‹ Babylone et la ChaldéeChapitre 81 sur 92 · OCCUPATION ARIENNE · texte numérisé non relu

OCCUPATION ARIENNE

La parole des prophètes a été entendue :

« L'épée est tirée contre les Chaldéens, dit le Seigneur, contre les habitants de Babylone, contre ses princes et contre ses sages.

« L'épée est tirée contre ses devins qui paraîtront insensés, l'épée est tirée contre ses braves qui seront saisis de crainte.

« L'épée est tirée contre ses chevaux, contre ses chariots et contre tout le peuple qui est au milieu d'elle et ils deviendront comme des femmes; l'épée est tirée contre ses trésors et ils seront pillés. »

Si nous cherchons aujourd'hui à comprendre les faits qui ont amené la chute du plus puissant empire du monde, au moment de sa plus grande splendeur, nous ne pourrons nous rattacher à aucun principe capable de l'expliquer, la lumière n'est pas faite encore sur ce grand événement.

Nous avons suivi Babylone depuis l'origine du monde, sans la perdre de vue, à travers les différentes phases qu'elle a traversées. Elle fut le centre nécessaire d'une civilisation qui devait se produire sans entraves. Il semble que le côté profondément religieux de son existence ait laissé à Nivive, sa rivale, le rôle éminemment conquérant et guerrier qui devait assujettir le monde entier aux principes qu'elle représentait. Aussi, dès que son caractère s'est trouvé défini dans l'histoire, c'est l'Assyrie qui a marché, c'est l'Assyrie qui s'est avancée, qui a soumis l'Arménie, la Syrie, la Médie, la Susiane et l'Egypte et qui n'est parvenue à conquérir

Babylone que pour tomber à son tour, en laissant à Babylone le soin de maintenir ses conquêtes et d'assurer dans le monde antique le plus grand développement de la civilisation assyro-chaldéenne.

Cette civilisation, que nous connaîtrons bientôt dans tous les détails, ne saurait nous être indifférente. Babylone a renfermé dans ses murs un petit peuple dont nous partageons encore les croyances et à la vie duquel nous sommes liés. Lui seul a lutté contre le flot envahissant du polythéisme sémitique, tandis que les autres peuples courbaient la tête et acceptaient ou subissaient les principes de la puissance assyro-chaldéenne. Lui seul a protesté du fond de son exil ; il a appelé la vengeance sur ses vainqueurs. Aussi, dès que le. bruit des conquêtes de Cyrus se fut répandu dans la Haute-Asie, il a tendu les mains vers le nouveau conquérant, et il a compris que c'était lui qui devait lui apporter la liberté.

Les Achéménides inaugurent une civilisation nouvelle. Ces hardis conquérants parlent une langue nouvelle, écrite avec des caractères qui apparurent, peut-être pour la première fois, aux yeux des Chaldéens, sur les murs du palais de Balthasar en y traçant les mots fatidiques qui lui annonçaient sa chute. Enfin, ils apportent une religion nouvelle. Cependant, si Bel est rompu, siMarduk est brisé, le Dieu qui conduit les soldats de Cyrus à la victoire n'est pas encore le Dieu dont les Juifs attendent la venue, c'est Ormuzd le Dieu de Zoroastre.

Mais voyons d'abord comment le peuple juif a été rendu à la liberté ; nous n'aurons plus ensuite qu'à assister à la longue agonie de Babylone.

LES ACHBMÉNIDES.

KURUS.

Nous donnons ici le nom de Cyrus dans sa forme originelle. Si les signes qui le représentent ont encore l'apparence cunéiforme, ils diffèrent essentiellement des caractères des inscriptions assyro-chaldéennes. Ceux-ci avaient une valeur syllabique et idéographique ; les nouveaux caractères n'ont plus qu'une valeur littérale. Quelques-uns figurent encore, il est vrai, avec une valeur idéographique bien déterminée ; mais ce sont de rares exceptions dont la philologie saura s'emparer pour remonter à l'origine de ce nouveau système graphique. Le plus ancien monument de cette écriture nous est conservé avec le nom de Cyrus. La perfection des caractères qui forment les quelques lignes dans lesquelles figurent ce nom, doit nous faire supposer une longue existence antérieure : on ne fait pas l'essai d'un système graphique sur le marbre des palais. Mais cette question mérite une étude spéciale à laquelle nous ne saurions nous livrer ici.

