‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 29 sur 112 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

remplissait, et qui n'eût pas manqué d'être accompli par un autre, s'il Feût décliné. Le crime n'était pas douteux, le tribunal était régulier, la condamnation motivée. D'une grande reine telle qu'Elisabeth, la sévérité ne pouvait être de l'injustice. Puisqu'elle en avait jugé ainsi, la raison d'Etat exigeait une condamnation. Bacon s'était acquitté envers l'amitié par ses conseils et ses efforts. En les repoussant, Essex l'avait dégagé*, il perdait le droit d'entraîner dans son crime et dans sa chute celui qui avait tout fait pour le préserver de l'un et de l'autre. Libre envers une coupable imprudence, Bacon ne devait plus songer qu'à son propre salut, en remplissant les devoirs d'un loyal sujet. Essex en aurait-il moins péri, quand Bacon ne se serait pas montré bon serviteur de la reine?

On ferait mieux de dire tout simplement que si Bacon eût agi d'autre manière, il aurait perdu l'espoir d'être solliciteur général. Je dis l'espoir seule* ment, car ce n'est pas Elisabeth qui le^ nomma. Je crois vrai, d'ailleurs, tout ce qu'on allègue pour le défendre. U a sûrement pensé tout ce qu'on lui fait penser. Rarement les sentiments des hommes sont aussi mauvais que leurs mauvaises actions. C'est toujours avec un certain nombre de raisons passables que dans la sphère des cours et des gouvernements les sages du monde perdent leur àme au service de l'État. Dans presque toute bassesse politique, il entre du dévouement.

Le prix du dévouement de Bacon se fit cependant encore attendre. Elisabeth, chagrine et irritée, voyait

es VIE DE BACON.

peut-être ayee déplaisir rbomme qui Tavait servie dans un jour fiineste. Ses dernières années furent sombres. Sa vie, non sa puissance, déclinait^ son bonheur, non sa fortune, touchait au terme. 8a vieillesse ingrate ne fit point d'heureux ^ Au mois de mars 1603, elle laissa le trône en mourant i son neveu Jacques YI, roi d'Ecosse, et le règne de cette triste maison de Stuart commença.

1 c II y a trois Jours qa*ene fut tenue eomne morte, lyant demeuré «sse» longtemps laii perler n^^ ub« «i|<Mir froide, et quelque temps auparavant , elle avait dit de ne vouloir plqs vivre et soutiaiter la mort. Son chagrin et sa mélancolie ne se peuvent apaiser ni divertir, et continue de ne vouloir user d'euean remède. » lettre de l'ambnisaéeur fieaufnont w roi <ie fronce^ 24 mars IQ03, — «Tpus persistent en Topinion quM)s ont eue qu*eUe a voulu mourir, et qu'une secrète mélancolie prise en partie sur Tappréhension du mépris de son âge que son éourage ne pouvait supporter, partie sur \» r^tsentinuin^ d^ la port 4u comte d'^sseit... lui fit r^cçypir soudainepiept en çou âme un tel déplaisir de vivre, etc..» (Id, di| 8 avril, Mss. de la Bibliothèquo impériale.) Cette citation, ainsi que toutes celles de dépêches diplomatiques Inédites, ^t due aus reeiiercbes et il rQlilig^anqe (jp M. Griml)Iot,

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