‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 28 sur 112 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

faire représenter la tragédie de La vie el la mort de Richard 11^ et comme les acteurs trouvaient la pièce un peu vieillie, sir Gilly Merrick leur donna quarante schillings pour ajouter au produit de la recette '.

S'il s'agit de la pièce telle que nous la possédons, cette circonstance, qui fut relevée dans le procès des conspirateurs, dut aggraver leur situation . Car on voit dans cet ouvrage, Richard II, non-seulement détrôné par un complot et déposé dans Westminster, mais assassiné dans sa prison. Cependant la loyauté de Shakspeare y éclate en tirades pathétiques sur Tinviolabilité des souverains, et sa flexible impartialité y passe sans effort de l'intérêt de la conspiration i la cause de la royauté ^. Je ne sais si la tragédie manqua son effet, mais la tentative fut vaine. L'insurrection éclata au jour fixé, le samedi 8 février 1601 ; ce fut une crise d'un moment. La royauté en sortit aisément victorieuse, et le comte d'Essex, pris les armes à la main, fut traduit pour haute trahison devant la Chambre des pairs.

^ State trials, 43; Eliz.^t. I, p. 4415; Drake , Shakspeare and fUs limeSy chap. V, p. 356 de Téclition de Paris.

* €e motif, entre aatres, a fait douter qu'il s'agtt du Aichard fl de Shalcspeare. On pense qu*il existait un autre ouvrage sur le même sujet et intitulé ffenri IV. H est certain que, dans les deux premières éditions de l'ouvrage de Shakspeare, la scène de la déposition du roi ne figurait pas; mais on convient qu'elle faisait partie de la pièce originale. 11 est vrai que si celle-ci est de 1596 ou 1597, au plus tôt de 4593, on ne peut dire que ce fût une vieille pièce en 1601. Mais elle pouvait être usée pour avoir été beaucoup jouée. H y a sur cette curieuse anecdote de Thistoire du théâtre anglais plus d'un point douteux à éclaircir. (Voyez le Shakspeare de Collier, vol. iV, p. i05.)

m YIE l)B DACOFT.

Baeon n'était cru dans le dernier pML De bonne heure, dése^érmt de ramener Esses an sailg^froid et à la sagesse, il n'aVait songé qu'à saurai' sa barque du naufrage^ Il se seùt&it accusé parle publie d'atoir agi contre son bienfaiteur^ il voyait lui échapper pour jamais la confiante royale* Que derait penser une princesse implacable dont il avait voulu engourdir les ressentiments? Il résolut de tout sacrifier à sa sûretéi Au cômmedeement de Vannée, il avait demandé Une audience à la reine* Là, il lui exposa sa conduite et sa situation avec beaucoup d'émotion et d'éloquence, lui déclarant qu'avant de tomber sans retour, il avait voulu lui ouvrir sou C09ur. Perdu pour jamais^ il prierait pour elle. La reine fut touchée, ou elle le comprit, et elle lui dit avec bienveillance^ comme Notrd Seigneur i saint Paul i Graiia mea sufficié *. Alors, pénétré de reconnaissance, il essaya, ditril, de hasarder un mot touchant le comté d'Essex. Ne verbum qutdem , lui dlt^lle, en don« nant à son courroux comme i ses bontés le latin pour interprète. Il se le tint pour dit, et sortit résolu a ne plus se mêler d'une affaire où il ne pour* rait que se perdre sans fttlr^; auctm bien.

Jusque-là, ^a conduite est celle d*un cœur froid, mais non perfide. Il agit en bon schrviteur d'une mo* narchie presque absolues il se comporte en homuië prudent qui espère concilier tous ses devoirs et se soustraire à tous les périls* Heureux s'il fût demeuré inébranlable dans le projet dé rester ^ dehors de

» Il Cor. XU, 9,

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tout. On pourrait lui dontester l'indépendance, la reconnaissance, la fidélité, le courage ^ il liil resterait au moins de quoi faire un courtisaft sage , un fono« tiônnaire considéré. Mais le jour ôii le comte d'Essex fut extrait de la Tour de Londres pour comparaître dans Westminster Hall, il put voir auprès du sergent de la couronne, du procureur et du solliciteur gérté-» rai, debout à la barre de là Cour^ le conseil extraordi* naire de la reine, Francis Bacon , chargé de soutenir contre lui une accusation capitale. L'illustre arocat ne fit défaut à aucune des règles de l'emploi ; il ne r&* fusa à la cause aucune des déclamations nécessaires. L'accusé fut pathétiquement comparé à Gain, à Pisistrate, au duc de Guise^ et l'on dit que cette der* nière comparaison emporta la condamnation. Essex, qui ne se défendait que par les argnments dont Bacon l'avait jadis armé en écrivant pour lui, fit une claire allusion à ces anciens efR^rts d'un défenseur qui l'accusait aujourd'hui, u Si c'est le bon plaisir de vos seigneurie^, dit-41, je produirai M. Bacon pour mon témoin i --* Mylord, répondit l'ittgrat accusateur, il est vrai que j'ai dépensé plus d'heures auprès de vous qu'auprès d'aucun homme au monde pour faire de vous un fidèle sujet '. t*

Famk eut la tète tranchée dans Tintérieur de la Tour de Londres, le 36 février 1001. Il avait tretitequatre ans. C'était un grand seigneur, doué de tout

< n m*est impossible de blâmer Ëssex dans ce dialogue, conme le fait Tauteor d*iin artiole de la Revue t^Édinburg, nU d^ailleors touie cette affaire est parfaiteuml exposée» (NM 99, 1853.)

ce qui plaît à la multitude. On apercevait, dans la rigueur d'Elisabeth, je ne sais quelle vengeance qui ne venait ni de la justice, ni de la politique. Essex mourut populaire. Il parut nécessaire de justifier sa condamnation, et de publier une apologie du gouvernement. La reine, se voyant froidement reçue dans la Cité, tenait beaucoup à cette apologie ; elle fit choix de Bacon pour l'écrira, et Bacon récrivit. Dans une Déclaration des pratiques et trahisons tentées et accomplies par Robert^ comte (TEssex ' , il flétrit sa mémoire, après avoir sollicité judiciairement sa mort. Pouvait-il faire moins, en çfTet, sans être soupçonné d'un reste de sympathie et de commisération pour un criminel d'État? Nous avons encore cet indigne écrit, et Bacon, dans une défense qu'il composa sous le règne suivant, nous dit, avec le plus grand sangfroid, qu'en l'écrivant il a obéi à l'exprès commandement de la reine, et qu'elle lui a même reproché d'avoir appelé mylord d'Essex celui qu'il aurait dû nommer suivant elle Essex, ou le feu comte d'Essex. Il n'a pas voulu que la postérité ignorât cette dernière preuve d'une héroïque fidélité.

On a soutenu, à sa décharge, qu'aucune traitreuse intention ne l'avait conduit-, il n'eut jamais de colère contre un infortuné ^ seulement, il désespéra à temps de le sauver, et, le voyant perdu, il ne crut point ajouter à sa perte en se chargeant de la demander. C'était une tâche légale, un devoir de profession qu'il

* A Déclaration ofthe practices and treasons, etc., iD-4* imprimé à LoDdres par John Parker, en 1601. (Works, t. HI, p. 130.)

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