‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 6 sur 112 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Considérations préliminaires. — Naissance et jeunesse de Bacon. — Études et voyage. — Ses commencements et ses succès an barreau. — Sa situation auprès de la reine Elisabeth.

Il y a, pour les ouvrages d'esprit comme pour le caractère des hommes, une qualité qui ne peut être ni acquise, ni imitée, qui, si elle n'est pas la plus nécessaire, est la plus imposante, une qualité qu'on supplée, mais que rien n'égale, et qui produit sur rimagination plus d'effet encore que le vrai et le beau, c'est la grandeur. La grandeur semble résider plutôt dans la manière que dans la pensée. Elle peut ne pas se trouver réunie à l'étendue de l'intelligence, à l'abondance des idées , à l'art le plus profond , même au génie. Les anciens, ces maîtres de la philosophie et de l'éloquence, n'ont pas su toujours donner cette qualité incomparable à leurs chefs-d'œuvre, et le senti-

ment du beau domine peut-être celui du grand chez Platon lui-même. Descartes en est plus près que Leibnitz, quoique Leibnitz ne semble pas fort au-dessous de Descartes. Bossuet, qui n'est pas, cependant, Tégal de Leibnitz, de Descartes, ni de Platon, a plus qu'eux, et peut-être plus qa'aucuti écrivain français, cet attribut de la grandeur. On le retrouverait plutôt chez Buffon qile cheat VoltaîrCj ou chez Montesquieu lui-même, à qui cependant rien ne manque en élévation et en étendue, et parmi les écrivains de notre âge, un seul peut-être, dont le nom est sur les lèvres de tous les amis de Ih philbiotAife , offre dans les formes de son style cette grandeur que le talent seul ne donne pas. — Il est impossible de ne pas reconnaître une certaine grandeur dans Bacon.

Sa philosophie^ si on la juge dans son résultai final, ne prend point un i^UbUtïiê essoft Là spéculation pure Tefiraye, et il n'a songé qu'à mettre des plombs avx elles àè la pensée, tl recommande Texpénence, et d'un doigt impérieux mbntre aux sciences le chemin où, marchant sur le réel, ellfes trouveront Tutile. l)es esprits tournés vers la lerl-e ont aimé à le prendre pour guide, et jamais leâ plus hardis n'ont fait gloire de suivre ses leçons. Cependant les écrits où 11 enseigne à la physique l'observation, à la tnélaphysiqUe l'induction, ont par le ton, pAr la forme, par la largeur des vues, une cerlaîne solennité qui s'empare des imaginations les plus rebelles. îl prend en écrivant un air de commandement, le Ion du maître, tl parle de plus haut qu'il ne penSe, et quand on lui reprocherait de la subtilité cl de la recherche, la

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