‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 36 sur 112 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Bacon ministre. -> Gouvernement de Jacques l^. — Rapports de Bacon avec Buckingham. — Il est nommé pair et chancelier. — Procès de Raleigh ; procès de Yelverton. — Publication du Nofown OrçMwm. — Nouveau titre et grandeur de Bacon.

(( Il y a des hommes, anges ailés par la science, par les passions, serpents qui rampent sur la terre. » Nous ne pouvons, après un grand écrivain, nous défendre du souvenir de cette phrase de Bacon , en considérant comme ministre Tauteur du Novum Organum '. Le cabinet dont il faisait partie a peu d'éclat historique. Salisbury, en mourant, avait laissé à Thomas Howard, comte de Suffolk, le rang de premier ministre, sous le titre de grand trésorier, poste analogue à celui qu'occupe aujourd'hui le premier lord de la trésorerie. Suffolk était un homme médiocre et faible, dominé par une femme impérieuse dont la rapacité le perdit. Des deux secrétaires d'État, l'un, sir Ralph Winwood, ne manquait pas de capacité, connaissait l'Europe et se montrait attaché

I De Dignit. et Augm. scient,, \. V, c. I ; Macaaiay, Estays, t. m, p. 55.

à sa religion et à la bonne politique \ l'autre, sir Thomas Lake, prouva, dans une triste épreuve, de l'indépendance et de rhonneur ^. Mais tous deux n'avaient qu'un an ou deux à rester ministres. Herbert, Naunton, Calvert, Conway qui leur succédèrent rapidement, ne jouèrent qu'un rôle assez obscur. D'ailleurs l'influence prépondérante était aux mains de Buckingham, qui se passa bientôt la fantaisie de joindre à ses charges de cour celle de lord grand amiral. Il semblait ne convoiter le pouvoir que pour augmetiter, par toutes les voies, son faste insolent. C'était le favori dans tout le mauvais sens du mot, un de ces hommes qui font du gouvernement leur moyen et non leur but, et qui semblent mis au monde pour décrier et perdre les monarchies. On le vit bien quand régna Charles I". Sous Jacques, il n'eut que sa large part des fautes impunies d'un cabinet médiocre, que maîtrisait un prince exigeant et faible, inique au besoin, plein de prétentions et de petitesses, jaloux d'une autorité qu'il employait mal, bigote absolu, pédant, et pour qui les mots de gloire et de liberté n'avaient aucun sens. Son chancelier s'élevait de toute la tète au-dessus du royal entourage \ mais il ne semblait oocupé que de ramener ses facultés au niveau de son caractère. Toujours le front incliné devant l'autorité suprême, il ne savait que la servir avec une adressée empreasée dans le sens de ses

i Voyez rbietoire du procès de sa femme et de sa fllle, dans les Mémokrei (h la eaur de /acques /*% par Lucy Aiklo, t. Il, cbap. XVIII, et dans les lettres de Bacon, Worhs^ t. Y, lett. 32<ti eu.yi,p. S39etsuiY.

CHAHTM ▼«^Mi7. tT

préjiifés, de tei fidUeiees m ée «ef fviioM. Pu une page de l'histoire n'atteste que BâeoB minigfre lit honoré uae de tes jaumies par •■ BoUeeoBseil, par mie digae rénstaoee, par um géoàneuse ini- (iaUve.

Moug ne le rendront pat retpontable de la poUtkpie extérieure de Jacques P^ A cette époque, l'unité du cabinet et sa communauté d'action n'étaient étaUîes ni en principe, ni en fait. La diplomatie et la guerre étaient réservées au roi ou i quelques oon- •eiUers plutôt confidents que rainisires, et le chance* lier n'était eoosullé en cet matsèret qu'autant qu'il savait ae rendre incM^pentaUe. Bacon a toujours paru altadié aux principes de la politique d'Ëlisafaeth ; niais, avec son andbition un peu subalterne, sa capactté nn peu spéciale, plus toudié des avantages du pouvoir que curieux d'en accroître la respontabilité, occupé incetsamnent de la direction de toutes les aifiûres compliquées qu'un gouvernement délègue ou renvoie à la ju^iee, il a pu s'abatenir par prudence et n'être pour rien dans les tergiversations, les varia» tîons et les fautes qui aasenèrent par toute l'Europe la décadsnee du nom anglais et de l'intarét protêt* tant Quittse années se passèrent , en eâet , pendant lesquelles l'Europe dut s'apercevob du vide knmense ^m laissent après eni des aacnrerains comne Elisabeth et Henri IV, et la cause de k bonne politique put paraître i jauMus désespérée. Mais en France, Ricbebeu la releva, et Henri I¥ pot Mre moins re» gretté. Le fils de Marie Stuart ne fit en aucun temps à settuîeis l'iUufiM de la grandeiir, et c'est le destin

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de cette dynastie que l'Angleterre ne lui dut pas un jour de gloire.

Bacon, du moins, montra-t-il dans les affaires du dedans cette capacité supérieure dont les effets peuvent racheter le temps perdu par un homme de génie fourvoyé dans le gouvernement? On cite quelques parties de la législation anglaise si confuse et si compliquée, dont il a projeté la réforme ou Taméhoration-, le plan d'un code pénal qu'il eût voulu faire succéder à cet amas de statuts et de précédents de tous les âges ; quelques affaires contentieuses savamment éclaircies ou habilement conduites \ Son esprit fertile en projets, épris des généralités, méditait en toutes choses des refontes, des révisions, des réorganisations méthodiques. Il devançait, en tout comme en philosophie, l'idée moderne de la codification. Mais il lui manqua toujours ce qu'il faut pour oser les réformes après les avoir conçues : partout, et s'il est permis de le dire, même en philosophie, il lui manqua cette forte logique et cette résolution d'esprit , cette hardiesse efficace et féconde qui réalise les idées et applique les systèmes. Comme ministre, occupé de maintenir sa position, de se ménager près du roi, de conserver ses appuis 9 plus avide de grandeur que de pouvoir, il était peu propre à rien faire de décisif et de durable. On sait seulement, par les mémoires et les documents contemporains, on sait, par sa correspondance même, avec quelle complaisance le plus illustre des chanceliers d'Angleterre sut

< Voyez, dans ses Œuvrai les tomes lU, IV et VI, pauim.

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