‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 102 sur 112 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Deniièret tnnsfoniiatioDi dn bteonisme. — Conclusion.

Le jugement plus littéraire que philosophique de Macldntosh est, dans sa vague généralité, le jugement populaire de la Grande-Bretagne. On a vu comment le motivent et le déterminent les admirateurs de Bacon, parmi lesquels il s'en compte d'aussi sérieux que les philosophes écossais. On a vu également quelles restrictions, pour des motifs différents, Playfair, Whewell, Mill, Brewster nous autoriseraient dès à présent à y apporter, quand nos propres réflexions ne nous y encourageraient pas. D'autres parties de l'Europe fl nous viendra des observations qui nous mettront sur nos gardes. En France, si au nom des sciences Laplace et au nom de la philosophie Royer-CoUard louent Bacon presque sans restriction , nous avons faontré ce qu'oppose i Tuo M. Bîot^ à l'autre, M. Cousin, malgré sa respectueuse déférence pour les Écossais, ne peut accorder qu'un partiel acquiescement'. Les disciples de Platon et de Descartes ne sauraient se rendre a Bacon sans conditions.

^ Voyez aussi les justes observations de M. Damiron, Philos, franc, au dix-septième siècle^ 1. 1, not. sur Bacon.

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L'Allemagne a le privilège de ne rien faire & demi. EUq dédaigne ou elle exagère. Tant qu*elle a négligé le baeonisme, ou ne le pouvait définitivement juger.

Tandis qu'en Angleterre, et surtout depuis la naissance de récole écossaise, tout retentit des louanges de Tinduction, il e^t remarquable qu'ailleurs, du moins jusqu'à nos jours, elle n'était pas sortie, même pour les admirateurs de Bacon, de la place excessif vement modeste où la relègue l'ancienne logique. Tout le dernier siècle n'en dit mot. Le silence de Hobbes et de Locke a été imité. Malgré l'autorité àt Newton, il a fallu parmi nous attendre jusqu'à noi jours pour que l'induction fût, en principe, remise i son rang. En Allemagne, les historiens de la philosophie répètent ce que Bacon a écrit de l'induction. Mais que veut-il dire et qu'en fautnl penser? Aucun n'y regarde, et l'on peut soutenir que la découverte de Bacon, si ce mot de découverte est à sa place, a été longtemps pour les Allemands comme non avenue. Leurs logiques, celle de Wolfe par exemple, traitent bien de l'induction en elle-même avec une certaine justesse, et même ce que dit Wolfe de l'acquisition de la connaissance, tant à priori qu'd posteriori, est trèsbien dit. Cependant il semble ne pas voir le lien qui unit sa théorie de l'expérience à l'induction , non plus que le grand rôle de l'une et de l'autre dans la formation des sciences. Euler, qui avait pratiqué luimême toutes les bonnes méthodes et développé la physique par les mathématiques, traite dans uq ou* ¥rage devenu justement populaire, des procédés, des découvertes et des progrès des sciences d'observation

et de calcul : il ne parle point de rinduction, quoiqu'il en donne plus d'un exemple et touche quelque* fois aux rapports de Texpérience et du raisonnement'* Kant ne pouvait aborder la logique sans y porter sa forte originalité. Lisez cependant ce qu'il dit de l'induction qu'il met à peu près sur la même ligne que l'analogie. Il reconnaît bien que l'une et l'autre sont des formes de raisonnement indispensables pour l'ex-* tension de notre connaissance expérimentale; mais il ne leur assigne d'autre caractère que celui de présomptions logiques , et ne s'inquiète pas assez d'expliquer leur autorité sur notre esprit, ni leurs divers degrés de certitude suivant la différence des principes qu'elles mettent en œuvre et des objets ou des cas auxquels elles s'appliquent. Enfin, on peut dire que les grands philosophes allemands ont négligé l'induction. Ils ont loué Bacon, mais ils ont paru regarder son œuvre comme bornée, et puisqu'elle était bornée, comme terminée. Laissant aux savants de profession le soin d'employer et de diriger Texpérience, ils ont eu Tair de la considérer comme un fait qui s'enseignait de lui-même, sans avoir besoin d étude. Ainsi, tandis qu'en Angleterre et en France la science physique et morale se glorifiait d'être inductive, elle res* tait, en Allemagne, spéculative, comme Leibnitz

' Voyez, par exemple, dans ses Lettres à une princesse d'AilemagnCf la lettre GXX du t. II de Pédilion de 1775 sur la manière dont les sens contribuent à Textension de nos connaissances. M. Gournot a bien mis de V Induction au titre courant de cette lettre, la LU* de son édition ; mais il a ajouté ces mots, justes d*aiUeurs, de sa propre autorité*

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