Non-seulement l'écriture des nouveaux conquérants est différente de celle des anciens souverains de la Haute-Asie, mais encore l'idiome n'est plus le même. Aussi, les Achéménides feront traduire leurs inscriptions dans les trois langues qui partageront la population de leurs vastes états pour se faire comprendre de leurs sujets Perses, Mèdes et Assyriens. Cependant l'assyrien restera la langue du peuple de l'Assyrie et survivra même à celle des Perses leurs vainqueurs.

Cyrus commença à régner à Babylone l'an 538 avant J.-C. Il était monté sur le trône des Perses l'an 560. Que fit-il pendant cet intervalle de 18 ans ? LaLydiefut sa première conquête; il défit Crésus l'an 557, puis il subjugua les peuples des bords de la mer Caspienne et des versants du Caucase. Enfin, lorsqu'il se fut bien affermi dans ses conquêtes, il s'avança vers la Chaldée.

Déjà, en 556, Crésus s'était uni à Nériglissor pour lui résister, mais en vain. Un peu plus tard, Laborassachod, le fils de Nériglissor, avait été défait ; Cyrus, après avoir pris Sarde et soumis à son obéissance la Grande-Phrygie, les Cappadociens et les Arabes, se présentait devant Babylone, l'an 540 avant J.-C, à la tête d'une armée nombreuse.

A peine arrivé, il établit ses troupes autour de la ville, qu'il alla reconnaître en personne ; ayant compris, à la hauteur et à la force des murailles ,- qu'il n'était pas possible de la prendre d'assaut, il pensa à réduire les habitants par la famine. On traça donc autour des murailles des lignes de circonvalationet dans les endroits où ceslignes aboutissaientàl'Euphrate on laissa un espace suffisant pour bâtir des forts. Les soldats se mirent à creuser une immense tranchée et pendant qu'ils étaient occupés à ce travail, Cyrus fit construire, sur les bords du fleuve, les forts dont nous venons de parler. Il en établit les fondations sur des pilotis en bois de palmier qui n'avaient pas moins de cent pieds de longueur. Les Babyloniens qui, du haut de leurs murailles, voyaient ces préparatifs de siège s'en moquaient, parce qu'ils avaient des vivres pour plus de vingt ans. Cyrus divisa alors son armée en douze corps, dont chacun devait être de service et surveiller Babylone pendant un mois de suite. Déjà tous les travaux étaient achevés, lorsque Cyrus apprit que le jour approchait où l'on devait célébrer à Babylone une fête durant laquelle les habitants passaient toute la nuit dans les festins et la débauche.

On ne dit pas quelle était cette fête, mais tout porte à croire qu'il s'agit ici delà fête des Sacées, qui, d'après Bérose, se célébrait le 16 du mois de Loùs (juin-juillet) et qui durait cinq jours pendant lesquels les esclaves commandaient à leurs maîtres, un d'entre eux était placé à la tête de la maison, revêtu d'un costume de roi; on l'appelait Zoganis et tout le monde lui obéissait.

Strabon, qui donne de curieux détails sur cette fête, en attribue l'origine à Cyrus en mémoire de la défaite des Saces (les Scythes d'Asie) et du stratagème qu'il avait employé. Il est certain qu'une fête analogue était en usage chez les Perses ; seulement, d'après Dion Chrysostome, au lieu d'un esclave, ils choisissaient un condamné à mort pour l'investir des attributs delà royauté, et ils l'exécutaient après la fête. Mais le témoignage de Bérose suffit pour établir que la fête babylonienne n'avait aucun rapport avec celle dont on fait remonter l'origine à la victoire de Cyrus sur les Scythes.

