtés du fleuve, elle construisit un Quai qui avait à peu près la même largeur que les murs et qui s'étendait sur 160 stades. »
Outre le Pont, la communication était établie par un souterrain. Diodore décrit ainsi ce Tunnel :
« Après cela elle (Sémiramis) choisit dans la Babylonie l'endroit le moins élevé, et fît un bassin carré dont chaque côté était de 300 stades (54 kilomètres), construit de briques cuites et d'asphalte et qui avait une profondeur de 25 pieds. Elle détourna le fleuve dans ce bassin et fit un Canal d'une résidence à l'autre. Elle bâtit les voûtes en briques cuites ; elle les recouvrit de chaque côté d'une couche d'asphalte jusqu'à ce que l'épaisseur de cet enduit eut atteint quatre coudées. Les parois delà tranchée avaient une largeur de vingt briques, la hauteur jusqu'à la naissance de la voûte était de onze pieds, la largeur de quinze. Cette tranchée fut exécutée en sept jours ; alors elle fit retourner le fleuve dans le lit antérieur de sorte qu'il coula au-dessus du Tunnel, et ainsi Sémiramis pouvait parvenir d'un château à la résidence opposée sans traverser le fleuve. Elle fît faire de chaque côté du souterrain des portes d'airain qui subsistèrent jusqu'aux rois Perses. »
Philostrate (vie d'Apollonius), parle également de ce Tunnel, mais dans des termes plus concis.
M. Oppert a cru reconnaître les deux points d'attache du Tunnel dans la prolongation du bras septentrional des Abou-Ghozeilat. Le Tunnel se trouvait ainsi dans la Cité royale, tandis que le Pont était au milieu de la ville, un peu au midi de Hillah.
Babylone renfermait dans sa double enceinte plusieurs agglomérations qui avaient constitué primitivement des villes distinctes.
C'était d'abord la Babylone antique, le centre de Babylone, le cœur de la ville, et qui devint, sous les derniers rois, la Cité royale avec ses palais défendus par une triple enceinte autour de laquelle se groupa la cité nouvelle.
Au Nord on avait annexé la ville de Cutlia avec ses temples et ses enceintes, comprenant le Trésor royal et le temple de Nirgal.
Au Sud on avait également réuni la ville de Borsippa avec son Acropole, les temples de Saturne et d'Hercule et la fameuse tour duBit-Zida.
En dehors de ces grands centres,, tout ce qui n'était pas couvert de constructions était abandonné à la culture.
Nous avons vu que le nom de Nabuchodonosor était écrit sur presque toutes les ruines de la Chaldée ; si les Grecs nous font connaître des monuments dont nous ne trouvons plus la trace, d'un autre côté les inscriptions nous signalent des monuments dont nous rencontrerons les restes parmi les nombreux tumulus qui restent encore innomés.
Dans la cité royale, nous avons signalé d'abord Babil, la plus imposante des ruines, puis le Kasr et de l'autre côté du fleuve, les ruines d'un autre palais avec lequel on pouvait communiquer par le tunnel. Cette double résidence dominait toute la ville et assurait aux souverains, pour ainsi dire, la clef des endroits les plus importants de la cité. Chacun de ces palais était entouré d'un jardin, mais ces jardins ne doivent pas être confondus avec ceux dont la tradition nous a transmis la renommée et que nous désignons encore sous le nom « des Jardins suspendus » et dont M. Oppert indique les restes dans la ruine qui porte le nom de Amran-ibn-Ali.
Ces fameux Jardins ne figurent pas dans les inscriptions, mais ils sont décrits dans les auteurs grecs avec des détails qui ne permettent pas de révoquer en doute leur existence ; ils existaient encore au premier siècle avant J.-C. Diodore, il est vrai, semble en parler au passé, mais Strabon et Quinte-Curse indiquent clairement qu'ils existaient encore de leur temps.
