‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 14 sur 112 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Cependant elle daigna le nommer son conseil extraordinaire, titre alors nouveau, et qui lui donnait le droit, après Tavocat et le solliciteur général, de porter au barreau une robe de soie, et d'être employé dans les procès de la couronne'. Il y gagna Thonneur d'approcher souvent la reine, dont il n'obtint cependant qu'une stérile bienveillance. Elle aimait sa conversation, il plaidait ses affaires, et il n'arrivait à rien. Il écrivait une réponse à un pamphlet politique, 06, en défendant la mémoire de son père, il célébrait l'administration de Burleigh^, et Burleigh le laissait, s'épuisant en sollicitations inutiles, lui représenter humblement la modicité de sa fortune, son zèle à

* Le procureur ou avocat (atiomey) général et le solliciteur général , auxquels on adjoignait autrefois le sergent du roi, sont considérés comme les premiers conseils ou les conseils ordinaires de la couronne, learned counsel. G*est pourquoi Bacon fut nommé conseil extraordinaire. Le titre de conseil de la reine est donné maintenant avec assez do facilité à des avocats plaidants, qui n*abandonnent pas pour cela leur profession, mais qui ne peuvent plus plaider contre la couronne (les procès criminels sont censés soutenus par les accusés contre le roi ) sans sa permission, laquelle » du reste, n*est jamais refusée. Bacon passe pour le premier qui ait été nommé conseil du roi, n*étant que simple barrisCvr. On exigeait ordinairement le grade de sergent, frrjeant ou sergeant at law, serviensad legem^ le grade le plus élevé de la profession, et qui, jusque dans ces derniers temps, était nécessaire pour occuper devant la Cour des Plaids communs, parce quMl suppose une connaissance spéciale de la loi commune, common Inw, La distinction entre <erjeant et barrUler est peu importante aujourd'hui. Au reste , le titre de Bacon ne paratt avoir été confirmé par un brevet irrévocable, paient^ que peu après Tavénenient de Jacques I«^

* Certain Obiervation upon a libcl, ir>02. Works^ \.%\\\, p. 40.

m riE DB BACON.

senrir eotnme bon pairiofe et comme pmreUt indigné rhommet}ui était YAiiai de larepubliguê et l'honneur de sa maison. « Je le confesse^ écrivait Bacon, en 1591, au lord trésorier', mon ambition est grande dans Tordre contemplatif, mais elle est modeste dans Tordre civil. J'ai fait do la science entière ma province; j'en veux balayer tout ce qui la dévaste, frivoles disputeurs, expérimentateurs aveugles, diseurs d'im|)ostures traditionnelles... Que ce soit curiosité, vaine gloire, nature ou , pour en parler plus favon^ blement, philanthropie, c'est un point fixé dans mon esprit et que rien n'en fera sortir... Et si votre seigneurie ne veut pas m'avancer... je vends mon petit héritage, je Téchange contre un placement d'un revenu certain, ou quelque office qui rapporte et qui soit exercé par un suppléant, et, abandonnant toute idée de service public, je deviens un triste faiseur de livres, ou un simple pionnier dans cette mine où la vérité glt si profondément enfouie. » Il n'était parvenu à obtenir de lord Burleigh que la survivance du greffe de la Chambre étoilée, c'est-à-dire du Conseil privé constitué en cour de justice. Cette charge devait rapporter seize cents livres sterling par an; mais il lui fallut attendre la vacance vingt années encore. Il restait donc pauvre et dans une gêne humiliante. Son talent était plus loué que sa pratique n'était étendue. On venait Tentendre, la reine elle-même assistait quelquefois à ses plaidoiries ; mais les clients qui enrichissent leur défenseur ne se pressaient pas

» Works, J, y, lelt. 7.

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