‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 12 sur 112 · CHAPITRE I. — 1883. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — 1883. il

le docteur Toby Matthew, destiné à Tarchevêché d'York, répondit en bon latin et prit grand plaisir aux divers exercices académiques. Le moins curieux ne fut pas sans doute la discussion en forme dans laquelle Bruno fut admis à défendre, devant les professeurs scandalisés, le mouvement de la terre et Tinfinité du monde. On Tautorisa pourtant à faire un cours, où il exposa avec réserve une théologie dite platonique, et soutint probablement, contre la logique d'Aristote, celle de Raymond Lulle, ce grand art auquel il bornait alors en apparence ses prétentions novatrices. Les témérités de Técole d'Alexandrie étaient au fond de la doctrine de Bruno *, bien qu'il les couvrît d*un voile , il n'évita pas l'indignation , les attaques et les dédains de l'Université, et révolta la philosophie aristotélique, alors médiocrement cultivée et despotiquement imposée par les maîtres officiels de l'enseignement. Il a lui-même rendu compte de cette campagne scientifique, non sans se plaindre et se moquer de l'état où il avait trouvé les sciences en Angleterre. Suivant lui, la cour d'Elisabeth et les cabarets des universités étaient les vrais rendez-vous des beaux esprits. L'art de parler ou plutôt de déclamer était leur seule étude, et toute la philosophie se réduisait dans les universités à une intelligence purement technique de VOrganon d'Aristote, dont on ne pouvait violer aucune règle sans payer cinq schellings d'amende '.

Il est difficile de penser que le jeune Bacon n'ait

^ Jordnm Bntno, par Christian Darlbolmèss , 2 ?o]. in-S^ Paris, l8iC, l. I, Iiv. IV, p. iOû.

1B VIE DE BACOM.

pas rencontré, recherché même Jordano Bruno, soit aux solennités savantes d'Oxford, soit dans le cercle littéraire que Sidney avait fondé à Londres, et où l'on veut que le voyageur italien ait introduit la liberté de penser. Cependant il faut être juste, si Bacon a entendu Bruno, qu'il ne cite qu'une fois *, il n'a pas plus été converti par lui au néo-platonisme qu'au système de Copernic. Il n'adoptait aucun système contemporrain dans sa partie positive, p^s plus les spéculations do Campanella que les démonstrations de Galilée. Mais dans sa partie critique ou polémique, la doctrine de Bruno a pu sans doute exciter et enhardir l'esprit de l'étudiant de Gray's Inn à mettre en prévention générale l'enseignement et la direction des soienoes depuis l'origine du moyen âge jusqu'à la renaissance. C'était un procès à faire gagner à l'esprit humain contre l'autorité, et ea procès^là, Bacon le plaida toute sa vie.

Cependant il en fallait plaider d'autres, et commencer l'exercice public de sa profession. Il débuta au barreau, et se fit remarquer au point d'être biantât élu lui-même un des bêtickêrs de Gray's Inn ^ et, deux ans après, choisi pour lecteur de carême (lent reoûfer), o'est-i'dire pour donner des leçons orales de droit dans l'établissement. Mais le jeune barrhfer ne se confinait pas dans une pratique vulgaire. Il laissait percer un esprit trop vif et trop étendu, sa curiosité se répandait sur trop de sujets divers , les entraves de la it)utine et du préjugé lui étaient en tout trop

* Wst nat, et crp.. Mon'il., t. II, p. 2:i8.

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