‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 104 sur 112 · GHÂP. IV.— DERNIÈRES TRANSFORMATIONS. U · texte numérisé non relu

GHÂP. IV.— DERNIÈRES TRANSFORMATIONS. U

n'y trouve guère cependant qu'une analyse de sa doctrine, mais écrite sous l'influence de cette idée générale : le premier mouvement de la philosophie moderne, ce qui a signalé la révolution de l'esprit humain brisant les liens de la scolastique, c'est la découverte de la nature. Revenir à la nature en comprenant sous ce nom tout ce qui est, les choses et nous-mêmes, tel fut le grand pas du seizième siècle. Revenir à la nature, c'est revenir à l'expérience*, et à ce double titre, Racon et Descartes sont les initiateurs de la philosophie moderne, l'un par la proscription de tous préjugés d'école antérieurs, l'autre par le doute universel. Celui-ci est le père spirituel et médiat de la nouvelle philosophie de la nature-, celui-là en est le père immédiat et selon les sens. Car l'être réel qu'il donne pour objet à la science ne vient qu'après Tesprit, prenant par la conscience possession de luimême et se posant pour objet la nature extérieure. De là une double tendance d'opinion, une double lignée de penseurs, que l'auteur arrête à Spinoza qui est comme l'unité de cette dualité*

Il est d'ailleurs assez bref sur Racon, et je ne remarque dans le chapitre qu'il lui consacre qu'une cer^ taine tentative commune à cette école en général, sinon de réhabiliter le caractère du personnage, au moins d'atténuer ou d'expliquer les torts de sa vie. Racon était né pour penser -, sa faute originelle est d'avoir abandonné la vie spéculative, et en l'abandonnant, le génie de sa doctrine qui en toutes choses, dans la science même, considère l'utilité, et le génie de sa nation qui est intéressé et mercantile l'ont conduit à

446 ^STOIRE DB LA PH1L0S0PBIE m BACOH,

ce que vous savez. M. Kudo Fischer reprend ce tbtoie pour le développer ^ La philosophie et la politique de Bacon ont le même caractère, elles sont pratiques^ 11 y a unité entre sa vie et sa pensée.

Mais trës^caractérisée comme tendance, sa philosophie est moins définie comme doctrine. Elle n'est point une théorie complète-, il Tavoue. Elle est surtout un commencement, ce qu'on appelle aujourd'hui une initiation. Son double but est la découverte et l'invention* Pour que les découvertes cessassent d'ôtre fortuites, il fallait en trouver l'art. Telle est cette méthode analytique qu'il a appelée méthode d' induction. 11 a voulu régulariser l'esprit de décooverte, comme Platon l'esprit de spéculation. U s'est trouvé aussi bien que Descartes dans la nécessité de tout reprenAre dêiniegro. Seulement tandis que l'un, ne considérant que l'esprit en lui-même, ignore l'histoire et la nature, l'histoire et la nature existent pour l'autre^ Rebelle à Tautorité, opposant les choses aux «lotSf rectifiant la pensée par la perception, la perception par l'expérimentation, remplaçant la recherche des causes finales par celle des causes phénoménales, préférant l'observation à la spéculation, la science a la théologie, il inaugure véritablement la idiilosophie du réalisme. Mais sa doctrine a des lacunes ; elle est do son aveu fragmentaire. Son esprit est plus étendu que sa méthode. Bacon s'écarte du

^ F. Baco von Verulam, die RealphilotopMe und thr Zeitalter, \ vol. in-12. Leipzig, 48S6; ch. I, p. i-»4. — Voyez aussi on article de M. Fronde, sar ta vie de Bacon, dans le Westminster SiPiêw, aTril 4854.

Page 1