Josèphe, d'après Bérose, en fait ainsi mention :
« Nabuchodonosor fit ensuite dans la Cité royale un édifice reposant sur des substructions de pierres qu'il éleva à une hauteur très-considérable en leur donnant le plus qu'il pouvait l'apparence des collines naturelles. Il planta partout des arbres de différentes espèces et construisit ainsi ce qu'on nomme « les Jardins suspendus. » Il les bâtit pour faire plaisir à sa femme qui avait été en Médie et qui aimait beaucoup l'aspect des régions accidentées. »
La description de Diodore nous initie ainsi aux détails de la construction de cette merveille (n.x.) :
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« Il y avait aussi auprès de l'acropole le Jardin suspendu qui n'était pas l'œuvre de Sémiramis, mais celle d'un roi Syrien postérieur qui le fît construire pour complaire à sa maîtresse. Celle-ci étant, à ce qu'on dit, Perse d'origine, demanda dans son désir d'avoir des prairies accidentées que le roi imitât, par une plantation artificielle, le caractère spécial du pays de Perside. Le Jardin s'étend de chaque côté vers quatre plèthres et représente une montée accidentée et des édifices qui s'y tiennent les uns aux autres en offrant une mise en scène théâtrale. Au-dessous des montées artificielles, il y avait des arcades po"ur supporter à la fois la pesanteur de la masse du jardin et ces arcades étaient plus longues et s'avançaient sur celles qui étaient bâties en dessous. La dernière voûte la plus élevée avait 50 coudées de hauteur ; au-dessus d'elle se trouvait la plus haute plate-forme, dont l'élévation égalait celle de l'enceinte crénelée. Puis les pilliers étaient construits avec une grande solidité ; ils avaient vingt-deux pieds d'épaisseur et chacun était séparé de l'autre par un intervalle de dix pieds. Les étages étaient couverts de poutres de pierres qui mesuraient, avec la partie qui dépassait, seize pieds de longueur et quatre de largeur. L'étage ainsi édifié, avait sur ces blocs de pierre une couche de roseaux mêlés de beaucoup d'asphalte, ensuite une double rangée de briques reliées avec du plâtre. Cette troisième structure était garnie par une couverture en plomb afin que l'humidité de la terre apportée ne pénétrât pas dans la profondeur. Sur ces substructions, on accumulait une masse de terre suffisante pour contenir les racines des plus grands arbres. Toute cette surface, en forme de plancher aplani, était remplie d'arbres qui pouvaient enchanter le spectateur par leur grandeur et leurs autres agréments. Les tunnels eux-mêmes recevaient la lumière par les voûtes qui leur étaient superposées ; ils avaient des emplacements en grand nombre et offraient beaucoup de variété pour que les rois pussent y séjourner. Au niveau de la vue la plus élevée, il y avait un édifice ayant des tranchées perpendiculaires et des machines pour porter l'eau à la hauteur. On tirait par ces moyens une quantité d'eau du fleuve sans que personne du dehors pût s'en apercevoir. Ce Jardin, comme je l'ai énoncé plus haut, était d'une construction plus récente. »
Strabon, dont nous ne devons pas négliger le témoignage, les décrit ainsi : (lxvi. p. 628, Ed. Didot).
« Les monuments de Babylone sont comptés parmi les sept merveilles
de même que le jardin suspendu (xm'oq npe/jiaoTôç) qui a la forme d'un carré dont chaque côté est de quatre plèthres. lise compose de plusieurs terrasses formées par des voûtes s' élevant les unes au-dessus des autres et soutenues par de gros pilliers. Ces derniers sont creux et remplis de terre pour qu'ils puissent contenir les racines des plus grands arbres. Ces pilliers, ainsi que le sol de chaque terrasse, et les voûtes, 'sont construits en briques cuites, jointes avec de l'asphalte ; on arrive à l'étage supérieur par des escaliers le long desquels on a disposé des machines (xo^Xeat). Des hommes, chargés de cet ouvrage, les mettent en mouvement sans cesse et font monter l'eau de l'Euphrate dans le jardin situé tout près du fleuve', car le fleuve coupe la ville par le milieu et à un stade de largeur. Le jardin était situé sur le fleuve même. »
Enfin, Quinte-Curse, dont nous ne pouvons passer le témoignage sous silence, s'exprime ainsi:
« Au-dessus de l'acropole s'élève la merveille connue par les récits des Grecs sous le nom de « Jardins suspendus, » ils égalent en hauteur la partie des murs la plus élevée ; ils sont agréables par l'ombre d'arbres nombreux et élancés.
