‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 34 sur 112 · CHAPITRE IV. — i«15. n · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — i«15. n

le remplacerait avec toutes sortes d'avantages pour k prérogative royale. Aussi le remplaça-t-il (27 octobre 1613), et son zèle ne tarda pas à tenir toutes ses promesses.

Non content d'appuyer les volontés de la cour dans la Chambre des communes, Bacon épousa toutes ses mauvaises causes et les porta hardiment devant la justice. Grâce à ses soins , Olivier Saint-John, eelui qui devait être un jour l'avocat de Hampden, puis solliciteur général et premier juge des Plaids communs sous Cromwell, fut condamné, par la Chambre étoilée, i l'amende et à la prison, pour avoir contesté au roi, dans une lettre imprimée au maire de Marlborough, le droit de lever, sous le nom de benevolences^ des contributions dites volontaires, dont le refus était tenu pour acte de déloyauté. Grâce à ses soins, et malgré la résistance d'Edouard Coke^ Peacbam, un vieil ecclésiastique inculpé poiu* un sermon trouvé chez lui et qu'il n'avait jamais prononcé, succomba devant la Cour du Banc du roi, et finit ses jours en prison ^ Bacon l'avait fait mettre â la question sous ses yeux, dans la Tour de Londres. L'éloquence et la dextérité, la chicane et la torture, étaient les instruments qu'il mettait au service des odieux préjugés de Jacques I*', Gloria in obsequio, c'est tout ce que je puis offrir â Votre Majesté, écrivait-il au roi en lui demandant la place du chancelier dangereusement malade , et il ne rougissait pas à la seule pensée

whffUihould beexceeditigly mueh for hismqjesty'i service, etc., p. 70el71.

» Works,i. V, lelt. m, 114, 118, 119; l. VI, p. 78.

7g VIE ÙB hkcm.

d'emprunter ainsi les paroles d'un ami da SAJan forcé de se justifier devant Tibère ^

Les émoluments attachés à l'office d*attorney général s'élevaient à six mille livres sterling par an; il en gagnait seize cents comme titulaire du greffe de la Chambre étoilée. Presque tout cet énorme revenu se composait de rétributions analogues à ce qu'en France on nommait des èpices. Ajoutez que ces fonctions ne lui interdisaient pas la plaidoirie des affaires privées, et il continua d'y donner ses soins, jusqu'au moment où le rétablissement de lord Elles* mère lui ayant fermé Taecès de la chancellerie, il prêta serment comme membre du Conseil privé (juin 1616). C'était alors, à quelques égards, le conseil des ministres.

Bacon pénétra donc de plus en plus dans le gouvernement, et trouva de nouvelles occasions de se Caire reconnaître du roi pour le plus utile et le plus flexible des serviteurs. Ûanf une affaire mystérieuse et sinistre^ dont les historiens s'occupent encore, il parvint à rendra un service moins reprochable et do ceux que les princes n'oublient pas. Robert Carr, d'abord vicomte de Rocbester, puis comte de Somerset, avait été longtemps, par des motifs qu'on n'ose approfondir, le favori du roi, qui s'était plu à lui amrendre le latin. Son crédit déclinait déjà, lorsqu'une accAisi^n d'empoisonnement l'amena devant la Chambre des lords. Il avmit enlevé lady Franoes

* TjbJt tmmu mrmmmjudkimi^BiiéUdêMtmêèéê 9hêêf mH ^e» ria relicta est. — Tacite, Ann., VI, 8; Works, t. V, leU. IS7, cf. lett. H3, i«5, 126,128.

Howard à ion premier mari, U fils du malhaoveux comte d'Essex, et, par un diyoree scandaleuseiiient obtenu, il en avait fkii sa femme. Sir Thomas Ovw* bury, confident de tous deux , leur étant devenu importun, ils avaient réussi à le Csire mettre en prison. La, après une longue détention , le poison les en délivra secrètement. La découverte du crime se fit attendre^ elle tarda autant que dura la faveur de Somerset. Mais dès qu'un autre favori se fut montré sur rhorizon,les soupçons s'élevèrent et la justice s'émut. Dans cette étrange affiure, le crime avait été à chaque pas facilité ou protégé par la puissance que donne la feveur royale. L'accusation demandait donc à être soutenue avec adresse. L'attomey général, chargé de la poursuivre, sut eoacilier des devoirs op« posés et atteindre les coupables, sans les pousser auv extrémités que le roi pouvait craindre ^ On doit croire que l'habileté de Bacon coûta bien quelque chose à Ia stricte justice, et que la vie du principal accusé fut épargnée pour acheter son silence , tandis que les agents secondaires du crime furent sacrifiés. Somerset avait eu tous les secrets du prince ) sa femme était fille du lord trésorier. Tous deux res^ tèrent quelques années à la Tour, puis allèrent vivra à la campagne avec une pension de quatre raille livres sterling, et, par Tordre du roi, les armoiries d*un condamné pour félonie n'en restèrent pas moins suspendues dans la chapelle de Windsor.

« Works, t. V, letl. iZA, 136, 437, 158, 139, 440; t. VI, p. 94, 96, 104.

Bacon était maintenant assez puissant pour se venger de sir Edouard Coke. Le grand légiste se faisait haïr par ses qualités autant que par ses défauts. Insolent et gauche, indépendant et sévère, en maintenant, autant par orgueil que par conscience , Tautonte de sa charge et celle de la loi *, en contrariant, par ses arrêts, quelques-unes des honteuses transactions qui enrichissaient les courtisans , il était devenu populaire. Cependant sa dernière promotion, diminuant sa fortune, avait augmenté son importance. Il s'intitulait fièrement premier juge, non du Banc du roi, mais dû royaume ^ et, malgré les efforts de son adroit rival pour le rendre suspect au roi, il demeurait un candidat indiqué pour le poste de chancelier, que la santé déclinante d'Ellesmere allait rendre bientôt disponible. Bacon répétait bien au roi de vive voix et par écrit, tantôt que faire Coke chancelier c'était mettre un caractère dominateur dans un poste de domination, tantôt qu'il vaudrait mieux tirer parti de son talent pour les finances en le plaçant à la trésorerie, tantôt enfin que les hommes populaires tCè* taxent pas de sûres montures pour la selle de Sa Majesté '. Il dénonçait à propos tous les cas où, par ses décisions. Coke avait pu amoindrir ou entraver l'arbitraire royal, et il parvenait même à le faire tancer à White Hall par le roi en personne et devant tous les juges réunis. C'est dans cette occasion que le fier magistrat, rendu plus inflexible par la lutte même, au milieu de ses collègues, qui promettaient

i Works, t. V, lelt. 135.

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