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phie serait une partie importante de l'histoire de la société.
II fallait bien commencer par le chancelier Bacon, et une moitié de louvrage que je publie aurait servi de début au livre dont je me permets d'indiquer l'idée, le reconnaissant trop considérable pour les forces et le temps qui me restent. Seulement, en me décidant à changer ce travail en une monographie de Bacon, j'ai dû la développer, la compléter, et y ajouter une esquisse de l'histoire de ses doctrines depuis sa mort jusqu'à nos jours. Toute cette partie de l'ouvrage aurait été fondue dans la suite d'une histoire générale. Les interprètes, les continuateurs et les adversaires du baconisme ne s'y seraient montrés qu'à leurs dates ; ils paraissent ici séparés de tout le reste; le mou- .vement général de la pensée et de la science n'a pu être reproduit tout entier, et cet ouvrage ne saurait être regardé que comme un très- imparfait spécimen de celui que je méditais. On voudra bien ne chercher ici qu'un travail sur la vie, les écrits, la doctrine et l'influence de Bacon. J'ose espérer que l'analyse de sa philosophie aura , dans la pâleur d'une traduction sommaire, conservé quel- . ques-unes des nuances de l'original , et comme un fîuble reflet du talent qui a tant servi à ce grand
écrivain pour se placer au rang des grand» pbilo^ sophes
Bacon s'est tellement attaché à s'iaolar, il a tanu ^i peu compte de ses prédécesseurs qu'il était moin» nécessaire de préparer son histoire par celle des philosophes anglais venus avant lui. U auffiiait d mdiquer le petit nombre de ceux wmquels il a pu emprunter quelque chose. Ce n'est pas qu'un retour sur les siècles de la scolastique, dans la Grande-Bretagne , eût été dépourvu d'intérêt et d'instruction. Ces fies fameuses ont produit plus d'un nom célèbre dans cette partie des annales de l'esprit humain. Dès le septième siècle, le père de l'histoire nationale, Bède le Vénérable, semble, par la diversité de son savoir et par sa connaissance de la philosophie ', supérieur à tout ce qui s*efforce d'écrire et de penser au début du moyen
* n faut cependant un peu rabattre de la part d'érudition philosophique qu'on lui a longtemps attribuée. Sur la foi d'un recueil de sentences d'Aristote et d'autres anciens inséré communément dans ses œuvres, on le jugeait plus instruit au septième siècle que ne Tétaient les savants du douzième. Mais cet ouvrage, sur lequel nous avions tous, y compris Jourdain lui-même, bftti nos hypothèses, ne peut être, comme nousl-a appris M. Renan, antérieur au temps d'Averroès : nouvelle preuve du peu de confiance que méritent les anciennes éditions de nombre d'écrivains du moyen âge. (Averroès et I^Avtr* rotêw^, par E. Renan ^ p« 174.)
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â|;e. Àleuin k suit de près, mais il est remarquable que ce confident de Charlemagne , appelé jeuua moora h la cour de ce priuce, a exercé sur le continent, ainsi que plusieurs de ses compatriotes, sa plus grande influence. Aleuin, Jean Scot Érigent, Jean de Salisbury, Alexandre de Haies, Roger ]Bacon, Richard de Middleton, Duns Scot, Walter Rupleigh, Guillaume Occam, auquel la justice prescrit de joindre Thomas Rradwardine, ne doivent certes pas être placés à un rang obscur dans les fastes de la scolastique. Mais les plus renommés d'entre eux ont réformé ou dominé surtout des écoles gauloises ou germaniques, et cette science h laquelle, dès le neuvième siècle, on donnait pour berceau TËcosse sous le nom vague alors d'Hiberuie, n'a point porté sur le sol natal ses fruits les plus éclatants. La pré** sence de Lanfranc et d'Anselme, ces deux Méridionaux, qui vinrent mourir sur le rivage de l'Angleterre, n'a pas compensé pour elle ce que lui a fait perdre l'expatriation d' Aleuin, d'Érigène, d'Alexandre de Haies et As quelques autres, et il serait difficile de montrer dans les écoles britanniques une trace continue du platonisme original du grand archevêque de Cantorbéry. En général, malgré de grands talents individuels, la philosophie, pour le foud, ne s'est pas en Angleterre
tiii PREFACE.
notablement distinguée de la scolastique jusqu'au seizième siècle.