« On a construit sur le rocher des pilliers qui soutiennent l'ouvrage entier ; sur ces pilliers, on a étendu un solum formé de pierres carrées pour supporter la terre qu'on y dépose à une grande hauteur et pour résister à l'humidité provenant des irrigations de la terre végétale. Ces soubassements soutiennent des arbres tellement forts que leurs troncs occupent un espace de huit coudées de circonférence. Ces arbres ont jusqu'à cinquante pieds de hauteur et fructifient tout comme si ils étaient cultivés dans leur propre terre. Et quoique la vétusté ne s'attaque pas seulement aux ouvrages émanant de la main de l'homme, et qu'elle n'épargne pas même les œuvres de la nature, cette masse qui est chargée des racines de tant d'arbres et du poids d'une pareille forêt, dure sans être endommagée, car elle est soutenue par vingt parvis très-larges, distants les uns des autres de onze pieds. Ceux qui la voient de loin peuvent croire que c'est une forêt qui s'adosse à une montagne. On raconte que les Jardins suspendus sont une œuvre d'un roi Syrien régnant à Babylone, vaincu par l'amour de sa femme, laquelle, possédée par le désir de se trouver à la campagne dans des forêts et dans des bois, poussa son mari à imiter l'aménité de la nature au moyen d'un pareil travail, o
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Voilà donc des travaux importants, le Lac, le Tunnel, le Pont, les Jardins suspendus dont il n'est pas question dans les inscriptions, non-seulément dans celles qui émanent de Nabuchodonosor, mais encore dans celles de ses successeurs. D'un autre côté, les inscriptions nous font connaître des temples et des palais qu'il n'est pas toujours facile d'identifier avec les tumulus qui couvrent la plaine de Babylone. La grande inscription de la Compagnie des Indes nous parle de neuf temples dont nous rappellerons ici les noms :
1° Le temple des Sacrifices, situé à une des extrémités de Babylone ;
2° Le Bit-Narris, dédié à la déesse Zarpanit, est celui dont M. Oppert a cru découvrir les restes dans la ruine qui porte le nom de El Kalaieh ;
3° Le temple deNebo, qui peut être identifié avec le Serapeum dont parle Arien, et dont les restes seraient ensevelis dans la ruine qui porte le nom de El Homeira :
4° Le temple de Sin ;
5° Le temple de Samas, dont la tradition paraît avoir perpétué le souvenir dans la ruine qui s'abrite sous la mosquée Meschacl-Elhem;
6° Le temple de Bin, peut-être le temple de Bel dont parle Hérodote, et qui a été respecté par Xerxès ;
7° Deux temples dédiés à la déesse Nana, dont l'un paraît avoir été construit sur le rempart même de Babylone ;
8° Enfin, le temple dédié à Anu.
Les inscriptions nous font connaître encore un certain nombre de temples construits par Nabuchodonosor à Borsippa ; ce sont, outre le Bit-Zida :
1 0 Le temple d'Adar-Sandam ; — 2° le temple de Nana ; — 3° le temple de Bin; — 4° le temple de Sin.
A côté des descriptions si précises du texte assyro-chaldéen, il conviendrait de rapprocher les indications qui nous sont données par les ruines, mais les explorations les plus scrupuleuses de la Chaldée n'ont pas encore amené de résultats aussi satisfaisants que celles qui ont été entreprises sur le sol même de Ninive.
Les travaux d'irrigation qui ont été exécutés par les différents rois de Babylone sont très-nombreux, une bonne distribution des eaux était la
source de toute la fertilité de la Chaldée. Aussi, dès la plus haute antiquité, nous voyons avec quel soin les rois du premier empire creusent des canaux auxquels ils attachent leur nom. Hammourabi et ses successeurs ont sillonné la Babylonie de cours d'eau comme les rois du dernier empire. Malheureusement tous ces travaux ont disparu, les terres se sont éboulées, et lorsqu'il ne s'est plus trouvé personne pour assurer l'écoulement régulier des eaux, le canal est devenu un marais.
Le Canal du Soleil levant dont il est question dans les textes de Nabuchodonosor devait couler à travers la ville pour se relier au fleuve un peu au-dessus du Kasr, en face le village de Kowariesh. Il y avait encore un Canal qui dirigeait les eaux autour des fortifications de Barsippa, mais les indications des travaux de cette nature sont trop vagues et les accidents du sol trop multipliés pour qu'il soit possible de songer aujourd'hui à en relever la trace.
Nous n'avons plus désormais à constater que les ravages des hommes et du temps. Le seul monument qui pouvait appartenir aux rois du Grand- Empire et dont l'existence ne nous est révélée que par les historiens postérieurs sont les Bains royaux signalés par Arien dans son récit des derniers moments de la vie d'Alexandre. M. Oppert a cru en reconnaître les traces dans un groupe de ruines situé entre Amran et le Kasr.
Enfin, le seul monument nouveau qui s'élèvera dans la grande cité sera le tombeau que le roi de Macédoine fera élever à Ephestion et dont on peut chercher aujourd'hui la place au Sud de ]a ruine d'Amran-ibn-Ali.