-LES ACHÉMÉNIDES

Ce jour-là donc, pendant la fête, aussitôt que le soleil fut couché, Cyrus fit ouvrir la communication entre le fleure et les deux têtes de la tranchée. L'eau s' épanchant dans ce nouveau lit, la partie du fleuve- qui traversait la ville fut rendue guéable avant le jour. Après avoir détourné le fleuve, Cyrus y fit descendre plusieurs de ses gardes, fantassins et cavaliers, pour s'assurer si le fond était solide et voyant qu'on pouvait le passer sans danger, les troupes, qui avaient été placées à l'endroit où le fleuve entrait dans la ville, et l'autre partie à l'endroit où il en sortait, s'y jetèrent, conduites par Gobrias et par Gadatas. Les portes d'airain, qui fermaient les descentes des quais vers le fleuve, étaient restées ouvertes dans cette nuit de dissolution, aussi les deux corps de troupe de Cyrus pénétrèrent facilement dans le cœur de la ville. Tous les habitants, que les soldats peuvent atteindre, sont passés au fil de l'épée, d'autres plus heureux se sauvent dans leurs maisons, ou jettent l'alarme dans Babylone. Les soldats de Gobrias répondent à leurs cris, comme s'ils étaient leurs compagnons de débauche, et prenant le chemin le plus court, ils arrivent au Palais où ils se réunissent à la troupe de Gadatas. Alors ceux-ci chargent À avec impétuosité les gardes du roi de Babylone. Aux cris qui s'élèvent, le Roi ordonne qu'on s'informe d'où vient ce tumulte. Gadatas, profitant du moment où la porte du Palais était ouverte, s'y précipite. Le Roi était alors debout et tenait un poignard à la main; les soldats de Gadatas et de Gobrias se jetèrent à la fois sur ce malheureux prince et le tuèrent; tous ceux ' qui étaient avec lui furent massacrés.

Pendant que ceci se passait au Palais, Cyrus faisait parcourir les différents quartiers de la ville par sa cavalerie, qui avait ordre d'égorger tous les Babyloniens qui se trouveraient dans les rues, et de faire publier une défense expresse de sortir des maisons sous peine de la vie. Cet ordre fut exécuté et Cyrus resta maître de Babylone.

Cependant Cyrus s'aperçut promptement qu'une conquête pareille n'était pas facile à garder. Ce n'était pas une province à contenir par la force, c'était un empire à fonder.

Cyrus représentait une race nouvelle, un principe nouveau. Au milieu de cette population hétérogène contenue par la force, il songea d'abord à se faire des alliés en rendant une sorte d'autonomie à tous ces petits états qui s'étaient courbés sous le joug des rois assyro-chaldéens.

Les Juifs, qui avaient salué sa venue en libérateur, devaient surtout

appeler son attention ; il s'empressa de leur rendre la liberté à laquelle ils aspiraient et leur facilita les moyens de réparer les ravages de Nabuchodonosor à Jérusalem. Dès la première année de son règne, il rendit un décret mémorable qui nous est rapporté par la Bible (Daniel vi, 1) et dont on croirait lire le texte sur un cylindre antique.

« Voici ce que dit Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du Ciel m'a donné tous les royaumes de la terre et m'a commandé de lui bâtir une Maison dans la ville de Jérusalem, qui est en Judée.

« Qui d'entre vous est de son peuple, que Dieu soit avec lui ; qu'il aille à Jérusalem, qui est en Judée ; qu'il rebâtisse la Maison du Seigneur, le Dieu d'Israël ; le Dieu qui est à Jérusalem est Dieu. »

Cet édit parut 52 ans après la destruction de Jérusalem, et 63 ans après l'exil du roi Joachim. Pour arriver au cbiffre de 70 ans, que l'on attribue à la captivité, il faut en faire remonter l'origine à la première expédition de Nabuchodonosor contre les Juifs.

Cyrus, après avoir ainsi rendu la liberté aux Juifs, assura son pouvoir par le désarmement de la grande cité, puis il s'entoura d'une garde éprouvée pour veiller à sa sûreté personnelle, et alors il songea à se montrer au peuple pour l'éblouir par l'éclat de sa puissance.

Au jour indiqué, une multitude innombrable se pressait sur le chemin que devait parcourir le cortège. Quand les portes du palais s'ouvrirent, on vit sortir d'abord quatre taureaux superbes qui devaient être immolés aux divinités suprêmes de la Perse ; après les taureaux, des chevaux destinés pour le Soleil ; ensuite, un char consacré à Jupiter (c'est encore un Grec qui parle). Ce char était blanc et orné de festons, le timon était doré; suivait un autre char, orné comme le premier, puis un troisième dont les chevaux avaient des housses couleur de pourpre, et derrière lesquels marchaient des hommes portant le Feu dans un grand bassin.

