‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 19 sur 112 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mais me donner une seepète promesse, qui serait pour moi une aussi grande consolation que le contraire serait un grand déboire. Elle m'a répondu qu'elle n'était pas convaincue, et ne voulait entendre parler de rien jusqu'à Pâques, qu'elle aviserait alors avec son conseil, absent maintenant tout entier^ et enfin toute en colère, elle m'a prié de m*aller coucher, si je ne voulais pas lui parler d'autre chose. Sur quoi, la colère m'a pris aussi, et je suis ^orti, en disant que tant que je serais avee elle, je ne pourrais que la solliciter pour une affaire et un homme qui m'intéressaient autant, et qu'en conséquence je me retirerais pour attendre l'heure 06 je serais plus gracieusement écouté, et nous nous sommes séparés. Ainsi, demain, je partirai d'ici tout exprès, et jeudi je lui écrirai une lettre de plainte. Le soir ou vendredi au matin, je serai de retour, et je recommencerai. ^ Baeon, de son côté, se résolut à écrire à la reine, et, suivant un usage qui paraîtrait aujourd'hui singulier, il lui envoya un joyau. Un de ses amis, courtisan délié, confident discret, homme d'esprit et de bon conseil, Fulke Greville, présent au moment où la reine avait reçu la lettre et le cadeau , se hâta de l'informer qu'elle avait refusé le bijou, mais en l'admirant beaucoup. « Ou je me trompe, ajoutait-il ', ou elle avait au fond grande envie de le prendre...

* n juin lîîOI. Works, t. VI. p. IS. Cf., p. 6 el 18. Greville on Grevil est connu par des leUi*es el des poésies. Il fut l*ami de sir Philippe Sidney et chancelier de TÉchiquier sous Jacques I*'', en 1615. Trois ans après, il eut le titre de lord Brooke de Beauchamp-Court. Atiten, oxon., t. III, p. 420.

32 VIE DE DACON.

Cent livres sterling ou cinquante et vous serez son solliciteur général. » La prévoyance de Greville fut en défaut. Bacon passa par vingt alternatives d'espérance et de découragement. Il alla jusqu'à composer une allégorie assez froide qu'Essex ût représenter devant la reine le jour anniversaire de son avènement (17 novembre 1594*). Elisabeth s*en montra fort satisfaite. Mais il courait, il le dit lui-même, comme un enfant après un oiseau qui s'envole au moment où il se laisse le plus approcher, et le sergent Fleming fut nommé solliciteur général.

Bacon fut au désespoir. Déjà il avait eu Tidée de se retirer à TUniversité de Cambridge , lorsqu'elle venait de lui conférer le grade de maître es arts (le S7 juillet 1594). Il déclara qu'il n'oserait plus se présenter devant la reine. Il voulait quitter l'Angleterre et voyager. Il l'écrivit à Robert Cecil. Twickenham Park, maison de campagne appartenant à lord Essex, était alors la retraite où il cherchait le repos et l'obscurité. Un jour, Essex y vint de Richmondet lui dit : « M. Bacon, la reine m'a refusé une place pour vous, et elle a nommé une autre personne. Je sais que vos propres affaires sont ce qui vous touche le moins *, mais mal vous a pris d'avoir mis en moi votre confiance et votre appui. Vous avez

^ n composa les discours de personnages de divers états qui dans cet intermède/ device, prononcèrent l*élcge de la reine. (Works, t. IV, p. 33 ) Suivant lord Campbell , p. 39i, Fleming fut nommé en novembre 1595, le mois même de la représentation. M. Montagu recule cette nomination en novembre i596. Cette date paraît doulèusc. (T. XVI, part. I, p. XXXIII.)

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