‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 23 sur 112 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

bilieux, peut-être n'était-il pas insensible à Tattrait de la vraie grandeur; mais il manquait de sagesse et de patience. Il visait très-haut, mais la légèreté, Tos* tentation, le détournait de son but. Il se croyait sûr de la reine, ayant éprouvé plus d'une fois qu'en la rudoyant il la dominait. Tantôt il l'inquiétait, en se disant malade*, tantôt il lui portait ombrage en cherchant la faveur publique, en se rapprochant de l'op* position, ou la désespérait par le bruit de ses infidé** lités. Il assistait aux réunions puritaines de lady Russell, et donnait des soins à mistress Bridges, la plus belle des filles d'honneur '. Certain d'être aimé, il voulait se faire craindre. Cette conduite pouvait réussir pendant un temps, et, comme il avait dans le caractère quelque chose d'héroïque, i\ comptait la relever par une guerre nouvelle, et demandait encore une armée à mener en Espagne. La résistance qu'il rencontra aurait été peut-être invincible, si Walter Raleigh, qui avait passé pour son rival à la mort de Leicester, mais qui éprouvait plus que toute autre ambition celle de la gloire et des aventures, n'avait employé tous ses efforts à réconcilier Essex et Burleigh, et à faire résoudre une nouvelle expédition dans laquelle il devait, comme dans la première, commander une escadre ^. Essex eut le commandement sur terre

^ Elisabeth, fille d* Anthony Gooke , et par conséquent tante de Bacon, avait épousé lord John Russell, un fils du comte de Bedford. ( Voir sur elle et sur Mrs. Bridges, un ouvrage que nous avons souvent consulté, Memoirs of tke court of Elisabeth, par Lucy Aikin, t. II, ch. XXV.)

« Sydney Papers, lelt. de Wbile, de 1396 et «597, t. II, p. 24,37,42, 44,54, 55,

et sur mer. Mais des vents peu Ikyombles déconcertèrent tous les planSv et divisèrent la flotte (iS07). Raleigfa arriva le premier sur les Açores, et s'empara du Fayal , sans attendre son général en chef. Tout se réduisit à oet exploit inutile , et i la prise de trois riches bâtiments de la Havane, qui servirent â payer les frais de la guerre. Quand la reine revit les généraux et leur chef, elle leur fit un accueil glacé. Essex n'aperçut i son retour que des signes de disgrâce. Trop fier pour plier, il s'indigna, ou plutôt il bouda, et ne parut plus. On répandit le bruit qu'il était malade. La reine , touchée, consentit à une réconciliation solennelle , et, le 7 janvier 1598, elle M accorda, en présence du Conseil privé ^ le titre héréditaire de comte -ma* réchal. Bacon n'avait pas abandonné son bienfûteur^ ses avis n'avaient tendu qu'à mettre un terme à une rupture qui Talarouiit pour lui-même, et il se réjouit d'un retour de Civeur. Au mois de mars 1598, la cour croyait encore à la puissance du comte d'Ëssex. Mais son orgueil et son impétuosité ne lui permettaient pas de la conserver. Un jour, il eut, avec la reine, en présence de quelques-uns de ses serviteurs, une si vive dispute pour le choix d'un officier, qu'i^près quelques paroles emportées, il lui tourna le dos avec un rire dédaigneux. Elisabeth, furieuse, le prit par les oreilles, et s'écria : « Allez vous faire pendre. » Essex porta la nudn sur son épee en jurant que de Henri VIII lui-même il n'eOt pas souffert une pareille indignité, et il sortit du palais la rage dans le cœur, Qu*on juge de ria(|uié(tide do

GHAPITRC 11. - 1508. 4$

Bacon. Il trouvait d^à que la reine était pour lui d'une froideur alarmante, k Vous verrez, écrivait-il a un ami', que mon aflhire sera un appendice de celle de mylord d'Essex. » Il songeait à faire un voyage par précaution. Il suppliait le hautain favori de fléchir et de s'excuser. Il le pre$sait d'écrire à la reine, et lui rédigeait des projets de lettres. Enfin, on s'entremit de tant de côtés qu'une réconciliation fut ménagée. Essex exigea, pour y mettre le sceau, qu'on lui donnât le gouvernement de l'Irlande, alors en proie à une insurrection armée. La répugnance de la reine était extrême, et elle venait de perdre le vieux conseiller dont elle opposait habilement la haute expérience aux exigences d'un jeune téméraire. Lord Burleigh était mort dans la soixante-dix-huitième année de son âge, lé 4 août 1598. Bacon redoutait, pour Essex, la mission d'aller pacifier l'Irlande. Il essayait vainement de l'en dissuader. Dans son impatience d'agir et d'occuper de lui le monde , Essex emporta de haute lutte le commandement auquel il aspirait, a On ne fait rien de la reine, disait-il, que par autorité ou par nécessité. — Ces procédés-là, répondait Bacon, ressemblent aux eaux thermales, qui donnent un accès de force, et qui détruisent l'estomac. » Il comparait Essex à un médecin qui ne songe pas à guérir le malade, mais à le tenir en état de fai blesse, pour être sans cesse appelé. Ne pouvant le détourner d'une mission périlleuse, il voulut au moins l'aider à la mieux remplir, et lui adressa un mémoire

> Worlh , \. V, lell. 39, 42 et 43,

Âl VIE DE BACON.

sur les (liiBcuUés du gouvernement de l'Irlande '. Le comte d^Essex était plus propre à les braver qu'à les vaincre ; il partit (mars 1599).

* Works, t. V, letl. 48.

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