L^opinion commune sur la scolastique peut être incomplète, elle n'est pas fausse. C'était éminemment un péripatétisme, mais un péripatétisme compris, interprété, traduit d'une manière particulière, et dans lequel les défauts de la doctrine primitive étaient plus souvent exagérés que corrigés. Lors donc que Bacon, chez les Anglais, et, chez nous. Descartes, ont pris Aristote pour adversaire, ils n'ont pas été tout à fait injustes. Sans contredit, la logique, après s'être emparée des esprits avec cette puissance absolue de transformation intellectuelle qu'exerce toute science exacte exclusivement étudiée, a par la suite communiqué quelque chose de son empire à la physique et à la métaphysique du même maître. Ainsi le monde intellectuel est devenu la conquête du précepteur d'Alexandre. Il ne faut pas croire cependant que cette vaste autorité n'ait point rencontré de résistance, ni soulevé de révolte. Jamais la souifiission ne fut universelle. L'indépendance ne fut jamais sans asile. En tout temps , il y eut de libres esprits dont les uns ne consentirent pas à regarder la logique comme la science de toute réalité, dont les autres, en acceptant, en admirant la logique, refusèrent la même
adhésion au reste du péripatétisme. Or ce sont là, contre lascolastique et son autorité, les deux accusations fondamentales par lesquelles Tesprit moderne commença cette protestation qui dure encore. D serait facile de montrer, dès le douzième siècle, dans le disciple d'Âb'lard, Jean de Salisbury, une très-pénétrante conception des born^ de la logique et de son impuissance aussitôt qu'on l'abandonne à elle-même, c'est-à-dire apparemment dès qu'on cherche la vérité ailleurs que dans les choses '.Également, Roger Bacon, à qui des découvertes au moins entrevues en mécanique et en physique ont fait une renommée qui ne peut être mensongère, a opposé tous ses instincts d'observateur aux préjugés des purs dialecticiens, et il n'a pas tenu à lui que la réforme des sciences ne fût avancée de deux siècles.
Mais des protestations isolées ne pouvaient prévaloir contre l'aristotélisme enseigné dès 850, dit-on, dans l'école d'Oxford, et que l'on trouve, en 11 09, installé à Cambridge par des moines de Growland. Telle fut l'influence exercée par cette forte doctrine, qu'elle imposait ses formes et ses termes à ses ad-
t Voyez notamment le passage cité par Dugald Stewart, PhiL de VEsp. kum.y part, H^ cbap. 111, sect. ii.
veraftîres rnémes» «t qu aile dominait jusqiie dans laB qpptfovorses qui déchiraient «m wjn, jm débite qui agitèrent k seolaatique eontribu^rMt à prolonger sa durée, en occupant, en al)8or})ant les Mqprits de toutes aortes, mxx, qui tendaient à lunité comme otuii qui inclinaient à la dissidence. La tra<-. dition comme lexamen, la soumission comn^ la fésistancoi Tagression comme la défense trouvèrent k se déployer dans le champ de la même dialac* tique, et les docteurs les plus hardis, les plus dispur teurs, fie rendirent pa/3 toujours grand service i l^indépendanoe de Tesprit humain. La liberté de raisonner donna souvent le change sur la liberté de penser. Aussi étalent-ce de pures querelles de scolastiques, celles qui signalèrent les derniers jours de l'activité philosophique du moyen âge. Les opposants que dans les universités anglaises ren-^ contra saint Thomas d'Aquin , attaquaient en lui le commentateur plutôt que le disciple d'Aristote, et remploi qu'il faisait en théologie de la doctrine du maître plutôt que cette doctrine même, En6n, après les succès d^Occam dans renseignement et la discussion, les objections de Thomas Bradwardine ont pu placer leur auteur assez haut dans Testime des critiques, mais elles nont suscité qu'une controverse inféconde et qui semble le der-