CHAPITRE VII.--* 1122. ISS
Ainsi entouré, doué de Tesprit le plus actif» tonjours curieux des secrets de la nature, toujours préoccupé de ses grands projets intellectuels, il sembld que Bacon pouvait finir doucement sa vie. Sans cesse dans ses écrits , il gémit d'avoir contrarié sa nature en s'adonnant aux affaires, « se connaissant moins propre à jouer un rôle qu'à tenir un livre. » Sa pensée, ditril , a toujours été absente de ses actions , et il ajoute comme le psalmiste : « Mon âme a été long^ •temps étrangère^, » Rentré dans la retraite, il pouvait, se relevant avec courage, racheter bien des souvenirs par une noble espérance de servir la postérité, u Poêteritati (secula enim isianquirunt) inêêrvio*, 9 Il avait soixante ans ] il ne lui en restait plus que six à passer sur la terre. Mais ce temps pouvait être utile* ment employé pour sa mémoire et pour l'humanité. U revenait à la liberté de l'intelligence et du travail, riche d'expérience et de méditation, joignant à ses ouvrages publiés une foule de plans, de recueils, de projets, et des masses d'c^servations, de notes et d'idées, maté" riaux de toute sorte qui n'attendaient que la maind'œuvre. Le premier fruit de son loisir fut une his« toire de Henri VU qu'il aurait voulu continuer jusqu'aux règnes de Henri YIU et d'Elisabeth'. Cet
^ Multnm incola fuit anima mea, Ps. il 9, y. 6« (Lett. k Th. Bodley , Works, t. V, lett. 67; cf. De Augm., 1. VIU, c. III; PreecUo, f 5; lett. à Casaubon; Bouillet, t. I,p. 459; t. III, p. 477 et 543.)
< Lettre aa P. Falgence; Bouillet, t. 111, p. 551.
• The Mêtorié of ihe rai§nê 0/ kénf Umry thê SweMh, ^ the rigkt koiwufubU Frtmciê, Wr4 YêruUm, vlHomt Mamt-Alôant bond., 1622.
ouvrage, accueilli avec curiosité, n'eut pas un grand succès. Le roi Tavait lu avant l'impression, et l'on devine de quels défauts le livre avait eu besoin pour passer par une telle censure. 11 est cependant encore estimé. Grotius le trouve écrit avec un grand jugement, Locke le propose comme un modèle d'histoire spéciale. On y trouve quelques morceaux remarquables, un récit intelligent, partout la trace d'un esprit consommé dans les affaires du monde, mais à qui trop d'expérience a fait perdre la liberté du jugement. L'habitude des secrets d'État le rend timide a dévoiler ceux mêmes qui ne lui ont pas été confiés, et il hésite à tout dire. Il consent à sembler moins pénétrant pour paraître plus sage. La narration a de la clarté, de l'ordre, de l'exactitude-, mais on doit reprocher à l'écrivain le défaut de simplicité, à l'historien le défaut d'indépendance.
Parmi les opuscules de Bacon, un des plus dignes d'attention est assurément celui qu'il intitule : Diahgue sur la guerre sacrée *. On peut trouver étrange qu'au commencement du dix -septième siècle on s'occupât de la croisade contre les musulmans, quoique le père Joseph l'ait prôchée dans un poôme latin, et que Mazarin ait, par testament, donné six cent mille livres pour l'entreprendre. Mais dans cet écrit, qui n'est point fini, la question des guerres dites de religion venait naturellement; et en y mettant aux prises des interlocuteurs de croyances diverses, Bacon
' An ÀdvertUement ioucMng a holy toar^ Lond., in-i®, 1622; Works, t. m, p. 467; Éd. BouUIet, Dialogus de btllo sacro, t. m, p. 487.