CHAPITRE II. ^Iil93. %t
public sans s'interdire la violence et la ruse utiles, telle était la bonne politique d'un temps qui en ooih naissait de bien pire et n'en rêvait pas de meilleure, et d'un règne cher encore aujourd'hui au reconnais^ sant patriotisme de la nation britannique. Les cir*> constances étaient donc peu propices pour chercher la faveur du pays dans la défaveur de la cour* Et cependant Bacon, si bien fait pour comprendre et suivre les circonstances, céda Cette fois aux mauvais calculs du ressentiment ou peut-être de la cotiscienoe. Son premier discours avait eu pour but la demande d'une réforme de la loi civile-, pensée qui l'occupa toute sa vie *. Mais après que les Communes eurent voté quelques subsides, la Chambre des pairs se laissa persuader de les trouver insufBsants, et insista dans une conférence pour une augmentation. Son inter» vention inusitée, irrégulière même en de pareilles matières, blessa les Communes; et Bacon se rendit l'interprète de leur mécontentement. Tous les arguments de l'orateur populaire qui défend le contri* buable se retrouvent dans son discours. « Ainsi donc, pour contenter le fisc , on exigeait du gentilhomme sa vaisselle d'argent, du fermier ses vaisseaux de cuivre. C'était au Parlement de chercher les plaies du royaume. Fallait-il exposer la sûreté de la reine qui avait plus besoin de l'amour que de l'argent du peuple ? Fallait-il créer au service des princes à venir un mauvais précédent dont ils pourraient abuser ? L'histoire n'enseigne -t -elle pas que de tous les
* Voyez, dan» ses œuvres, le loroe IV, pages i87 et suiv.
i8 VIE DE BACON.
peuples TAnglais est le moins fait pour la basse sujétion d*un peuple taxable ? )»
Bacon s'attira une vive réponse de sir Robert Ceeil, et s'il ne fut pas envoyé à la Tour ni traduit devant la Chambre étoilée, on lui signifia qu'il ne devait plus compter sur les bontés de la reine. Il connut alors toute son imprudence. En vain mulliplia-t-il les protestations et les excuses -, en vain demanda-t-il grâce au lord trésorier, et chercha-t-il à désarmer le garde du grand sceau par des lettres pleines de soumission ' . La carrière des emplois publics parut lui être fermée pour jamais.
Déjà Tannée précédente, Edouard Ck)ke avait été préféré pour les fonctions de solliciteur général de la couronne. Celles de procureur général vinrent à vaquer, et Bacon, sans être découragé par sa disgrâce, eut un moment la présomption d'y aspirer. Par un avancement régulier, Coke, qui d'ailleurs avait servi la cour comme Orateur de la Chambre des communes, passa encore devant lui. Restait la chance d'obtenir le poste qu'il laissait disponible. Du côté du vieux et sévère Burleigh, Bacon espérait peu-, heureusement le puissant ministre n'était pas seul puissant. En face de lui, il rencontrait toujours un rival auprès de la reine. Le ministre et le favori se faisaient équilibre entre eux. Écrasé par Cecil, on pouvait être relevé par Essex. Depuis la mort de Leicester (1588), Robert Devereux, comte d'Essex, avait fait naître dans le cœur d'Elisabeth une de ces affections singulières
« Works, t. V, lelt. H ; t. VI, p. 2.