‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 46 sur 112 · CHAPITRE VI. — IftSI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — IftSI

patentes indûment accordées. Les testaments sont aussi de son ressort. Sa juridiction d*équité, discret tionnaire à quelques égards, est très-étendue. Bacon, dans un de ses Essais, avait dit au magistrat : « Lie non-seulement tes mains et celles des tiens, pour que les présents ne soient pas reçus, mais aussi les mains des solliciteurs, pour qu'ils ne soient pas offerts '. » Donner des présents à son juge était, cent exemples le prouvent, une pratique toujours condamnée, usitée communément , un de ces abus dont on finit par se moquer, ne les pouvant abolir, et qu'on rend ainsi moins odieux, grâce au ridicule. Les prohibitions naïves de nos anciennes lois attestent assez que la corruption du juge, et même à vil prix, n'était pas un crime imaginaire, et ce qui est au fond la plus infâme des iniquités tendait à devenir un simple abus de la profession. Mais ce que la loi défendait, ce que l'opinion tournait en risée, ce que toute probité un peu réfléchie devait repousser avec horreur, la con-

< Essai XI, Works, t. H, p. 277 ; BouUlet, t. Hl, p. 243. Voici lasaite du passage: « L'intégrité réeUe dépend de la première condition. De la seconde résulte Tintégrité prouvée, professée, la condamnation de la corruption même. Évite la faute, sans doute, mais encore le soupçon. Les esprits variables dont les changements se manifestent sans cause évidente se font soupçonner de corruption. Aussi , lorsque tu t*écartes de l'opinion que tu as fait connaître ou de la marche que tu as commencée, déclare-le toujours sincèrement; publie en même temps, établis exactement les motifs qui t'ont touché , et n'imagine pas de changer furtivement. Un serviteur en faveur et puissant auprès de son maître, s'il n'existe de sa faveur aucune cause évidente, n*e8t la plupart du temps autre chose pour le public qu'une voie oblique ouverte à la corruption. »

iiO VIE DE BACON;

science large et dédaigneuse de Bacon ne le répudia pas. C'est un des travers de quelques grands esprits de traiter de rigorisme le scrupule des vertus modestes, et de petitesse le rigorisme. Une suggestion de leur orgueil les met au-dessus des règles communes. U semble que tout s'ennoblisse pour eux, jusqu'aux fautes vulgaires, et ce qu'il est méprisable de faire cesse de Tôtre, quand c'est eux qui le font. On ne soutient pas, on n'a point prouvé que Bacon eût vendu l'injustice, mais la justice seulement. L'iniquité soldée de ses arrêts n'a point été alléguée, et ce sont des corrupteurs condamnés par lui qui l'ont dénoncé. Les deux premiers qu'entendit le comité de la Chambre déclaraient que, las d'attendre une tardive sentence , ils s'étaient laissé persuader, par les gens du chancelier, que l'un pour cent livres sterling, l'autre pour quatre cents, obtiendraient promptement un jugement favorable, et l'un et l'autre avaient perdu leur procès. La Chambre reçut cette révélation avec une attention inquiète et sévère. Il n'éclata point de ces colères d'assemblée qui laissent soupçonner plus de passion que de justice. Bien n'indiqua, bien qu'on s'eflForçàt de le prétendre, que les calculs ou les ressentiments de la politique eussent été les vrais accusateurs de Bacon. Mais le mot d'accusation fut prononcé.

Dès la première séance, celle du 12 mars, lord Saintr-Alban avait profité d'une conférence dans la chambre peinte, au sujet des monopoles, pour faire aux commissaires l'apologie anticipée de sa conduite judiciaire. Le lord trésorier, Mandevil, s'était égal^

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