‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 33 sur 112 · CHAPITRE IV. — i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — i

puis Tètre encore, s'il plaît à la reine. )> Cpke Taver- Ut alors de se mêler de ses affaires et non de celles de la reine, en lui faisant remarquer qu'il n'avait pas prêté serment, ce qui signifiait qu'il n'était point serviteur officiel de la couronne, a Serment ou non, c'est tout un pour un honnête homme, reprit Bacon ^ j'ai toujours considéré d'abord mon service, et moi ensuite , et je demande à Dieu que vous en fiassiez autant. » 11 fut si ému de cette scène, qu'il en dressa un récit authentique qui se lit dans ses œuvres. Ces étranges relations ne devinrent pas meilleures sous le nouveau règne. Mais Bacon, se sentant plus soutenu, prit le parti d'adresser à son ennemi une lettre où il se plaint vivement et lui demande, en termes exprès, de changer de manière *. Cette lettre assez singulière, qu'il désigne lui-même sous le nom S! expostulation^ n'est sur le ton ni de la menace, ni de la prière. Elle est écrite avec une franchise de langage qui n'est pas habituelle à l'auteur, quoiqu'on y sente toujours l'inférieur qui se plaint. On ne sait ce que Coke répondit ^ mais il fut peu après élevé au poste de premier juge de la Cour des Plaids communs, et Bacon reprit espérance. Il s'adressa à Robert Cecil, ou, pour le mieux désigner, au secrétaire d'État comte de Salisbury, croyant enfin toucher à ce poste de solliciteur général qu'on lui avait promis treize ans auparavant. Mais la promotion de Coke ne rendit point la place immédiatement vacante, et ce ne fut qu'après une année employée à supplier le

1 Works , t. \, lett. 85 ; t. IV, A ti-ue RemembraïKe, p. 46.

roi et le chaftcelier , que Fleming étant devenu premier Juge du Banc du roi, Bacon atteignit le but de ses infatigables vœux. Le ÎKjuin 4607, il mit Irréparablement le pied sur le sol dangereux des fonctions publiques.

n ne tarda pas à justifier le choix du roi. A la Chambre des communes, il devint un des meilleurs avocats du gouvernement (1608). Il prit en main la cause de Tunion des deux royaumes, la soutint avec habileté en comblant Jacques de flatterie, et n'échoua que devant la résistance du préjugé national. Dans les cours de justice, il effaça bientôt par son zèle et sa capacité le procureur général Hobart, qui n'était qu'un légiste timoré. Bacon ne craignait rien, quand il avait le pouvoir pour lui, et son esprit possédait toute la vigueur qui manquait à son caractère. Il sut toujours habilement plier la loi i la politique, sans rien perdre de son autorité comme jurisconsulte. Quoique beaucoup de gens répugnent à croire qu'un homme de génie puisse être un homme d'affaires, les travaux de Bacon comme solliciteur général et dans tous ses autres emplois, ses arguments , comme on appelle ses Conclusions motivées , sont encore fort estimés des gens du métier. Nous renvoyons les leo* teurs à des juges plus compétents. Nous noterons, en passant, d'autres travaux. C'est l'époque (1607) où il termina l'ouvrage intitulé : Cogitata et Visa de inier^ preiatiûni naturtB^^ qui contient une suite de vues sur le but des sciences et les moyens de les mettre

» yyorkSf X. IX, p. 163; BonUlet, t. Il, p. !R>5.

CHAmUB IT.*-I609. 7i

dam la voie de rinTQiitiôn téritable. En d'autres tenneB^ c'est une ébaache du premier liire 'du Nù* vum Organum, Il ne rimprima paa^ mais il l'en*- Yoya à réyèque d'Ely, Laneelot Andrews^ comme un prélude à un pluâ grand ouvrage*) àToby Matthew, ûls de rarcheréque d'York et théologien catholique, dont il goûtait le savoir et les conseils, et enfin à sif Thomas Bodley^ dont le nom est cher encore à tous les amis des lettres \ On voit^ par leurs réponses, que la hardiesse de ses réformes intellectuelles in^ quiétait leur prudence et leur scolastique. Mais en ce genre il ne se laissait pas intimider, et, en 1609, il publia son traité sur la sagesse des anciens, interpré'^ tation philosophique de la mythologie , ceuvre ingénieuse sans dotite et d'une subtilité brillante , mais où Tesprit se joue du bon sens et de la vraisemblance pour établir de douteuses vérités **

Il y avait alors un an qu'à la mort du comte de Dorset, Salisbury avait obtenu le titre de grand trésorier. Egal à son père en pouvoir, supérieur encore en lumières, il possédait la confiance du pays, et tant qu'il vécut, il prêta au gouvernement une considéra-*» tion politique que Jacques était si propre à lui faire perdre* Les principes sur lesquels s'était formée la mémorable alliance de Henri lY et d'Elisabeth ne furent point abandonnés*, mais Henri lY mourut bientôt, et Gecil ne lui survécut guère que deux an-* nées (mat 1612). Lord Hov^ard de Walden, qui lut

« Works, l. V, lelt. 96, l»7, 98, 99; t. IX, p. 193; Boaillet, t. Il, p. 391.

*mS(ipientiû tettmm, |n-S,LDttd.,1609; Boail!et,t. Hf, (>.383.

succéda, n'était pas pour le faire oublier. Cest sous son administration que la place de preniier juge du Banc du roi étant devenue vacante, Bacon parvint à y faire transférer Edouard Coke. C'était un commencement de vengeance qu'il tirait de son vieil ennemi; car si le titre de premier juge du Banc du roi était plus élevé, celui de premier juge des Plaids communs était plus lucratif. Dans un mémoire écrit, Bacon représenta au roi la résistance que sa volonté avait souvent rencontrée dans les principes ou le caractère d'Edouard Coke, homme insociable par nature, disait-il, et populaire par habitude. Le changement qu'il conseillait serait, à l'égard de ce dernier, une mesure de discipline, et, pour toutes les cours, un encouragement à la complaisance. Ces raisons ne pouvaient manquer de toucher Jacques I". Coke fut contraint de se laisser reléguer dans un nouveau poste, et, peu après, ayant rencontré Bacon : « Monsieur, lui dit-il, ceci est de votre fait. C'est vous qui m'avez porté ce coup. — Ah ! mylord, répondit Bacon, votre seigneurie a tant gagné en largeur dans ces derniers temps, que vous aviez besoin de gagner en hauteur -, autrement vous seriez devenu un monstre . » Flatteur intelligent des prétentions royales, il avait eu soin de faire sentir à Jacques que les Plaids communs conviendraient parfaitement au procureur général, qui était un homme timide et scrupuleux , et que le solliciteur général, d'un tempérament plus vif et qui cUlail plus rondement en besogne^ ^

> Goit^ more roundly to work^ t. VI, lett. au roi, et Reasont

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