‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 38 sur 112 · CHAPITRE V. — 1618. 9S · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — 1618. 9S

d'une ville romaine du Hertford , d*où celle de Saint- Albans tire son origine, et qu'il voulut reconstruire sur le plan de ses antiques ruines ' .

Quelques mois après, sir Walter Raleigh débarquait à Plymouth ; il revenait d'une expédition sur les côtes de l'Amérique du Sud. Toute sa vie il avait, suivant une croyance encore fort répandue, rêvé l'existence dans ces parages d'une région dorée ^ comme on disait, ElDoradoj ou du moins de mines riches en métaux précieux. Tenté par cette proie, le roi, que pressait le besoin d'argent, avait, par les conseils du secrétaire d'État Winwood, tiré Raleigh de sa prison^, et, sans lui octroyer de lettres de grâce, il l'avait investi du commandement militaire d'une escadre, lui laissant le soin de la former à ses firais et de la conduire à la recherche des mines d'or à la Guyane ou sur les bords de l'Orénoque (1617).

L'expédition n'avait point réussi ; mais il parait que la simple tentative avait entraîné les Anglais et leur aventureux commandant à quelques hostilités

^ Le nom de la fille romaine disparut par la fondation d*ane célèbre abbaye en Thonnenr de saint Alban, sons le règne d'OfTa, roi des Merciens. Venilam Honse fût b&ti par Dobson, architecte de Bacon, à nn demi-mille de la ville. Même en Angleterre, on appelle encore quelquefois le chancelier lord Bacon; mais cela n'est pas plus régulier que si Ton donnait à lord Cbatbam le nom de lord Pitt. Bacon s*est appelé successivement Bacon^ sir Francis, lord Verulam, lord Saint-Alban.

* On aiait eu de bonne heure cette pensée, que Ton mit plusieurs années k réaliser ; car foici ce qu'on lit, dès i6ii, dans la correspondance de Tenfoyé de France :

c Je crois vous devoir donner avis d'une chose qui se passe ici qui est de conséquence, c'est qu'il y a un seigneur prison-

H VIE DE ftAtlON.

coatrfi les Espagnols poatés aur eeUe eôtoi et le petit fort de Saint^ThcHMs q«'ils eeeupaieBt «vait été brûlé. Le roi d'Angleterre était idort ea paix anet VEspagne et songeait à marier^ avee une infuite, Charles, prinee de Galles. Sur la plainte de Vambassadeur Gondomar, il ordonna d'arrêter Raleigh à soa arrivée et de lui foire son procès. La sentence de mort, rendue quatorze ou quinze ans auparai^ant contre lui pour haute trahison, n'avait point été exé* eutée ) mais plus de douze MMiées de prison senw blaient une peine suffisante, et le prinee l'avait jugée telle, en lui rendant la liberté et en kû eonfiéraat peu après l'autorité d'un amiral. Les juges, consultés par le chancelier, pensèrent qœ la première eoadanma^ tion, n'ayant pas été anéwtie par des lettres d'aboU^ tion, subsistait, et que si elle ne permettait pas de lui intenter un nouveau procès pour un détit moiodre, elle demeurait toujours exécutoire suivant sa forme et teneur. Ce fut aussi l'avis de lord Baeon V c^t en

nier dans la Tour, il y a deux ou trois ans, qui est un trèS' habile homme et des plus grands capiUla«t de mê» de «e tkèole, nommé Raleigh, qui a toujourt fait U gaerr* cruelle mii Espe-^ gnols. Essayant de moyenner sa liberté, fl a lait un diseeors secret de Tutilité de la guerre contre TEspegne. Ce rtince t voulu voir et a goûté, à ce que Ton m'a dit, ee traité, eii les raisons sont vivement touchées de Putiliié de cette gverre, Oa parle de le mettre en liberté, lui armer des vaisseau», et ta! donner des gens de guerre pour aller en un lieu des kMlee où i( sait une mine d'or, dont il a fait les preuves par oiMlque essai quMl en a fait apporter, fis ont besoin ici d'une rencontre comne cela, car l'argent y est fort rare. • (Dépêche maauecrite deSpi^ famé de Buysseaux à Villeroi, du 26 avril 1611.) « Works, t. IV, p. 204, 210.

