HAP. IV.-* DERNIÈRES TRANSFORMATIONS
Tavait faite, et de là ses témérités et ses faiblesses, sa gloire et ses erreurs. Un écrivain d'un esprit pénétrant a été frappé de l'abandon dans lequel la philosophie germanique laissait ce que des écoles entières regar-* daient comme l'instrument de toute philosophie. Il a reconnu que la science de la nature, au moins, avait, depuis Keppler et Newton, dû ses plus grands progrès à rinduetion , et ce seul fait lui a paru suffisant pour que la méthode fondée sur ce procédé obtint une place importante dans une philosophie de Fesprit humain. De là un ouvrage très-digne de remarque où M. Âpelt traite habilement de la nature et de l'application de l'induction Ml ne la sépare pas de la logique proprement dite où il marque sa place avec préci* sion, et sans redouter les détails techniques qu'on ne peut écarter de cette science, sans sacrifier la profon* deur à l'élégance. Puis, une fois maître du procédé inductif en lui-même, il le montre avec détail pratiqué de la manière la plus hardie et la plus sûre et avec un succès merveilleux dans la découverte des lois de Keppler, et enfin dans celle de la gravitation universelle. Mais en développant ces grandes opérations de Tesprit et de la science, il fait bien voir que tout n'y est pas induction. La part de la sagacité intuitive et quelquefois divinatrice, celle du tact dans l'observation, celle de la déduction, celle du calcul, celle de l'hypothèse, celle enfin du génie, nous paraissent reconnues et assignées avec justesse. L'auteur, élevé
* C'est la Théorie de Vlnânctim (Leipzig, IS54) que J'âl ciléo plusieurs fois dans le cours de cet ouTrage.
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d»D« les habitudes séyéres de la philosophie eritiquf » resUt4ie avec plus d'autorité que nous ne le pouvons faire, aux principes suprêmes et régulateurs de Tesprit humain, leur r4le dans le travail de la science, aoit qu'elle observe, soit qu'elle raisonne. Son ou-* vrsge nous parait établir d'une manière plus rigouT reuse ce qui a été aperçu par M. Whewell , qu'il complète plutôt qu'il ne le réfute. Sa pensée générale, c'est que l'induction est le pont jeté entre la philosor phie et la science de la nature, qu'il y a deux points de vue, celui de la connaissance pure et celui de la science positive, et qu'il est nécessaire de distinguer tour à tour et d'unir l'abstraction et l'induction. C'est  la lumière de cette pensée que l'auteur considère la méthode expérimentale dans ses rapports ave4^ les faits et avec les idées, avec la métaphysique, les ma* thématiques et l'observation, et qu'entreprenant d'en tracer l'histoire, il montre ce qu'est la méthode dans Platon et dans Aristote, ce qu'elle devient comme instrument de découvertes externes dans Galilée et dans Keppler, et alors, rencontrant Bacon, il ne peut se résoudre à le proclamer un inventeur, mais il le loue d'avoir conçu et répandu une juste idée du prix, de la grandeur et de l'avenir des sciences physiques. Par l'entreprise de réformer Âristote ou plutôt de le développer du côté oix ses idées, brièvement et vaguement énoncées, avaient, pendant vingt siècles, échappé à l'attention de ses interprètes, il s'est élevé à la conception des lois de la nature. C'est cette idée de la généralité des lois qu'il a substituée dans la science à la forme d' Aristote, à ce prindipe qui ne s^
CHiP. lV.-..iyB1IHli;ftES TRAHSFORXiTIONS. 4«S.
féâh$é que dans l'être individuel', et il a recherché* et souvmt trouvé les moyem par lesquds riutelligeoce peut atteindre avec sûreté i la connaissauce scientifique de ces lois. Ce principe a prévalu, depuis Bacon et en partie grâce à Bacon , dans les sciences proprement dites. C'est là qu'il faut placer son titra éminent à la reconnaissance de l'esprit humain. Ce n'est pas qu'il ait réussi à établir intégralement et démonstrativement cette philosophie des scienceSé Faute d'avoir bien connu l'abstraction, il n'a pas bien eonnu l'induction, du moins il n'en a pas mis en lu-i^ miére les fondements. Faute de se rendre compte de la distinction du nécessaire et du contingent, il n'a pas compris les mathématiques, et faute de compren-* dre.les mathématiques, les principes même de la science de la nature lui ont échappé. Il conçoit, il suppose des lois, et il est hors d'état de répondre catégoriquement à toute question sur la raison, l'ori-* gine et le caractère de ces lois mêmes. II n'a ni connu ni donné tout ce qu'il fidiait à un Newton pour les découvrir dans la réalité, tout ce qu'il Cillait i un Kant pour les concevoir dans l'abstraction. Du côté du positif et du côté du spéculatif, il est incomplet; mais son mouvement est dans le sens de l'invention et du savoir. — Un tel jugement ne peut que nous confirmer duas le nôtre.
. Nous voudrions nous arrêter à ce point de vue; mais les Allemands ne s'arrêtent pas ainsi. Une fois en voie de rendre plus de justice aux méthodes d'observation, il a bien fallu qu'ils fissent de nouveaux pa^, et qu'en relevant l'expérience, ils tombassent
dans retnpirisme. Tel est l'état présent des écoles germaniques, débris de celle de Hégel> qu'il devait arriver que la spéculation, poussée au loin sur les traces de Spinoza, se transformât, croyant seulement se développer, en une doctrine qui réduit tout a ce que les sens lui apprennent. Ce pouvait être 1& un des fruits de la méthode de Bacon trop exclusivement suivie; aussi quoique ce ne soit point Bacon qui a conduit les Allemands à cette doctrine, cette doctrine les a ramenés à Bacon. M. Kuno Fischer a, dans un ouvrage exprès, reporté à l'impulsion primitive de l'auteur du Notmm Organum le réalisme actuel de l'Allemagne ; c'est le nom qu'il donne i son propre système, et quoique cet hommage soit un peu tardif, il peut être juste, du moins il est naturel. On peut sans aucun doute réhabiliter Démocrite par l'exemple de Bacon, et tirer de ses doctrines une philosophie exclusivement empirique; et le temps où nous sommes est trop favorable & cette variété de la philosophie, représentée en Angleterre par H. Mill, en France par M. Auguste Comte, pour que nous puissions nous dispenser de rechercher si telle est bien la dernière et fidèle expression du baconisme. C'est par cet examen que nous devons finir.
Avant M. Fischer, le philosophe qui a presque donné son nom à l'école empirique sortie de Thégélianisme, H. Feuerbach, avait publié, au début de sa carrière, un ouvrage où il devait juger Bacon ^ On
* GeschUhte, etc. (Histoire de la philosophie moderne de Bacoa de Yeralam à Benoit Spinoza), i toi. ln-8. Ansbach, iS33.