‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 106 sur 112 · GHAP. IV.— DERNIÈRES TRANSFORMATIONS · texte numérisé non relu

GHAP. IV.— DERNIÈRES TRANSFORMATIONS

métaphysicien dans sa jeunesse, physicien dans sa virilité. L'humanité marche à la manière de Thomme individuel. Elle commence par s'attacher aux causes premières ou Gnales, et de là les religions. La métaphysique vient qui les détruit en cherchant à donner plus d'unité et d'ordre aux idées qu'elles supposent. Donc, après l'âge théologique, un âge métaphysique, nécessairement critique, négatif et transitoire. L'âge de la philosophie positive succède -, c'est celle dont la maxime est : a II n'y a de connaissances réelles que celles qui reposent sur des faits observés. >> L'esprit de cette philosophie a commencé à se prononcer dans le monde depuis Bacon, Galilée et Descartes. Mais sa prépondérance est due surtout au premier, parce qu'il a eu cette supériorité de concevoir l'empire réel que la science devait prendre dans la société. Il semble avoir prévu cette marche régulière des nations qui, du régime sacerdotal et militaire, doivent enfin arriver à celui où la puissance scientifique fait prédominer la puissance industrielle. M. Comte, en vingt passages, assigne à Bacon une grande part dans le mouvement social vers cette philosophie positive et finale, dont lui-même a entrepris l'organisation, a Si j'échoue, dit-il, l'interrègne philosophique se prolongera nécessairement*. » La proscription absolue de toute philosophie proprement dite, surtout de cetle psychologie illusoire^ dernière transformation de la théologie^, est le caractère de la doctrine scientifique

* Cours de philosophie positive^ t. VI, p. 310. Voyez l. I, IV et V pasHm.

4Sè HISTOIBE DE LA PHILOSOPHIE DE BACON.

que nous esquissons trop rapidement. Quoique le monde savant soit loin d'en avoir pris le fondateur pour son oracle, on ne peut se dissimuler que Fesprit qui ranime exercé , sous d'autres noms , une grande influence. C'est lui qui, malgré l'exemple de Newton et de Laplaoe, a étendu à la recherche de toutes les eauses l'ostracisme prononcé contre celle des causes première» et des causes finales. Les lois seules des phénomènes, nous dit-on, sont le légitime objet de la science, comme si la succession des phénomènes dans une re1ation.de cause à effet n'était pas aussi une des lois de la nature. Malgré les dédains affectés de quelques maîtres de la science, le positivisme a plus de crédit parmi eux que son créateur, et je conçois qu'un écrivain distingué ' ait consenti à lui prêter l'autorité de son adhésion et l'arme puissante de son talent.

Cette philosophie, dont le nom ne fait pas un grand bruit parmi nous, et dont l'esprit a plus gagné de terrain que la réputation, a obtenu en Angleterre un succès plus déclaré. L'école de Bentham y a reconnu ses dogmes et ses penchants. Des mains habiles ont traduit les livres où elle est enseignée^. Il existe toute une littérature puisée aux mêmes inspirations et qtt^on s'eflbree de rendre populaire. Cependant, sont sa ferme anglaise, la doctrine positiviste profésst moins rudement Faversion de toute philosophie, et si l'on rattache par exemple M. Stuart Mill à cette éeole, son intelligence des problèmes métaphysiques,

1 M. Littré.

' Voyez les traduclions de miss Martineau et Comle*s Pktio» sophy ofthe sciences, by G. H. Lewes, i855.

CVAF. IV. -HttSlilIBS TRAKSFOBMATIQSS. à9A

ÎQiéparables de toute science humaine et de tout empirisme raisonné, est bien plus profonde que eelle des interprètes français. 11 n'y a personne qui ne trouve beaucoup à apprendre dans sa logique» et un de ceux qui ont le mieux exposé la doctrine du professeur français, M. Lewes, s'est montré, dans une BUiaire biographique de la philosophie^ ^ Torgane et même le critique intelligent des principaux systèmes anciens et modernes. L'analyse de ces écrits, dignes a titres divers d'une certaine attention, nous entrat- Berait trop loin. Bornons-nous à dire que, malgré les protestations, en Angleterre, deWhewell et de Brewa^ ter, en France, de M. Henri Martin et de M. Cournot, la philosophie réaliste ou positive parait être la forme extrême et dernière sous laquelle s'est organisé le baconisme. Quelques mots sur le fond des choses amèneront et éclaireront nos conclusions à l'égard du fondateur involontaire de cette école de philosophie. Aux partisans de l'empirisme il faut donner des faits pour raisons. Aussi en donnerons-nous. Les hom* mes ne connaissent, ce semble, que trois sortes de systèmes d'idées, les religions, les philosophies, les •cienees^ je prends ces trois mots dans leur acception vulgaire. L'empirisme se propose d'éliminer les reli'* gions et les philosophies, et de ne laisser subsiste! que les sciences. 11 y tend du moins dans les trois pftys où il s'est développé avec le plus d'éclat. Poui les religions» la chose est évidente* Quant aux philo-*

« A Biê gr ê pk^i BHierf, tU. 4 vol., ia»«, éMUè H ceHediM

sophies, elle Test également, en France du moins ; si en Allemagne et en Angleterre le langage est moins absolu. Il y a sans aucun doute une tendance marquée à reléguer au rang des préjugés et des visions, à classer parmi les impossibilités, la majeure partie des recherches, des questions et des solutions métaphysiques qui ont jusqu'ici composé le corps de la philosophie, d'autant que si tout cela disparaissait, les religions resteraient en Tair et deviendraient en quelque sorte des formes sans aucun fonds.

Cependant quelque concession que Ton f)t en ce genre, avec quelque facilité qu'on abandonnât comme pays des chimères le domaine disputé depuis Pythagore par les rois de Tintelligence, l'esprit humain demeurerait tel que la Médée du grand Corneille :

Que vous reste-t-il? — Moi.

Ce court dialogue serait encore toute une grande question posée, et contiendrait tout ce que les écoles germaniques appellent sujet-objet. Pour parler plus simplement, il resterait que l'homme ne peut se défaire de ce quelque chose de pensant et de pensé qui est sa raison avec ses procédé», ses principes et ses lois. Il est lui-même et pour lui-même nature, observation, expérience-, il en résulte nécessairement une science de lui-même qui existe au même titre que toute autre science, et la philosophie, ne fût-elle rien de plus, devrait être conservée par ceux qui veulent tout réduire aux sciences, car elle en est une. Là est le mérite et la force de cette doctrine, aujourd'hui fort attaquée, qui fait de la psychologie la base de toute

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