‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 20 sur 112 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

donné de votre temps et de vos pensées à mes affaires -, que je meure si je ne fais quelque chose pour votre fortune. Vous ne refuserez pas de recevoir de moi un petit domaine que je vous veux donner. i> Bacon lui répondit qu'il lui rappelait le duc de Guise qui avait, dit- on, placé en bienfaits tous ses domaines; mais qu'il se gardât d'une telle libéralité, car parmi tous ceux qu'il croirait par là engager à lui, il pourrait bien trouver de mauvais débiteurs. Le comte s'écria qu'il s'en inquiétait peu et le pressa d'accepter. « Je vous devrai donc foi et hommage, reprit Bacon, et j'y souscris. Soyez donc mon seigneur après le roi ; mais je ne puis être plus à vous que je ne suis '. » Il devint ainsi propriétaire à Twickenham même, sur les bords les plus charmants de la Tamise'.

* Lettre au comte de Devonshire^ oa The Apoloçy of sir Fr, Bacon, etc. Works, t. II, p. 211.

* Twickenhani, à dix milles de Londres, dépendait primitivement de la paroisse d'Islewortti. Le manoir, dit alors de Twickenham, après avoir été donné à l*archevêque et aux moines de Canterbury, est revenu à la couronne. Twickenham Park n*est pas le manoir. Désigné aussi sous le nom d'islcworth Park ou de New park of Richmondf ce lien, qui avait été cédé à bail à Edouard Bacon, troisième dis de sir Nicolas par sa première f^me , passa , comme on le voit dans le texte, aux mains de Francis. On sait, par ses papiers conservés au British Muséum, qu*il eut le projet d y établir une compagnie pour Texploration des mines abandonnées. Après s*étre dessaisi de cette propriété, il donna pour instruction à Thomas Bushel, son agent dans ses entreprises métallurgiques, de la racheter, s*il était pessible, pour en faire le siège des recherches et des études nécessaires, « ayant, dil-il, trouvé ce lieu très-commode pour la mise à Tépreuve de ses conclusions philosophiques, exprimées dans un papier scellé de son sceau, et qu*ll aurait lui-même réduites en

Ce «éjouri illustré par Uni de noms célèbres et qu'aujourd'hui les Français doivent aimer, devint son Ûeu d'étude et de consolation. C'est là que l'on veut qu'il ait inventé, pour connaître par la température l'état de l'atmosphère sans sortir de chez lui^ une espèce de thermomètre dont il aurait fait hommage au comte d'Essex*. C'est li qu'il mit la dernière main aux ouvrages par lesquels il espérait faire rougir ou désarmer la rigueur de la reine. Sa résignation la toucha en effet, et « le croyant apparemment assez puni de sa malheureuse opposition , elle se montra portée à faire vaquer pour lui un des emplois qu'il aipbitionnait. Afin de témoigner de sa compétence de jurisconsulte 9 il rédigea pour elle et lui dédia son traité manuscrit des éléments et de l'usage de la loi

pratique et revêtues de Tautorité d*iin acte da Parlement, si les vicissitades de la fortnne ne Yen eussent empêché. » C'est en 4606, à ce qu*i1 paraît, que Bacon cessa de posséder Twiokenham Park, qui, depuis lors, a passé en diverses mains jusqu'à Tannée 4805, époque où la maison fut démolie et la propriété divisée. Lysons , qui donne ces détails, n'a pas connu la donation d'Essex à Bacon. ( The Enmroni af Umdon^ vol. U, part. II, 3 in-4% Lond., 4811.)

1 Ce point de Tbistoire des sciences a son importance, parce qu'on en conclut que Bacon aurait été l'inventeur du thermomètre k air, attribué en général k Drebbel, et par M. Biot k Galilée. On aurait alors quelque chose k répondre k ceux qui reprochent k Bacon de n'avoir fait aucune découverte. Mais s'il décrit avec deuil (Nov. Org., liv. H, aph. 4 S) et mentionne souvent l'instrument qu'il appelle vitrum calendare [Mut. 9il. et mort,, et ailleurs), il ne dit pas qu'il l'ait inventé. Drebbel, qui faisait en Angleterre des expériences de physique et, comme on disait, de magie , passe pour avoir publié la description de son instrument en 1621 ; mais il pouvait l'avoir montré k Bacon avant 1030, date de la première édition de VOrya-

Page 1