‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 10 sur 112 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

jour, à la ruine des gens qu'il hait, comme par exemple tous ceux de la Religion et la maison de Bourbon. »

Bacon se trouvait à Poitiers quand la nouvelle de la mort de son père le rappela dans sa patrie (20 février 1579*). Quoique sir Nicolas eût été, selon Tusage, enrichi par la confiscation des biens d'Église, il ne laissait pas une très-grande fortune. On citait son manoir de Gorhambury, près St. Albans, où il avait planté et dessiné des jardins dans le goût du temps. Mais ce château et toutes les terres échurent à son fils Anthony, qui hérita de sa modestie avec ses biens. Les infirmités de ce dernier Tempèchèrent de jouer un rôle public^ mais il passait pour un fin poli« tique, et se mêla sous main de beaucoup d'affaires^. Il demeura lié assez intimement avec son frère, quoiqu'on ne voie pas qu'il l'ait jamais aidé de sa fortune.

Leur père avait mis en réserve une somme d'argent pour acheter un domaine au plus jeune de ses fils. Mais cette somme, n'ayant pas été employée à temps, dut être partagée entre tous les enfants, et Francis se trouva, à son entrée dans le monde, dans la situation la plus gênée. On l'avait destiné à la jurisprudence. Il s'y sentait beaucoup de répugnance,

* Thomas Baker, dans les notes mannscriles imprimées à la suite du tome IV des Annales de Strype, donne comme date exacte de cette mort avril 1579 , et Strype lui-même la place en 4578» ce qui tient probablement à la différence du vieux au nouveau style. Ce même Baker fait naître Bacon en 1560. J*ai suivi les dates reçues.

* Aubrey , qui était contemporain, en parle comme d'un homme fort supérieur à son frère, for the politiques{s\c). (Lives, t. n, part, ir, p. 221 )

14 VÎE DE RACON.

et il est)érait que Itt protection de son ohcle, lord Burleigh , le dispenserait dé suivre une carrière qui l'attirait si peu. Mais ii apprit à vingt ans combien il aurait tort de compter sur un a|lpui qu*il ne cessa cependant d'implorer avec plus de persévérance que de dignité. On n'a jamais bien Cîcpliqué la froideur négligente de Burleigh pour son neveu. Celui-ci l'accuse d'avoir systématiquement repoussé les gens de mérite'» On a supposé qu'il voulait réserver tout son crédit pour ses enfants et surtout pour sort second flls, Robert, dont il tenait et dont il réussit à faire son successeur. Mais Bacoh ne pouvait être un coticurrent dangereux pour ses CoUsins, et Burleigh était àsseK puissant pour porter et soutenir très-haut toute sa famille. Il est probable qué la vivacité d'imagina-* tioh, la hardiesse d'idées, le ton tranchant d'utt jeune homme pleitt d'eî^pril, d'ardeUr et de vanité , déplut constamment à l'expérience exigeahte et désabusée d'un homme d'État qui devait volontiers trouver le génie même téméraire et chimérique. Il disait de Bacon : «t C'est un spéculatif, î» et ce mot était un arrêt sans appel. Il ne témoigna le plus souvent qu'une ftsseR dédaigneuse indifférence au neveu dont il aurait dû s'enorgueillir. Malheureusement, ce neveii était de ceux qu'on n'améliore point en les humiliant. La disgrâce le blessait sans Tindigner, et ajoutait  son irritation d'amour-propre tout ce qu'elle ôtait à la fierté de son caractère. Peut-être se serait-il mieux conduit dans la fortune, s'il eût moins pati pour y monter,

* LeUre à Buckingham> Works, t. V, lell. !.*î6.

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