CHAMTBB V.^ia^. M

vertu d'un arrôt, vieux de près de sene ans, sir Walter Raleigh, an mois d'octobre 1618, eut ta tète tranchée. C'est un des actes les phis odretix d'o« odieux règne. Guerrier, navigateur, colonisateur, savant, historien, poète, politique et courtisan, Ra* leigh est un des personnages les plus extraordinaires de ce temps. Ses fortunes diverses, ses découvertes, ses exploits, ses écrits, ses foutes, des traits héroïques, d'indigne» intrigues, une vie d'aventurier, une mort admirable, répandent l'intérêt le plus varié sur rhi#> toire de cet homme remarquable, qui fut bassement sacrifié par son roi i la jalousie de l'Espagne, ^ par Bacon à la lâcheté de son roi. Raleigh n'appartenaitil pas d'ailleurs à cette élite intellectuelle qui illustrait l'émancipation du seizième siède,' et Bacon pouvait-il ignorerqu'il laissait immoler undes artisans de la grande restauration des scieiiees et des esprits ? Deux condamnations, justes peut-être, inais que l'esprit de justice ne dicta pas, signalèrent emuite le pouvoir de Buckingbam et la complaisance du chancelier. Le lord trésorier comte de Sviblk, traduit, avec sa femme, pour avoir trafiqué des deniers publics, devant la Chambre étoilée , alors présidée par Edouard Coke, fut condamné à l'amende et à la prison. Buckingham fit réduire la peine moyennaiit sept mille livres sterling, et vendît au prix de vingt mille la trésorerie avec le titre de chancelier de l'Échiquier et la pairie, au premier joge d« Baac dm roi, sir Henri Montagne, qui devint successivement baron Kimbolton, vicomte Mandevil, comte de Man* chester (14 décembre i 620).

Le second procès fut celui du procureur général, sir Henri Yelverton, que la Chambre étoilce , sous la présidence de Bacon lui-même, eut à juger pour avoir inséré dans une charte octroyée à la Cité de Londres des clauses contraires, disait-on , a la volonté et à rhonneur du roi. Lord Yerulam se plaignit pathétiquement d'avoir à se montrer si rigoureux envers un ancien ami, un confrère de Gray's Inn, un collègue plein de mérite, avec lequel il avait servi longtemps. Yelverton n*en fut pas moins condamné à la prison et à quatre mille livres d'amende. « Je suis à demi mort d'avoir siégé près de huit heures, écrivait Bacon à Buckingham en lui rendant compte de l'affaire. Je laisse à d'autres le soin de dire comment j'ai manié la cour. Mais les choses se sont passées au grand honneur de Sa Majesté '. » Le criminel d'Etat, en recevant la place d'attorney général, avait donné quatre mille livres au roi, sans en rien réserver pour le favori -, il avait légèrement parlé du chancelier, et protesté contre quelques patentes de concessions irrégulières. Cela explique sa condamnation^

1 Works, t. VI, p. 258-360. Ces paroles sont extraites dune lettre de Bacon da H novembre i620. Le procès traîna cepen* dant plus longtemps. YeWerton était appuyé par le public contre la cour, et le Parlement, qui se réunit bientôt, parut s*întéresser k lui. Il fut au moment d*étre sauvé ; mais Buckingham le menaça en secret, l'intimida, le força à rétracter des propos tenus sur certains abus dénoncés au Parlement , et parvint à le faire condamner ensuite pour calomnie envers le roi et lui. Tout cela est bien expliqué dans les dépêches de M. de Tillières, envoyé de France, dép. du 99 mai i62i; Bibliotb. imp., Mss. fond. Saint-Germain, n*" 767.

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