Cyrus, précédé de ce cortège, sortit du palais sur son char, sa tête était couverte d'une tiare qui s'élevait en pointe, il avait une tunique mi-partie de pourpre et de blanc, et des brodequins couleur de feu ; sa tiare était ceinte du diadème, ses mains étaient nues. Il avait à ses côtés le conducteur de son char.

Dès qu'on aperçut Cyrus, tous l'adorèrent en se prosternant. Lorsqu'il fut sorti du palais, quatre mille doriphores se mirent en marche pour lui

LES ACHÉMÉNIDES

servir d'escorte ; 300 eunuques richement vêtus et armés de dards le suivaient à cheval ; après eux, on menait en main deux cents chevaux ornés de frises d'or et couverts de housses rayées . Ils étaient suivis par un corps de deux mille piqueurs suivi de dix mille cavaliers Perses, puis un troisième corps, puis un quatrième, puis les cavaliers Mèdes, puis les Arméniens, les Caducéens, les Saces, et derrière la cavalerie, les chars de guerre rangés sur quatre de front.

Ce luxe, ce déploiement de forces indiquaient nettement la pensée du vainqueur. Bientôt il portera ses armes depuis les frontières de la Syrie jusqu'à la mer Rouge; il envahira l'Egypte et donnera à son empire pour limites à l'Est, l'Inde; au Nord, le pont Euxinetla mer Caspienne; à l'Ouest, la mer Egée ; au Sud, l'Ethiopie et la mer Erythrée; mais c'est en vain qu'il partagera sa résidence entre Suse, Hecbatane et Babylone , il voudra que Babylone soit encore la véritable capitale du monde: situation périlleuse qui précipitera sa ruine.

Les documents d'intérêt privé, écrits en assyrien, et datés du règne de Cyrus présentent une différence ; ceux des premières années donnent à Cyrus le titre de «Roi des nations »; mais, à partir de l'an III, ils portent celui de « Roi de Babylone. »

Nous n'avons aucun renseignement sur les événements qui se sont accomplis à Babylone pendant la fin du règne de Cyrus ni sous celui de son successeur. Les Achéménides portaient cependant le titre de « Roi de Babylone. » M. Loftus a découvert à Warka des tablettes d'intérêt privé qui sont datées du règne de Cambyse, roi de Babylone.

Mais Cambyse, tout entier à ses guerres contre l'Egypte, laissait le gouvernement de l'Asie à des Satrapes dévoués qui ne paraissent pas avoir rencontré dans la Chaldée d'entraves sérieuses à l'exercice de leur pouvoir. Malgré cela, il est évident que la grande cité supportait avec peine le joug de ses vainqueurs. L'absence prolongée de Cambyse en dehors de ses états donnait le temps au vieux parti chaldéen de s'organiser.

Lorsque Darius fut arrivé au trône, il se trouva aux prises avec des révoltes continuelles qui mirent à chaque instant son pouvoir en danger ; les plus redoutables avaient pour centre Babylone et son alliée naturelle, la Susiane. Les Babyloniens, peu scrupuleux sur les titres de leurs chefs, se

livraient au premier aventurier qui les poussait à la révolte en le couvrant des noms glorieux qui étaient restés dans leurs souvenirs.

Les renseignements nous sont, du reste, fournis par Darius lui-même ; nous les empruntons à la longue inscription gravée sur le rocher de Bisitoun. Elle entoure un immense bas-relief qui représente les rois menteurs ou rebelles que Darius a renversés. Elle est écrite en trois langues comme toutes les inscriptions des Achéménides. Nous donnons les noms propres dans leur forme arienne en restituant toutefois aux noms assyriens leur transcription originelle.

Darius, après avoir rappelé sa généalogie et les événements qui l'ont porté au trône, raconte les différentes guerres qu'il eut à soutenir dans ses Etats ; voici ce qui a trait aux insurrections de Babylone.

