CHAPITRE VI
Leurs patentes avaient été scellées, leurs droits abusife avaient été reconnus en justice par le chancelier *, car en ce genre il concédait tout ^ Cependant il conseilla de ne pas les défendre^ il eidiorta Buckingham à se montrer doux avec le Parlement. « Ne nous laissons pas mettre en pourpoint , disait-il *, tnais usons de modération. C'est ce qui vaut mieux dans les affaires d*État. Surtout que votre seigneurie n'épouse pas avec trop de dévouement les intérêts de son frère ^. » Mais il se croyait trop puissant encore , surtout trop admiré, pour que les coups vinssent jusqu'à lui.
Cependant cinq jours après, le 12 mars, la Chambre des commîmes avait institué un comité d'enquête touchant les abus des cours de justice*. Le 15, sir Robert Philips , président du comité*, car Edouard Coke n'avait pas voulu paraître, exposait que de grands id)us avaient été découverts et que la personne contre laquelle s'élevaient les plaintes n'était pas moins que le lord chancelier. « Un homme , ajoutait-ii, si bien doué de tous les talents de la nature et de l'art que je n'en dirai pas de lui davantage, étant incapable d'en dire assez. »
* Works, t. V, let. 163, 236; t. VI, p. 187, 194.
' ïd., lett. i Buckingham du 7 mars, t. VI, p. 275 et â76.
* Bès avant le l*' mars, selen Tillières, le roi, en reponssant toutes les autres plaintes , avait « pour la chancellerie montré désirer que s'il y avait des mal versa teurs, ils fussent châtiés et ^^H se phi pourvoir à Favenir à ce que telles choses n'arrivassent plus. > Dépêche du 1'^ mars.
* PhWps n'occupa ce poste qu'à défaut de sir Edouard 6aclLvitle, qui se dit indisposé «t qui se montra peu après favoraMe à Bacon.
i08 VIE DE BACON.
Bacon vivait avec somptuosité. 11 avait les fantaisies d'un homme plein d'imagination et de vanité. York House était tenu grandement. On parle d'une belle volière qu'il y avait fait faire à grands frais, des fleurs dont sa table était toujours couverte, de la musique qu'il voulait entendre pendant ses heures de méditations. A Gorhambury, il avait une cour. Verulam House lui avait coûté dix mille livres sterling. Sa libéralité allait jusqu'à l'ostentation; le roi lui ayant envoyé un chevreuil, il donna cinquante livres sterling au garde. La hauteur de son esprit, autant que la facilité de son caractère, le portait à négliger les détails domestiques et la surveillance de son entourage. La conduite de sa femme, dans les choses qui la regardaient, n'était pas telle qu'il l'eût souhaité. Un monde de subalternes se remuait à son ombre et subsistait de sa puissance. On citait un de ses serviteurs, Hunt, dont il ne pouvait se séparer, et qui avait acheté en Somerset une terre de mille livres sterling de revenu ^ La corruption avait pénétré dans sa maison \ il ne pouvait l'ignorer, il ne s'en inquiétait pas. Quand on lui disait de regarder autour de lui, il répondait : « Je regarde au-dessus de moi. » Chose plus grave, le chancelier est, comme on sait, encore plus un juge qu'un ministre, le premier juge du royaume. C'est une de ses attributions que d'annuler les lettres-
< On disait que plusieurs de ses serviteurs, Meautys, Bashel , Iduey, avaient des carrosses et des chevaux de course. La Compagnie des Indes orientales lui offrit ce qu'on appelait un cabinet de bijoux, et son page Cockame accepta le présent à son insu. (Aubrey, Lives, t. 11^ part. H, p. 322.)