‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 31 sur 112 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mandait en mariage Alice Barnham, Qlle d'un riche alderman de la Cité, il faisait observer que, tandis que le roi venait de décréter une si grande promotion de chevaliers, seul il n'avait point de titre parmi ceux de ses confrères de Gray*s Inn qui avaient passé par les mêmes degrés. Il représenta cette grave anomalie à son cousin Robert Cecil, qui était resté ministre avec le plus grand crédit, et son vœu fut bientôt exaucé.

Sir Francis Bacon, chevalier, marié, riche, devenu peu après, par la mort de son frère, propriétaire de Gorhambury et de tous les biens paternels, ne pouvait ni oublier ni effacer le souvenir, importun sous un nouveau règne, de funestes services rendus sous le précédent. Les amis du comte d*Essex étaient en faveur à la cour : là faveur populaire ne les avait jamais abandonnés. Bacon prétendait bien les avoir ménagés et secrètement servis ; mais le public n*en croyait rien. Le comte de Southampton, le généreux ami des lettres, le défenseur des intérêts populaires, esprit indépendant, mais remuant, destiné à de continuelles alternatives de crédit et de disgrâce ; John Davies, légiste irlandais, connu plus tard par des poèmes philosophiques, et que le roi devait élever à de hautes fonctions judiciaires, sortaient à peine de la prison où ils avaient été conduits à la suite d'Essex. Bacon se rapprochait d'eux avec affectation. Nous avons les lettres qu'il s'empressait de leur écrire. Il se vantait d'avoir sauvé la vie à six accusés. « Je puis, disait-il à Southampton avec naïveté, être aujourd'hui pour vous sûrement ce qu'auparavant j'étais vérila-

6Ô VIË DE hkCQS.

blement\)) Ëniin, pour essayer de désarmer ropwHMi) il adressa au comte de DevoBghire une apologie très^ étudiée, et qui , dans sa maladresae, o'a point protégé sa mémoire contre les justes rigueurs de la postérité^. En excusant le passé, il ne négligent pas de se faire valoir dans le présent. La succession au trône d'Elisabeth étant demeurée longtemps une ffoesr tion obscure , plusieurs prétendants avaient pu y aspirer, et, dans le nombre, on avait nommé lady ArabeUa Stuart, qui après Jaoques était, dans la ligne écossaise, la plus proche da û eouronne, et qui, née en Angleterre, pouvait se prévaloir d'un avantage exigé formellement par la loi féodald. Une «ons^ piratipn, ou plutAt une tentative da conspiration, avait été essayée pour die, et sir Walter Raleigh y était io^pliqué. Sa part dans oe complot très-* obscur est restée douteuse , et l'on ne put guère établir contre lui que le fait d'avoir été instruit des desseins de lord Cobbam, qui s'était concerté avec l'envoyé d'Espagne et des Pays^^Bas. Encore est-ce un seul témoignage à demi rétracté qui chargea sir Walter. Il n'en fut pas moins mis à la T<Hir de Londres, et traduit devant le jury pour haute trahi* son. Là il fut exposé à tous )es outrages que d'io-* dignes magistrats prodiguaient alors aux accusés hais du roi. Rien de plus odieux ni de plus inique que las

1 Works, t. V, lait. 68 et 7i.

> Charles BlouDt, vice-lieutenaot dMrlanc^ç depuis le leipp^ tf'Essex, sous le nom de lord Hountjoy, maintenant comte de Devonshiro. L'apologie, imprim<^e en iet)4 , se troare dans les (ouvres, t. U, p. MU

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procès de haute trahison sous le règne des Tudors et desStuarts. Raleigb, quoiqu'il etit accueilli Jacques I'' avec des Qatteries , lui était suspect par ses opinions religieuses. Un jésuite Tayait taxé d'athéisme. Il aimait les sciences, il cultivait la chimie, il était lié avec Thomas Harriot,^ un des premiers mathématiciens du temps. Ce fut comme une circonstance aggravante dans son procès, et au moment de lui prononcer sa sentence, le lord juge Popham eut le front de lui dire : a Avant de sortir de ce monde, ne vous laisses pas persuader par Harriot ou tel autre docteur pareil qu'il n'y a point d'éternité dans le ciel, de peur de trouver en enfer une éternité de tourments, n II fut en effet condamné à mort, et n'eut grflce de la vie qu'au pied de Téchafaud. On le reconduisit à la Tour, où il demeura environ treize ans, livré à des recherches scientifiques et à des travaux littéraires qui ont illustré sa mémoire. Dans cet odieux procès, dirigé au nom de la cour par Edouard Coke, qui montra sa violence ordinaire, Bacon figura près de lui comme conseil de la couronne. Heureusement le jaloux légiste ne lui laissa rien dire, et Bacon put s'excuser de sa mission par son silence.

Mais une autre occasion se présenta aussitôt de montrer à la cour sa valeur et ses sentiments. Le nouveau Parlement s'assembla le i9 mars 1604. Déjà, sous le précédent règne, on avait pu s'apercevoir que certains abus cesseraient d'être patiemment tolérés. LfCs monopoles concédés par autorité royale à des courtisans ou à leurs créatures s'étaient multi-

plies au point qu'un historien va jusqu'à dire que le seul commerce resté libre était celui du pain. Sous le dernier Parlement, Laurence Hyde avait proposé un bill pour les abolir. Bacon s'y était opposé, trouvant Ja mesure à la fois imprudente et ridicule. Cecil avait invoqué la maxime : La prérogative ne se discute pas. Mais un jeune membre, Hayward Townshend, ayant, dans un discours modeste, exprimé les plaintes de la Chambre, Bacon , en applaudissant à sa discrétion, avait dit qu'il fallait accepter la vérité ex ore infantium et laciantium. Cecil avait fini par condamner en principe tous les monopoles et \^ar donner a la Chambre Tassurance qu'on n'en accorderait plus. Amendait la Chambre, suivant l'usage du temps '. En 1604, les plaintes se renouvelèrent avec plus de vivacité. On réunit dans les mêmes réclamations avec les monopoles les purveyances ou fournitures arbitraires, requises, aux prix d'un tarif très-bas, pour le service de la maison du roi -, on offrit de les racheter moyennant S0,000 livres sterling. La session fut très-animée , et Bacon y joua un rôle actif. Élu par les bourgs de Saint- Albans et dlpswich, il avait opté pour le dernier. En parlant sur toutes les questions, en siégeant dans vingt-neuf comités, il parvint à regagner quelque popularité sans s'aliéner la bienveillance de la cour. C'est le meilleur moment de sa carrière parlementaire. Il fut chargé de présenter au

* C^est dans la même session que Bacon proposa un bill sur les poids et mesures, où Ton retrouve ses idées habituelles de réforme et d'uniformité. Lord Campbell donne un passage assez remarquable de son exposé de motifs, (Lives, t. Il, p. 3âo.)

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