XVI. — Darayavus (Darius) le roi, déclare : Après avoir tué le Mage Gaumatu, un homme, un nommé Athrina, fils d'Opadarna, se révolta dans le pays de Uvaja (la Susiane) ; il parlait ainsi au peuple : « Je suis roi du pays d'Uvaja. » Alors les hommes du pays d'Uvaja devinrent rebelles et firent défection vers cet Athrina; il fut roi du pays d'Uvaja. Et un homme du pays de Babirus (Bab-Ilu) nommé Naditabira (Nadintav-Bel), fils de Aniri, se révolta au pays de Babirus (Bab-Ilu) ; il mentait en disant au peuple : « Je suis Nabukhadrakara (Nabu-kudur-usur) , le fils de Nabunita (Nabu-naïd) . » Le peuple de Babirus (Bab-Ilu) passa tout entier à ce Naditabira (Nadintav-Bel). Babirus (Bab-Ilu) devint rebelle. Naditabira (Nadintav-bel) usurpa l'empire dans le pays de Babirus (Bab-Ilu).

XVII. — Darayavus (Darius) le roi, déclare : Alors j'ai envoyé une armée au pays d'Uvaja (en Susiane), et lui, cet Athrina, fut amené devant moi, je le tuai. v

XVIII. — Darayavus (Darius) le roi, déclare : Alors je marchai vers Babirus (Bab-Ilu) contre ce Naditabira (Nadintav-bel), qui se faisait nommer Nabukhadrakara (Nabu-kudur-usur). L'armée de Naditabira (Nadintav-bel) s'avançait sur des radeaux pour défendre le fleuve Tigra (le Diglat). Je partageai mon armée en deux parties ; je fis porter les uns sur des chameaux, les autres sur des chevaux. Auramazda (le dieu Ormusd) m'accorda sa protection; par la grâce d' Auramazda (Ormusd)«je franchis le Tigra (Diglat), je tuai beaucoup de monde à ce Naditabira (Nadintav-

LES ACHÉMÉNIDES

bel). Ce fut le 27 du mois Atriadis (29 novembre 521) que nous livrâmes bataille.

XIX. — Darayavus (Darius) le roi, déclare: Alors je marchai contre Babirus (Bab-Ilu) ; arrivé à une ville nommée Zazana sur le fleuve Uprata (lePurat), je rencontrai Naditabira (Nadintav-Bel) qui se faisait nommer Nabukhadrakara (Nabu-kudur-usur) ; il s'avança vers moi avec son armée pour me livrer bataille ; nous en vinrent aux mains ; Auramazda (Ormusd) me prêta son secours. Avec la protection d'Aurumazda (Ormusd) je fis un grand carnage clans l'armée de ce Naditabira (Nadintav-Bel. L'ennemi

s'enfuit ; il fut précipité dans le fleuve et Ce fut le 2e jour

du mois Anamaka (2 décembre 521) que nous livrâmes bataille.

XX. — « Darayavus (Darius) le roi, déclare : Alors Naditabira (Nadintav-Bel) se replia avec sa cavalerie vers Babirus (Bab-Ilu), je le poursuivis dans Babirus (Bab-Ilu) ; et je pris Babirus (Bab-Ilu) ainsi que ce Naditabira (Nadintav-Bel). Je fis périr ce Naditabira (Nadintav-Bel) dans Bab-Ilu). - . . . »

Cette révolte ne fut pas la seule ; un second pseudo-Nabuchodonosor se mit à la tête d'une nouvelle conspiration contre le pouvoir des Perses et souleva Babylone. Le récit de Darius continue ainsi :

XL VIII. — « Darayavus (Darius) le roi, déclare : Pendant que j'étais en Perse et en Médie, les gens de Babirus (Bab-Ilu) se révoltèrent contre moi pour la seconde fois. Un Arménien nommé Arakha, fils de Haldita, se souleva. Il y a au pays de Babirus (Bab-Ilu) une province nommée Dubala. C'est là qu'il se souleva. Il mentait ainsi en disant : <« Je suis Nabukhadrakara (Nabu-kudur-usur) , le fils de Nabunita (Nabu-naïd) . » Et le peuple de Babirus (Bab-Ilu) s'insurgea contre moi et se tourna vers cet Arakha. Il s'empara de Babirus (Bab-Ilu) ; il fut roi à Babirus (Bab-Ilu) .

