CHAPITRE III
entendu aucun contradicteur, proclamèrent que le gouvernement, dans Taffitire d'Irlande, avait rempli son devoir^ et Tordre fut donné aux officiers de justice de poursuivre tout écrit où le contraire serait soutenu (30 novembre 1599).
Cet ordre intéressait Bacon comme conseil de la Reine, et son absence avait été remarquée. Le public sait toujours un peu de la vérité, mais il l'exagère et Tenvenime. On accusa Bacon de n'avoir désapprouvé cette mesure, que parce qu'il conseillait des procédés plus rigoureux, et il eut i s'en justifier : nous avons plusieurs lettres où il prend Cecil lui-même à témoin de la réserve qu'il a gardée. U ne paraît pas s'être jamais aperçu qu'en voulant jouer à la fois le rôle du courtisan prudent et de l'utile ami, il tentait l'impossible et réaliserait l'odieux. La duplicité à bonne intention est dans les affaires publiques la perte des bommes faibles. Essex tomba sérieusement malade-, Elisabeth émue lui permit de retourner dans sa maison , en lui interdisant tout commerce avec quelques-uns de ses amis, tels que lord Southampton et Bacon, et en lui donnant pour gardien sir Richard Barkley '• Les ennemis du favori ne manquèrent pas de dire que la maladie était feinte, et comme ses amis continuaient d'exciter pour lui l'opinion, comme des ministres de l'Église avaient publique^ ment prié pour son rétablissement, la reine reprit tous ses ombrages. Elle le voulait soumis, désarmé, faible, prosterné à ses pieds, et peut-être l'eùt-elle
> Sydney Papers, lettre de White du 45 mars 1599 (ICOO), t. Il, p. 479.
H$ VIE DE BACOH.
relairé aidri |Mmf le placer plus haut que jamais. Baem s'obstinait i regpérer. Il se séparait ainsi de tout h parti du eamte d'Ëssex, sa plaignant des imprudraees d'un sèle qu'il blâmait surtout pour ne pas l'imiter. Cependant un Jour qu'Elisabeth était venue dlnep obex lui à Twickenham, il fit, malgré son peu de talent pour la poésie, un sonnet ofa il implorait sa plémenea, et il le lui remit quand elle le quitta. Il l'est YWté de l'avoir détournée jusqu'au bout de tonte poursuite en forme eontre ^ssex, et d'avoir enftourn «a disgrèoe on du moins sa défiance, en obtenant d'plln que le procès sa eonverttt en une enquête exr tra^judiaiiiire devant le garde du sceau, et une eomniisslon de membres du Conseil privé et des cours de justice. ToutefoiSt comme Tinoulpé devait être entendu et qu'il fallait une procédure quelque peu rér gulière, quoiqu'on n^en àài ni publier ni mettre par éitrit les détails, la présence des conseils de la couronne était nécessaire , et la question Ait agitée si Qacpn devait figurer parmi eux. Il apprit que la reine avmt paru Indécise. L4nquiétudeje prit, il soupçonna que ses ennemis lui tendaient un piège, et il s'empressa de lui écrire que si elle voulait le dispenser d'intervenir dans l'afihire, il le tiendrait pour faveur insigne I mais qu'il connaissait les divers degrés du devoir, et que son devoir envers elle était absolu. Et soit qu'il n'obtint aucune réponse, soit que la reine eût dit d'une maniée générale que tout le monde devait remplir sa t^che, il suivit Is dmyoir aifolu^ en disant d'ailleurs que la querelle étant ouverte, s'il n'épousait pas celle d'Elisabeth, il perdrait tout çré-