‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 26 sur 112 · CHAPITRE UI. — 4600. Kl · texte numérisé non relu

CHAPITRE UI. — 4600. Kl

dit auprès d'elle, et ae pourrait plus ôtre à mylord d'aucun service.

Le jeudi, 5 juin MOO, à York House, dix-huit eommissaires, parmi lesquels on distinguait Whitgift, ar* chevèque de Canterbury, Egerton, lord garde du sceau, le grand trésorier, lord Bucjdiurst et le secrétraire d'État Gecil, firent comparaître devant eux le comte d'Essex pour répondre aux charges que de^ valent produire contre lui le procureur général, Edouard Coke, le solliciteur général, Fleming, le sergent de la reine, Yelvertoi^, et le savant conseil Bacon. Essex fut, avec toutes les déclamations d'usage, accusé de manque de respect et de désobéissance. Bon plus grand méfait était d'avoir donné, contrairement aux ordres qu'il avait reçus, le commandement de sa cavalerie au comte de Southampton, dont la loyauté était suspecte à la reine ^ Bacon, lorsque ce fut son tour de prendre la parole (et il parla le dernier du côté de l'accusation), dit en débu-^ tant, qu'il espérait que tout le monde et le comte luimême reconnaissaient que ses obligations envers lui étaient mises en séquestre et comme à l'écart. Il exalta la bonté singulière de la reine pour n'avoir pas voulu d'une poursuite devant la €hambre étoilé^ ni d'une accusation de déloyauté qu'on aurait dû porter devant d'autres Juges. Il parut s'applaudir de n'avoir à dénoncer qu'une lettre irre^ectueuse pour la

* Ce persoDnage aimable et distingué , Thomas Wriothesly, né en 1573^ mort en 1624, parait avoir encouru la sévérité de la reine par une témérité qu'elle ne pardonnait pas. l\ s'était marié sans sa permission à Ëlisal)etfa Vernon (15ès).

royauté, rendue publique par d'imprudents amis. La tâche était ingrate, car il s'agissait de la lettre même qu'Essex avait adressée au lord keeper Egerton dans un premier moment. d'irritation, le jour où la reine l'avait si violemment outragé. Il fut ensuite question de quelques pamphlets séditieux qu'on l'accusait d'avoir encouragés. En discutant ces griefs. Bacon s'exprima d'ailleurs avec modération, quoiqu'il fût trouvé très-éloquent. Les juges étaient restés couverts. Essex avait été obligé d'entendre une partie des réquisitoires à genoux ou debout. I^ seule intercession de l'archevêque de Canterbury lui fit donner d'abord un coussin, puis de temps en temps un siège. Quand on lui permit de parler, il prit un ton de soumission, il loua la générosité de la reine et parut se recommander à sa bonté. Cependant dès qu'il fit mine de vouloir se justifier, Egerton l'arrêta et l'avertit qu'il pourrait se nuire. Un humble recours à la grâce de Sa Majesté devait être sa seule défense, et après avoir disserté sur les vertus de la reine et les merveilles de son gouvernement, le ministre prononça la sentence. C'était une simple censure de la conduite du comte, qui devait, en conséquence, perdre ses emplois et garder les arrêts dans sa maison tant qu'il plairait à Sa Majesté \

Ce jugement n'excédait que de très-peu ce que l'autorité royale aurait pu prononcer sans tout cet appareil. La détention mitigée qu'il prescrivait et qui

Ml y ft plusieurs relations de cette séance : la plus détaillée est de Morrlson. (Voyez dans la vie de Bacon par M. Montagu , la note 4 C, t. XVI, part. U.)

Page 1