‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 21 sur 112 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

commune*. EnÛn, il commença le cours de sa véritable renommée en publiant ses Essaie^.

Cétait sa première publication littéraire (1B97). Ce titre à'Eêêais venait d'être mis en grand honneur dans notre pays. Il y avait dix-sept ans que les Essais de Montaigne avaient paru, le premier livre sérieux

mum^ Or c*eit en ISOt qae Baooii avait oonmeiicé à habiter Twickenham Park, et Bashel prétend qu*Essex lui en avait fait don en récompense d'on curieux secret de la nature, pour connaître, ou tnoyen d'un verre philosophique avec un peu d'eau, le temps qu'U faisait. Mais Busliel n*était pas né en i592; il se trompe sur l*origine de la donation de Twickenharo , et sa description n*est pas etactement celle du thermomètre à air. 11 est vrai seulement que cet instrument, ayant paru indiquer avec la température les accidenta météorologiques, a été à l'origine nommé weather glass, et que Bacon s'en est un des premiers servi. (Bacon, édit. Bouillet, t. II, p. il2, 489; édit. Montagv, t. XVI, part. Il, note yy ; EneycL brit., 1. 1, Diss. IV par Leslie, sec. II, A.«, p. 640; Whewell, PMI. of the ind. scienc, , t. I , 1. IV, chap. IV, sect. V, A. i3 ; Hist. de Bacon, par M. de Vauzelles, t. I, p. 30.)

> The Eléments ofthe common Lawes of England, i630. C'est le texte anglais des aphorismes latins insérés an huitième livre du De Augmentis, Works, t. IV, p. tf .

* Essayes. Religious méditations. Places of persuasion and dissuasion, in-4<*, Lond., i597. Ce triple titre de la première édition indique trois ouvrages qui ont été séparés, les essais proprement dits, en latin Sermones fidèles, puis les Meditationes sacrœ, enfin Colores boni et mali. La Bibliotheca britannica donne à cette première édition ce titre qui est celui de la neuvième : Euaffs or Counclls eivil and moral, La première est dédiée à Anthony Bacon, et ne contient que dix essais, tandis que la neuvième de i625, la dernière publiée du vivant de Tauteur, en contient cinquante-huit , et est dédiée an duc de Buckingham. La traduction latine ne fut imprimée qu*en i638, par Rawley. (Voyez Works, t. II, p. 249.; édit. Bouillet, t. 111, p. 211, et sur les éditions et traductions des Essais,\ii noie 'S I, du Bacon de M. Montagu, t. XVI, II* partie.)

sa VIE DE BACON.

en notre langue qui ait été populaire, livre bien propre à changer le goût du temps et a émanciper la raison. Montaigne n'a rien inventé^ mais, avec des idées médiocrement neuves , il n'est pas médiocrement original. Le premier, il a donné à la littérature la liberté de la conversation. Les Essais de Bacon ne reproduisent pas les grâces négligées du sceptique français; on n'y retrouve point cette bonhomie un peu ironique, ces confidences ingénues, qui prêtent tant de charme à ses causeries immortelles. Mais pour la variété des sujets , la qualité de l'esprit, la portée des réflexions, la gravité, la profondeur, ils semblent supérieurs au livre de Montaigne que Bacon cite et qu'il avait lu. Dans une des réimpressions, ils sont intitulés : Conseils de morale et de politique^ et dans la version latine faite sous les yeux de Bacon lui-même : Seftnones fidèles sive %nterim*a reium. On a remarqué que ce dernier titre rappelle ces mois célèbres : Cecy est un livre de bonne foy. « Ce sont, disait Vauteur, comme les lettres de Sénèque, des méditations détachées, fruits de mon verger cueillis avant d'être mûrs. » Car dès lors il nourrissait de plus grands projets. La politique, qui tient dans ce livre assez de place, y est traitée à la manière de Machiavel, et au point de vue de cette partie de la philosophie qui peut s'appeler la prudence. Le style, un peu travaillé dans son tour sententieux , a des qualités remarquables, et c'est un des ouvrages qui ont formé la langue anglaise. Il n'en est pas qu'on cite plus souvent, et si les auteurs sont, comme le veut Shaftesbury, des maîtres d'entendement, ou, comme

Page 1