XLIX. — « Darayavus (Darius) le roi, déclare : Alors j'envoyai une armée au pays de Babirus (Bab-Ilu) . Je mis à sa tête un Mède, le nommé Vindafra, mon serviteur. Je lui parlai ainsi: « Va à Babirus (Bab-Ilu) et détruis cette armée insurgée qui ne me reconnaît pas. » Alors Vindafra marcha avec son armée contre Babirus (Bab-Ilu) . Auramazda (Ormusd) m'accorda son concours. Par la puissance d' Auramazda (Orsmud) Vindafra s'empara de Babirus (Bab-llu) et des chefs de la révolte ; et le peuple

qui s'était déclaré avec eux se prononça pour moi. Le 22e jour du mois Varkazana (22 janvier 516), cet Arukha, qui avait dit: « Je suis Nabukadrakara (Nabu-kudur-usur) » fut pris, lui et ses complices; ils furent amenés devant moi et je donnai l'ordre de mettre en croix, dans Babirus (Bab-Ilu), Arukha et ses complices. C'est ainsi qu'ils moururent.

L. — « Dorayavus (Darius) le roi, déclare : Voilà ce que j'ai fait à Babirus (Bab-Ilu). »

Après deux sièges successifs, quel pouvait être l'état de Babylone? Le laconisme du texte Achéménide ne nous dit rien à ce sujet, mais Hérodote, plus explicite sur ce point, nous donne des détails qui nous font con-r naître les dévastations auxquelles les Perses se sont livrés.

Le siège avait duré dix-neuf mois sans que les assiégeants eussent remporté le moindre avantage. Darius s'était en vain servi de plusieurs ruses de guerre, il avait même essayé de se rendre maître de la ville en détournant le cours de l'Euphrate, comme l'avait fait Cyrus ; mais les Babyloniens se tenaient sur leurs gardes, et cette tentative n'eut aucun succès. Déjà les Perses se préparaient à lever le siège, lorsque Zopire leur livra la place. On sait au prix de quel héroïque stratagème. Depuis cette époque, Babylone n'a plus été qu'une Satrapie du vaste empire des Achéménides.

Darius, maître pour la seconde fois de Babylone et croyant n'avoir plus d'ennemis qu'aux extrémités du monde, résolut de mettre la ville superbe dans l'impossibilité de lui résister de nouveau ; il fit aussitôt abattre les murs et enlever les portes de la ville (Her. III, c. 159). La destruction commençait, elle ne devait plus s'arrêter. Une capitale nouvelle s'élevait d'ailleurs pour les Achéménides au centre même de la Perse.

Xerxès, successeur de Darius, avait vu sa puissance ébranlée par l'énergie des Grecs, qui allaient bientôt dominer le monde à leur tour. Le vaincu de Salamine cherchait à couvrir sa retraite et à réparer ses désastres; sur sa route, il pillait les temples et les villes ennemies qui se trouvaient sur son chemin. En passant par Babylone, il détruisit les temples comme il l'avait fait en Grèce et dans l' Asie-Mineure; il s'empara de leurs trésors. Le temple de Belus, dont nous avons donné la description, ne devait pas être épargné, son intérêt l'y poussait, la religion l'y conviait ; il prit son or et il laissa des ruines.

LES ACHÉMÉNIDES

Les derniers Achéménides ne songèrent pas à réparer les ravages de leurs prédécesseurs ; avant d'être rois de Babylone, ils ne pouvaient oublier qu'ils étaient rois de Perse et ils ne pouvaient se méprendre sur les sentiments de Babylone à leur égard ; si elle ne pouvait plus conspirer, elle applaudissait encore à chacune de leurs défaites.

Le règne des Achéménides n'a guère duré que deux siècles et pendant toute cette période, nous n'avons constaté à Babylone, que des révoltes plus ou moins promptement comprimées, mais qui prouvent que l'ancienne civilisation chaldéenne n'avait pas encore complètement disparu sous les Perses.

La langue et l'écriture de Babylone étaient restées dans les moeurs avec une vitalité que les Achéménides avaient dû subir. Tandis qu'ils étaient obligés de faire traduire en assyrien leurs inscriptions sur les murs mêmes de Persépolis, les savants et le peuple continuaient à écrire et à parler en assyrien à Babylone ; de nombreux documents nous permettent de suivre encore pendant plusieurs siècles l'emploi de cette bizarre écriture.

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